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Jiří Kylián, Eric Oberdorff & Jean-Christophe Maillot : Trois danses au crépuscule

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Genève. Bâtiment des Forces Motrices (BFM). 28-I-2010. Ballet du Grand Théâtre de Genève. Chorégraphies, décors et costumes  : Jiří Kylián. Blackbird. Musique traditionnelle géorgienne. Chorégraphie : Jean-Christophe Maillot. Dov’è la luna. Musique : Alexandre Scriabine. Chorégraphie : Eric Oberdorff. Etre. Musique : Antonio Vivaldi. Avec les danseurs du Grand Théâtre de Genève

Faut-il être candide pour juger ? Candide, avec de la candeur certainement. Ainsi, fort de quelques expériences précédentes en matière de danse, le goût de l’émotion devrait permettre à quiconque d’apprécier un spectacle dansé sans en connaître toutes les astuces. Les pas, les sauts, les pirouettes sont autant de faits techniques que l’on peut apprécier mais qui, s’ils sont indispensables au danseur, ne font pas forcément l’expression de la beauté du spectacle.

Ainsi, le présente trois ballets de danse moderne dont les arguments décrits dans le programme plonge le Candide dans un décryptage totalement abscons au spectateur inexpérimenté. Qu’à cela ne tienne, il se laissera emporter par les images et l’émotion que les danseurs procureront. Et tant pis pour les explications !

De l’obscurité totale, seul un rayon de lumière vertical éclaire le fond de scène. Alors que s’élèvent les psalmodies envoûtantes de musiques moyen-orientales, de légers éclairages ciblent un couple de danseurs au torse nu vêtus d’un seul pantalon bouffant. En arabesques des bras, le couple se croise, s’échappe et se rejoint dans de lents mouvements d’une beauté plastique incroyable. Dans cette chorégraphie de Jirí Killián, l’un des plus grands maîtres de la danse contemporaine, comme des oiseaux flottant dans l’espace, Madeline Wong et Ilias Ziragachi se fondent dans une sensualité extrême. Quelle beauté dans le geste ! Leurs bras s’allongent magnifiquement terminant leurs mouvements dans le déploiement des doigts comme autant de plumes des extrémités des ailes de ces grands oiseaux qu’on observe planant dans les ciels d’été. Quand s’éteint la lumière, on reste envahi par l’émotion comme si le couple prolongeait encore sa danse dans le noir revenu. Un moment d’extase qui a lui seul pouvait remplir le spectateur de bonheur.

Encore empreint du magnifique spectacle auquel on vient d’assister, la venue d’autres danseurs vêtus de survêtements laissant apparaître leurs jambes et leurs bras déconcerte. Dans le fond de scène, un piano à bord duquel le pianiste russe Alexandre Koudriakov joue une série de Préludes et autres œuvres pianistiques d’, superbe fond sonore à cette ode à la lune imaginée par le chorégraphe français . Bientôt, la magie de la danse prend le spectateur. Quatre garçons et trois filles se relaient et s’animent pour montrer de leurs bras immensément arrondis d’énormes lunes surgissant de légers paravents pour se déployer lentement dans la lumière et mourir dans l’ombre. Puis, ce seront par leurs corps arqués que ces lunes deviendront les croissants de l’astre. Images d’une grande beauté encore et dont la précision de la chorégraphie est renversante. Là encore, la simplicité du dessin corporel touche.

Enfin, sur les sublimes musiques du Nisi Dominus et du Stabat Mater de Vivaldi, le chorégraphe offre, en création mondiale, Etre un ballet de douze danseurs où jaillit une énergie des ensembles parfois déroutante. On entre, on sort, on court autour d’un groupe, on s’agite. Peut-être trop ! Si l’exploit acrobatique n’est pas très loin, on attend le moment où le calme revenu, la musique n’est plus l’accompagnement d’une danse mais l’expression d’un texte sacré avec ce que cela comporte de spirituel. Il faudra attendre le tableau final, lorsque que, sur un sol jonché de chiffons colorés, les danseurs roulent lentement vers le bord de scène alors qu’une ballerine, juchée sur les genoux d’un danseur couché, délicatement descend jusqu’au sol pendant que la lumière s’estompe avec l’ultime chant. Trop courte image d’un dépouillement qui se noyait parfaitement dans l’ambiance crépusculaire de cette soirée.

Crédit photographique : Madeline Wong, Ilias Ziragachi (Blackbird) ; , Grégory Deltenre (Dov’è la luna) ©Grégory Batardon/GTG

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Genève. Bâtiment des Forces Motrices (BFM). 28-I-2010. Ballet du Grand Théâtre de Genève. Chorégraphies, décors et costumes  : Jiří Kylián. Blackbird. Musique traditionnelle géorgienne. Chorégraphie : Jean-Christophe Maillot. Dov’è la luna. Musique : Alexandre Scriabine. Chorégraphie : Eric Oberdorff. Etre. Musique : Antonio Vivaldi. Avec les danseurs du Grand Théâtre de Genève

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