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Fin de cycle fifty fifty pour le London Symphony Orchestra à Paris

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Paris. Salle Pleyel. 30/31-I-2010. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Ouverture « Egmont» Op. 84 ; Concerto pour piano et orchestre n°2 en si bémol majeur Op. 19 ; Symphonie n°6 « Pastorale » en fa majeur op. 68. Symphonie n°1 en ut majeur op. 21 ; Symphonie n°9 en ré mineur op. 125. Maria João Pires, piano. Rebecca Evans, soprano ; Wilke te Brummelstrœte, mezzo-soprano ; Steve Davislim, ténor ; Vuyani Mlinde, baryton basse. The Monteverdi Choir. London Symphony Orchestra, direction : Sir John Eliot Gardiner.

Avec ces deux concerts, nous sommes donc arrivés à la fin du cycle Beethoven-Gardiner-LSO commencé en 2008 et poursuivi l’an passé dans cette même salle Pleyel avec à chaque fois comme partenaire de concerto. Comme nous avions relevé un fort différentiel de réussite entre les concerts 2008 peu convaincants et les 2009 nettement plus aboutis, nous nous demandions de quel côté de la balance allaient pencher les deux derniers épisodes de cet intégrale des symphonies de Beethoven. La réponse fut l’exact condensé de des quatre concerts antérieurs, avec une première soirée bien monotone et un final plus intéressant, même si partiellement convaincant, comme l’avaient été les deux concerts de 2009.

La première soirée avec Egmont, le Concerto pour piano et orchestre n°2 et la Pastorale fut une déception sur presque tous les plans. Dès le début d’Egmont le décor était planté : pas de son, pas de jus, pas de chair, et donc forcément pas de musique ! Quel contraste avec les concerts de 2009, alors même que nous étions placés acoustiquement à peu de chose près au même (bon) endroit du premier balcon. Même si jouer cette ouverture avec cinq contrebasses et le reste en proportion ne correspond pas pile poil aux conditions acoustiques de la salle Pleyel, et donc amoindrit forcément l’impact physique de la musique, lui-même l’an passé, ou le Concertgebouw et Ivan Fischer dans un effectif pas si éloigné, ont montré qu’on pouvait faire bien mieux. D’où venait donc ce déficit sonore, nous ne saurons le dire, mais les dégâts furent irrémédiables. On le sentit bien à l’issue de l’Ouverture d’Egmont où l’emballement final qui, normalement, déchaine un tonnerre d’applaudissements, ne fut suivi ce soir que des trente secondes d’applaudissements polis règlementaires, sans le moindre rappel. Ce n’est pas là l’effet que doit produire une Ouverture d’Egmont réussie. Pour le concerto, nous pourrions reprendre les commentaires que nous avions faits à propos du Concerto n°4, c’est à dire un accompagnement orchestral bien terne et une pianiste merveilleuse qui fut la seule vraie satisfaction de cette soirée. Gardiner réduisit encore son effectif pour l’accompagnement du concerto et plaça flûtes et hautbois au premier rang, entre les altos et les violons, sans doute pour les rendre plus audibles, mais ils étaient masqués par rien moins qu’un grand Steinway et du coup bien trop discrets. Fausse bonne idée apparemment. La Pastorale retrouva une disposition plus traditionnelle des effectifs, sans vraiment d’effet sur l’intensité. Le tempo allant mais uniforme du premier mouvement ne favorisait pas vraiment la progression dans ce mouvement, qui d’ailleurs arriva à sa conclusion de façon totalement artificielle, joué ainsi il aurait pu tout aussi bien continuer pendant une demi-heure. On ne s’étendra pas plus sur notre déception liée à la fois à la maigreur du son et à l’imagination musicale bien courte dont fit preuve le chef pour ce premier soir.

Changement complet d’atmosphère le lendemain, avec les deux symphonies extrêmes du cycle beethovénien, et un niveau perceptible d’engagement du LSO bien supérieur à celui de la veille, il est vrai accompagné d’une proximité acoustique (nous étions cette fois idéalement placé au huitième rang d’orchestre) qui favorisa grandement la perception physique de la musique. Encore une fois, le placement dans la salle joue, mais sans doute pas autant qu’on l’imagine, on renverra le lecteur sur les concerts récents du Chicago Symphony qui donnèrent l’impression exactement inverse : mou à l’orchestre, vivant au balcon. Néanmoins la grande réussite de ces deux dernières soirées fut incontestablement une fort belle Symphonie n°1, vivante, colorée, alerte, où l’absence de vibrato ne fut jamais un handicap. Puis vint la plus célèbre neuvième de l’histoire, et très étonnamment venant d’un chef d’influence baroque, de qui on attend un équilibre quasi égal entre cordes et vents, les premières avaient franchement la primauté expressive à tel point que certains passages en pâtirent, comme le trio du second mouvement (par ailleurs carrément expédié question tempo) ou de nombreux passages de l’Adagio, et malheureusement le sublime contrechant du basson dans l’exposé du thème de l’Ode à la joie. Mais, si nous avons clairement retrouvé le panache qui avait fait la valeur des concerts de 2009, nous avons également retrouvé cette façon de jouer toute la symphonie de la même manière, sans variation, sans éclairage de sa structure ni des progressions dans les mouvements. Cette vision immédiate, où chaque section prise isolément se défend bien, devient vite répétitive quand on met tout bout à bout, et on ne voit plus clairement le pourquoi de cette musique. Ainsi le génial premier mouvement, qui ressembla bien trop au Molto vivace, posa quelques problèmes dont le plus visible fut ce passage terrifiant au cœur du mouvement qui doit venir dans la continuité logique de ce qui précède, et dans lequel Gardiner se précipita brutalement, comme s’il venait de trouver un raccourci, pour reprendre son chemin comme si de rien n’était ensuite. On a du mal à croire que Beethoven ait mis des parenthèses de ce type en plein milieu de sa musique, mais ce n’est qu’un avis et sans doute le chef pense autrement. Dans le finale, le Monteverdi Choir se montra une fois de plus remarquable. Et du côté solistes vocaux, les deux femmes l’emportèrent nettement sur leurs collègues masculins, le ténor n’étant pas très en voix et le baryton basse en difficulté dans le grave.

Ce dernier concert avait les mêmes qualités et défauts que ceux de l’an passé, faisant de ces trois soirées de loin les meilleures d’un cycle avec trop d’écart entre ses hauts et ses bas, qui ne restera qu’à moitié convainquant.

Crédit photographique © Yo Tomita

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Paris. Salle Pleyel. 30/31-I-2010. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Ouverture « Egmont» Op. 84 ; Concerto pour piano et orchestre n°2 en si bémol majeur Op. 19 ; Symphonie n°6 « Pastorale » en fa majeur op. 68. Symphonie n°1 en ut majeur op. 21 ; Symphonie n°9 en ré mineur op. 125. Maria João Pires, piano. Rebecca Evans, soprano ; Wilke te Brummelstrœte, mezzo-soprano ; Steve Davislim, ténor ; Vuyani Mlinde, baryton basse. The Monteverdi Choir. London Symphony Orchestra, direction : Sir John Eliot Gardiner.

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