Saintes-Maries de la mer à la Trinité

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, église de la Trinité. 17-XII-2009. Émile Paladilhe (1844-1926) : Les Saintes-Maries de la mer. Mise en espace : Pierre Catala. Vannina Santoni, Marie-Madeleine ; Charlotte Mercier, Marie-Salomé ; Xenia Fenice d’Ambrosio, Marie-Jacobé ; Emily Topham, Marthe ; Fabrice Mantegna, Maximin / l’Esprit de Jésus / un Ange / Jean ; Sébastien Lemoine, Lazare / un chef Pharisien ; Pierre Bessière, Pierre / Sidoine. Chœur et Orchestre de l’Académie de Musique (chef de chœur : Tatiana Abeilhé), direction : Jean-Philippe Sarcos

Académie de musique

Délaissant le grand répertoire, l’Académie de musique dirigée par se préoccupe, dès que possible, d’œuvres oubliées du répertoire romantique français. En 2005 ce fut La Terre promise (pardon, The Promise Land, puisque composé sur un texte en anglais) de . Plongeons un peu plus dans la rareté avec ces Saintes-Maries de la mer, « légende provençale en quatre parties », sur un texte de l’inusable (qui fut le librettiste de Massenet, Saint-Saëns, Gounod, Bruneau, …).

Les Saintes-Maries de la mer content l’histoire de huit disciples du Christ condamnés à errer sur une barque sans mât ni vivres. Bien sûr Dieu veillait sur eux, et les voilà débarqués en Camargue, prêts à évangéliser la Provence. De la Vierge noire, Sarah, patronne des gitans, au massif de la Sainte-Baume, toute la région porte les témoignages de ces premiers chrétiens.

, dont le nom est plus souvent cité dans les dictionnaires que dans les salles de concerts, a composé sur ce thème une vaste fresque chorale dans le goût de l’époque, à mi-chemin entre l’opéra et la liturgie « bastringue de sacristie » (pour paraphraser Huysmans). Evidemment les marques de l’académisme foisonnent, telle cette fugue obligée sur « Halleluja ». Le langage musical n’est en rien révolutionnaire pour l’époque (1892), faisant penser à Massenet et à Gounod. L’orchestration est, comme il se doit, raffinée, laissant une large place aux harpes et bois. Un très bel ouvrage, bien ficelé, qui alterne airs, ensembles, chœurs et passages orchestraux. Et comme toute résurrection, on ne peut prendre conscience de sa valeur que par une exécution qui puisse lui rendre justice.

Mission accomplie pour et ses troupes. L’orchestre de l’Académie de musique sonne homogène, peut-être aurait-il mieux valu renforcer les pupitres de cordes graves, qui paraissaient bien maigrelets – à moins que ce ne soit un effet néfaste de l’épouvantable acoustique de l’église de la Trinité. Le chœur, malgré des ténors au timbre particulièrement blanc, tient honnêtement sa partie. De l’honorable plateau de solistes, retenons surtout et . La mise en espace sobre de rappelle les « mistères » médiévaux, donnés en costumes pendant l’office religieux et dont l’esprit renaissait en cette fin de XIXe siècle.

L’Académie de musique, avec les moyens qui sont les siens, a su être à la hauteur de ses ambitions en proposant cette rareté. Espérons que d’autres producteurs, Radio-France – qui proposait il y a encore peu de temps ce genre d’oratorios –, le Festival de Montpellier ou l’Opéra de Marseille – toujours friand de pièces qui se déroulent dans sa région – auront la bonne idée de suivre l’Académie de musique et de programmer ces Saintes-Maries de la mer.

Crédit photographique : © DR

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