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Grubimania, ça balance au TCE

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 17-XII-2009. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) Der Schauspieldirektor : ouverture ; Die Entfürung aus dem Serail : Martern aller Arten. Ermanno Wolf-Ferrari (1976-1948) I Quattro Rusteghi : Vorspiel et intermezzo ; Il segreto di Susanna : ouverture. Gaetano Donizetti (1797-1848) Lucia di Lammermoor : « il dolce suono » ; Roberto Devereux : ouverture, « e sara, in questi orribili » Ruperto Chapi (1851-1909) La Revoltosa : preludio. Vincenzo Bellini (1801-1835) Il Pirata : « Oh, s’io potessi. Julie Gautrot, mezzo-soprano ; Xavier Mauconduit, ténor ; Benjamin Alluni, baryton ; Edita Gruberova, soprano. Orchestre Philharmonique d’Oviedo, direction  : Friedrich Haider ;

Edita Grubevora, bien qu’adulée dans le monde entier, est scandaleusement négligée en France. Ne serait-ce que pour cette raison, le Théâtre des Champs-Élysées fait œuvre de salubrité publique en l’invitant. Cependant, il semble que la soprano soit tout aussi boudée par le public français que par les directeurs de théâtre, car les places ne se sont pas aussi bien vendues qu’elles l’auraient dû. Serait-ce une conséquence du kitsch immodéré des pochettes de ses CDs, ou bien des articles de Sergio Segalini, qui l’a crucifiée à chacune de ses incursions dans le bel canto romantique ? Qu’importe, ce récital a permis à ses fans de se réunir, dans une atmosphère digne des apparitions de Johnny ! Qu’on pardonne alors à l’auteure de ces lignes de n’être pas grubimaniaque, et de s’être immiscée dans ce concert, rien que pour avoir l’occasion une fois, une seule, d’entendre la diva en live !

Après l’ouverture du Directeur de Théâtre, Gruberova paraît sur scène, vêtue d’une robe couleur champagne toute scintillante. Le public hurle, trépigne, avant même qu’elle ait entonné la moindre note. Elle attaque à froid, avec un aplomb admirable, «Martern aller Arten», qui pour d’autres est l’aboutissement de tout un concert, et se confronte à elle-même, en particulier au DVD du légendaire Enlèvement au Sérail de Karl Böhm. Tous les autres protagonistes sont désormais à la retraite, alors qu’à plus de soixante ans, sa voix reste intacte, sans la plus petite ombre de vibrato, mais… le manque de justesse reste flagrant, les ports de voix redoutables, et la critique se renfonce dans un coin de son fauteuil, alors que la salle croule sous les applaudissements. Quelques extraits instrumentaux d’œuvres d’Ermanno Wolf-Ferrari donnent envie d’en connaître un peu plus, mais la diva réapparaît, et entame la scène de la folie de Lucia di Lammermoor. La technique est d’une sûreté incroyable, le souffle infini, le trille dans le suraigu fait frémir de bonheur les aficionados, et d’horreur la pauvre critique qui ne doit pas posséder la même oreille, mais qui se terre, de peur de se faire écharper si l’un d’entre eux perçoit sa désapprobation. Elle apprend incidemment pendant les conversations d’entracte que la divine Edita a beaucoup moins minaudé que d’habitude. Elle s’en trouve fort aise.

La deuxième partie commence par le prélude de La Revoltosa de Ruperto Chapi. L’ a décidé de sortir des sentiers battus et c’est tant mieux. Cette fois-ci, la robe est tout aussi scintillante, mais dans des tons roses. Gruberova interprète un extrait d’Il Pirata d’un goût douteux, découvrant des graves fabriqués dignes d’un fumeur de cigares. Après l’ouverture de Roberto Devereux qui démontre que l’orchestre aurait mieux fait de rester dans l’originalité, la diva se lance dans la scène finale du même opéra, avec le concours, chic suprême, de jeunes chanteurs français. Et survient le déclic dans la tête de la pauvre critique désarçonnée. Certes, les problèmes d’intonation, les fautes de goût, les ports de voix demeurent, mais il y a là-dedans une santé, un panache qui emporte tout, et les réserves avec.

Les fans en délires offrent à leur idole une ovation debout, des montagnes de fleurs, et même une plaque de rue à son nom. Pas en reste, elle entame un de ses chevaux de bataille, l’air d’Adèle dans La Chauve-souris, qui lui convient à merveille, se paie le luxe d’un jeu plein humour. On serait à un concert de rock, les fauteuils voleraient déjà ! Devant l’enthousiasme général, elle poursuit avec Linda di Chamounix, fraîche comme si elle n’avait pas déjà offert un programme généreux, que bien peu de cantatrices seraient à même de proposer. Enfin, face à l’enthousiasme général, elle bisse La Chauve-souris.

Et l’humble critique sort de la salle en pensant que certainement, un événement surnaturel vient de se dérouler, qu’elle a été presque conquise, mais qu’elle ne deviendra pas grubimaniaque pour autant…

Crédit photographique : © DR

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 17-XII-2009. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) Der Schauspieldirektor : ouverture ; Die Entfürung aus dem Serail : Martern aller Arten. Ermanno Wolf-Ferrari (1976-1948) I Quattro Rusteghi : Vorspiel et intermezzo ; Il segreto di Susanna : ouverture. Gaetano Donizetti (1797-1848) Lucia di Lammermoor : « il dolce suono » ; Roberto Devereux : ouverture, « e sara, in questi orribili » Ruperto Chapi (1851-1909) La Revoltosa : preludio. Vincenzo Bellini (1801-1835) Il Pirata : « Oh, s’io potessi. Julie Gautrot, mezzo-soprano ; Xavier Mauconduit, ténor ; Benjamin Alluni, baryton ; Edita Gruberova, soprano. Orchestre Philharmonique d’Oviedo, direction  : Friedrich Haider ;

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