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Biennale de quatuors à cordes : II. Visages actuels de quatuors à cordes

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Paris. Cité de la Musique, Salle des concerts. 16-I-2010. Franz Josef Haydn (1733-1809) : Quatuor à cordes n°62 en ut majeur «L’empereur» op. 76/3 Hob. III/77 ; Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor n°9 en sol mineur D. 173 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quatuor à cordes n°6 en si bémol majeur op. 18/6. Quatuor Mosaïques

Paris. Cité de la Musique, Amphithéâtre. 16-I-2010. Franz Josef Haydn (1733-1809) : Quatuor à cordes en mi bémol majeur «La plaisanterie» op. 33/2 Hob. III/38 ; Quatuor à cordes en ut majeur «L’oiseau» op. 33/3 Hob. III/39. Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor n°4 en ut majeur D. 46. Alfred Schnittke (1934-1998) : Quatuor à cordes n°3. Quatuor Casals

Paris. Cité de la Musique, Salle des concerts. 16-I-2010. Pascal Dusapin (né en 1955) : Quatuor à cordes n°7. Quatuor Arditti

Indiscutablement, le est un quatuor de la Mittle Europa et le fait qu’il joue sur instruments anciens n’y change rien. Cet ensemble mêle ce qu’il a reçu de Sandor Vegh et de Nikolaus Harnoncourt. Fortement polarisé entre son premier violon (Erich Höbarth, qui joua pendant trois ans dans le Quatuor Vegh) et son violoncelliste (, qui ne peut dissimuler que, encore adolescent, il étudia avec André Navarra), il éclaire, avec une ardente finesse, tous les inépuisables jours et contre-jours qui, au temps du style classique, constituaient l’inépuisable sève de la tonalité, alors dans sa première maturité. Disposant d’un entendement profondément polyphonique, il sculpte des textures et révèle des plans sonores comme Paul van Nevel ou Philippe Herreweghe savent le faire dans la musique franco-flamande de la Renaissance. Et (est-ce un paradoxe ?) cette source ancienne rapproche encore davantage Haydn de la Seconde école de Vienne. Un aussi exigeant travail a concerné le Neuvième de Schubert et le Sixième de Beethoven, ce dernier donné avec une souplesse et une agilité splendides. Si, dans la grande salle de concerts à la Cité de Musique, les instruments anciens ne développent pas une immense quantité de décibels, la projection sonore est remarquable tant la sonorité est dense, charnue et bien étagée en ses harmoniques. N’est pas un socle gourmand pour exalter la poétique naturelle du  ? Assurément !

Par contraste, le frappe par sa puissance sonore. Est-ce dû au modeste volume qu’offre l’Amphithéâtre ? Toujours est-il que, de ce concert, le rédacteur est sorti saoul et saturé de décibels, effet qu’ont renforcé cette pratique sonore franche et directe propre aux quatuors assez récemment constitués (les Diotima). À bien des moments, cette vigueur est devenue violence fatigante. Hormis cet aspect (pas si minime), les Casals ont appliqué, aux œuvres ici présentées, une pensée et une pratique sonores dont la nature est orchestrale. Précisons ce qualificatif : non l’orchestre à l’ère classique mais en son identité de vaste machine sonore, aux sonorités opulentes qui captivent (capturent) et fascinent davantage l’auditeur qu’elles ne lui laissent un recul perceptif ou une complice liberté de penser et de ressentir. Si les deux pages empruntées à l’opus 33 de Haydn ont reçu un pertinent éclairage (robuste écriture, densité polyphonique, dramatisme souvent tendu) malgré une polyphonie de gestes plutôt que d’idées, de rhétorique ou de registres, le Quatrième de Schubert eut quelque peine à se relever d’un tel traitement de choc. Enfin, orchestral par nature, le Quatuor à cordes n°3 de Schnittke bénéficia du matériau sonore et de la pensée musicale qui lui convenaient : la bigarrure stylistique de cette œuvre devint, ici, une virtuose encyclopédie d’écritures, tandis que le pathos de Schnittke se mua en expressivité universelle.

Le Quatuor à cordes n°7 de fut la dernière des sept œuvres nouvelles que révéla cette Biennale de quatuors à cordes. Tout au long de son unique mouvement et de ses presque quarante minutes, ce quatuor a frappé par sa grande envergure. Le discours est tendu. Le principe de la variation n’y est pas un ciment mais un outil pour renforcer un fondamental élan compositionnel, lequel provient, comme dans certaines œuvres de Haydn et de Beethoven, d’un minuscule objet musical : en l’occurrence, une élémentaire anacrouse. Cette anacrouse devient le personnage principal d’une façon d’opéra (décidément, le théâtre lyrique habite, hante, littéralement ) où le quatuor à cordes, tel un orchestre, ne joue pas toujours à quatre mais recourt des duos et des trios. Comme dans l’opéra Passion, le suspens est puissant. Ce Quatuor à cordes n°7 est à réécouter, d’urgence …

Crédit photographique : Quatuor Mosaïques © Wolfgang Krautzer

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Paris. Cité de la Musique, Salle des concerts. 16-I-2010. Franz Josef Haydn (1733-1809) : Quatuor à cordes n°62 en ut majeur «L’empereur» op. 76/3 Hob. III/77 ; Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor n°9 en sol mineur D. 173 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quatuor à cordes n°6 en si bémol majeur op. 18/6. Quatuor Mosaïques

Paris. Cité de la Musique, Amphithéâtre. 16-I-2010. Franz Josef Haydn (1733-1809) : Quatuor à cordes en mi bémol majeur «La plaisanterie» op. 33/2 Hob. III/38 ; Quatuor à cordes en ut majeur «L’oiseau» op. 33/3 Hob. III/39. Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor n°4 en ut majeur D. 46. Alfred Schnittke (1934-1998) : Quatuor à cordes n°3. Quatuor Casals

Paris. Cité de la Musique, Salle des concerts. 16-I-2010. Pascal Dusapin (né en 1955) : Quatuor à cordes n°7. Quatuor Arditti

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