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Christophe Desjardins : un, deux et trois altos!

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Paris, Péniche-Opéra. 10-XII-2009. Domenico Gabrieli (1557-1612) : Ricercari 6-1-7 ; Jonathan Harvey (né en 1939) : Ricercare una melodia, pour alto et dispositif ; Gille Binchois (1400-1460) : Tant plus ayme, chanson pour trois altos ; Ivan Fedele (né en 1953) : Elettra pour alto et électronique ; Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Chaconne de la Partita n°2 ; Luciano Berio (1925-2003) : Sequenza VI pour alto. Christophe Desjardins, alto ; Sébastien Naves, dispositif électronique.

Ricercare. Voilà un titre de concert très porteur pour l’instrumentiste-chercheur qu’est . Invité à la Péniche-Opéra par Le Cabaret Contemporain, une toute nouvelle association très active et fort sympathique, l’interprète seul en scène présentait son nouveau double album gravé sous le label Aeon (sortie officielle en janvier 2010) : une somme de la littérature d’alto d’hier et d’aujourd’hui où la musique des compositeurs vivants voisine celle de l’héritage dans une mise en perspective très pertinente dont nous avions ce soir la primeur.

Ainsi l’italien Domenico Gabrieli était-il couplé avec l’anglais à la faveur de leur Ricercari communs. S’ils sont écrits à l’origine pour violoncelle, ceux de Gabrieli sonnent admirablement bien sur le Gofriller 1720 de épousant avec beaucoup de souplesse les contours sinueux de la ligne instrumentale. Dans Ricercare una melodia, sollicite l’assistance de l’électronique pour démultiplier la voix de l’alto par l’effet du delay ou la répercuter dans des tessitures plus graves : des procédés somme toute assez simples pour créer autour de l’instrument un riche espace de résonance.

Avec tout le confort moderne (technique du re-recording) et la précieuse collaboration de Sébastien Naves aux manettes, Christophe Desjardins jouait ensuite à trois altos la délicieuse chanson de Tant plus Ayme qu’il enchaînait avec Elettra d’, une pièce d’envergure dans laquelle l’électronique participe à l’exploration sonore de l’instrument par le truchement de différents types d’écriture.

La dernière confrontation, audacieuse et magistrale, nous mettait face à deux monuments du répertoire pour cordes que Christophe Desjardins aborde par cœur, défendant avec une égale exigence la dimension visionnaire et transcendantale de leur écriture. Dans la Chaconne de la Partita n°2 de Bach comme dans la Sequenza VI de Berio, l’altiste déploie un espace polyphonique sollicitant les limites techniques et physiques de l’instrumentiste : deux utopies sonores appelant la science du contrepoint chez Bach et la projection spectrale du son chez Berio dont on mesurait ce soir l’égale perfection.

Une expérience d’écoute passionnante à retrouver dans ce double album particulièrement prometteur!

Crédit photographique : photo © DR

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Paris, Péniche-Opéra. 10-XII-2009. Domenico Gabrieli (1557-1612) : Ricercari 6-1-7 ; Jonathan Harvey (né en 1939) : Ricercare una melodia, pour alto et dispositif ; Gille Binchois (1400-1460) : Tant plus ayme, chanson pour trois altos ; Ivan Fedele (né en 1953) : Elettra pour alto et électronique ; Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Chaconne de la Partita n°2 ; Luciano Berio (1925-2003) : Sequenza VI pour alto. Christophe Desjardins, alto ; Sébastien Naves, dispositif électronique.

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