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Forgotten Records, un label historique français de qualité exceptionnelle

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Alexandre Borodine (1833-1887) : Symphonie n°2 en si mineur « Épique ». Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Le Coq d’Or, suite en quatre parties tirée de l’opéra ; Les Contes du Tsar Saltan, suite en trois parties tirée de l’opéra. Orchestre National de la Radiodiffusion Française (Borodine), The Philharmonia Orchestra, direction : Issay Dobrowen. 1 CD-R Forgotten Records fr151. Pas de code barre. Enregistré entre juillet et décembre 1952 au Théâtre des Champs-Élysées, Paris, et au Kingsway Hall, Londres. ADD [mono]. Pas de notice. Durée : 74’36.

 

Comme son appellation anglaise ne l’indique pas, Forgotten Records est un nouveau label français d’enregistrements historiques avec lequel il faudra désormais sérieusement compter, car la qualité des transferts réalisés est sans égale en France, digne de professionnels tels que les célèbres Ward Marston ou Mark Obert-Thorn, et surpasse ce qui se fait généralement en ce domaine par les «majors».

L’âme de ce label, qui en est le fondateur, est Alain Deguernel, enseignant d’espagnol à la retraite, pianiste et mélomane passionné. Sa passion, il l’a transmet en réalisant lui-même ses transferts pour son propre label, patiemment et avec amour : jusqu’à une semaine lui est nécessaire pour chaque CD. Il travaille sur des gravures microsillon d’au moins cinquante ans – donc libres de droits – c’est-à-dire à une époque où les enregistrements monophoniques étaient à leur apogée au niveau sonore, mais allaient bientôt être détrônés par la stéréophonie. Le risque était grand de voir certaines interprétations d’exception disparaître injustement et définitivement du catalogue, mais c’était compter sans l’existence de Forgotten Records !

Monsieur Deguernel offre une cure de jouvence efficace à ces vénérables gravures, et bien que son label n’existe que depuis quelques mois, il contient déjà pas moins de 162 CDs d’interprétations historiques, sans compter 8 disques récemment enregistrés et consacrés au pianiste Pierre Froment (un ancien élève d’Alfred Cortot, un ami d’Alain Deguernel et enseignant à l’École Normale de Musique de Paris, au Conservatoire d’Angers et au Conservatoire de Rennes) ; pas moins de 73 chefs d’orchestre et 198 instrumentistes y sont représentés, dont certains font d’ailleurs leur première apparition au CD.

S’agissant d’une production artisanale dans le sens le plus noble du terme, les CDs sont gravés à la pièce sur CD-R dans les meilleures conditions techniques possibles, tout en précisant qu’actuellement, pour des raisons de coût, il y a rarement des notices mais de simples renvois à des liens Internet : pour le moment, Monsieur Deguernel met surtout l’accent sur la qualité sonore des rééditions, ce qui est amplement confirmé par les résultats ; les notices suivront lorsque le label sera bien lancé. Voici parmi l’imposant catalogue Forgotten Records deux superbes productions de musique russe relatives à des chefs dont nous avons déjà souligné l’importance par ailleurs.

À deux reprises nous avons évoqué la belle figure musicale du grand chef d’orchestre russe (1891-1953) : d’abord à l’occasion de la superbe publication Naxos 8110242-44 de son Boris Godounov intégral, et ensuite de celle de Shéhérazade chez Archipel Records ARPCD0308. Chez cette dernière, tout en louant l’excellence de la restitution technique de Shéhérazade, nous déplorions celle, médiocre, des scènes extraites de Boris Godounov en complément ; et de regretter l’opportunité ratée de ne pas y avoir substitué l’une ou l’autre des suites du Coq d’Or et du Tsar Saltan que le grand chef a également gravées avec le (Columbia 33SX1010 ou FCX207) et qui n’étaient pas disponibles en CD. Or voici que nous comble Forgotten Records en nous proposant ces deux suites, qui plus est complétées par la magnifique Symphonie n°2 «Épique» de Borodine, cette fois avec le légendaire , réunissant de la sorte en un seul CD un microsillon 30 cm et un autre de 25 cm. Une partie de la Symphonie Épique fut enregistrée dans la foulée de Boris Godounov, le 20 juillet 1952, et le reste au début novembre de la même année, tandis que les deux suites de Rimski-Korsakov furent captées au début décembre 1952.

Dans ces deux suites, nous retrouvons les qualités interprétatives exceptionnelles qui transcendaient Shéhérazade, témoignages supplémentaires du talent qu’ manifestait dans l’interprétation des ouvrages russes, en particulier pour Rimski-Korsakov avec lequel il semblait avoir de profondes affinités. La prise de son en excellente monophonie nous révèle tous les sortilèges de ces pages hautes en couleur, et le seul petit regret est que Dobrowen n’ait pas inclus, au début de la dernière partie du Coq d’Or, l’introduction mystérieuse précédant les Festivités de Noces, contrairement par exemple à (Decca) ou Igor Markevitch (DGG). Auprès de ces deux merveilleuses versions, la Symphonie Épique de Borodine, bien que superbement exécutée, nous paraît un rien plus terne, tant au niveau de l’interprétation qu’à celui de l’enregistrement.

(1844-1908) : Shéhérazade, suite symphonique op. 35 ; Capriccio Espagnol op. 34 ; La Grande Pâque Russe op. 36. (1833-1887) : Dans les Steppes de l’Asie Centrale. Modeste Moussorgski (1839-1881) : Une Nuit sur le Mont-Chauve. (Shéhérazade), , direction : . 2 CD-R Forgotten Records fr223/4. Pas de code barre. Enregistré entre 1949 et 1952 au Théâtre des Champs-Élysées, Paris. ADD [mono]. Pas de notice. Durée : 45’10 ; 46’33.

Quelle excellente idée que de réunir en un seul album les gravures de la première heure d’ consacrées à la musique russe du Groupe des Cinq. Évidemment, comme la durée totale des deux microsillons 30 cm correspondants excède les 80 min du CD, il a été nécessaire d’y consacrer deux CD-R pour ne pas amputer ce programme homogène et familier entre tous. Et cela était bien nécessaire : aucune de ces gravures n’était disponible en CD, sauf celle de Shéhérazade difficilement au Japon. Par ailleurs, hormis Shéhérazade, Cluytens réenregistrera toutes ces pages en stéréophonie fin des années 50, soit avec ce même , soit avec le , gravures disponibles, elles, en CD.

Quoi qu’il en soit, il est bon de pouvoir à nouveau disposer de ces merveilleuses interprétations du grand chef franco-belge qui excelle constamment dans les œuvres où la couleur orchestrale est primordiale – on songe à son «intégrale» Ravel de référence. Et on est stupéfait de la qualité sonore de ces gravures, quand on sait la date de l’anthologie russe du second CD : 1949 ! Quelle effervescence, quelle vigueur vivifiante parfois proche de la frénésie, quelle vie dans ces exécutions qui n’ont rien perdu de leur saveur et qui démentent formellement cette ridicule mais courante appréciation de Cluytens chef d’orchestre un peu trop «sage» !

Son unique enregistrement de Shéhérazade peut côtoyer sans pâlir celle de Dobrowen – ce qui est un compliment en soi – et a l’avantage de sonorités d’orchestre idéalement appropriées à cette musique : verdeur des bois, vibrato des cuivres (écoutez le cor dans les Variazioni du Capriccio Espagnol !) que certains trouveront sans doute démodés – pas nous ! – à une époque où l’on se plaint du manque de personnalité des phalanges actuelles… Voici donc un album à placer très haut, complément idéal à l’admirable réédition Testament.

Précipitez-vous sans délai sur le site de Forgotten Records : vous serez stupéfaits et éblouis par la richesse des enregistrements proposés. Et pour terminer, nous ne pouvons nous empêcher de citer un texte de ce site intitulé adéquatement «Le temps retrouvé» et qui en résume la philosophie : «Forgotten Records se propose de mettre à la disposition des mélomanes des enregistrements devenus inaccessibles ou ayant fait l’objet d’une réédition peu satisfaisante. Forgotten Records est né d’une passion de la musique et de son interprétation, et du désir de perpétuer la mémoire d’artistes du passé.»

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Alexandre Borodine (1833-1887) : Symphonie n°2 en si mineur « Épique ». Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Le Coq d’Or, suite en quatre parties tirée de l’opéra ; Les Contes du Tsar Saltan, suite en trois parties tirée de l’opéra. Orchestre National de la Radiodiffusion Française (Borodine), The Philharmonia Orchestra, direction : Issay Dobrowen. 1 CD-R Forgotten Records fr151. Pas de code barre. Enregistré entre juillet et décembre 1952 au Théâtre des Champs-Élysées, Paris, et au Kingsway Hall, Londres. ADD [mono]. Pas de notice. Durée : 74’36.

 
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