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Folles journées 2010, l’univers de Chopin

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Crédit photographique : Kwamé Ryan & Brigitte Engerer ; Boris Berezowsky © Marc Roger

Encore une fois les folles journées organisées par René Martin sont un succès et un sujet de grande satisfaction pour l’organisateur lui-même et la ville de Nantes : 98 % de fréquentation, une ouverture vers les publics jeunes ou défavorisés, les plus démunis, la prison, les quartiers «sensibles» et cette année, pour la première fois, une action en faveur des maisons de retraite.

L’ambiance est agréable, la foule se presse par moment en attendant qu’une salle soit évacuée, mais l’organisation des «queues» étant bien faites, les concerts à l’heure, et toutes les personnes qui organisent les entrées et les sorties efficaces, il n’y a pas de cohue, de malaises ou d’agoraphobie à craindre. Le public est mélangé, ne sait pas toujours où il faut applaudir lorsqu’un concerto se découpe en plusieurs parties, mais se tient dans une attention magnifique à la musique, attention qui, partagée, fait entendre à chacun quelque chose du compositeur qu’il n’aurait peut-être pas perçu de la même façon par une écoute privée et solitaire. La foule et Chopin : une rencontre entre non pas la jeune fille et la mort, mais une rencontre entre un collectif disparate, innervé de relations fugaces entre voisins de sièges, petits échanges entre personnes qui se sourient, commentent l’entrée du musicien, l’inconfort ou le confort des chaises, se prêtent les programmes, ne refusant pas cette communion musicale à laquelle René Martin nous invite, et la mort. Car la mort est une des invitées marquantes et incontournable de ces folles journées consacrée à l’univers de Chopin. Lorsque la musique romantique est jouée avec autant d’insistance (toute l’œuvre de Chopin, dans son intégralité, ainsi que beaucoup d’œuvres de Liszt, Schumann, Mendelssohn, entre autres, ont été jouées), la mort est là, elle se tient sage et magnifique, objet de désir évident pour certains pianistes à la figure pâle et mélancolique ( par exemple ou Jean-Frédéric Neuberger) objet de guerre ou de révolte pour d’autres artistes comme la grandiose dont le visage et tout le corps irradient de plaisir à vivre et à jouer, nous incitant au triomphe et au rire lorsque d’autres pianistes nous invitent à une attitude plus sévère, à entendre avant tout le texte comme un «credo.»

Chaque pianiste appuie avec un poids et une sensibilité différente, bien sûr, les pianos, qui sont tous des Steinway sans surprises et dont le réglage parfois souffre d’être manipulé par des touchers différents ainsi salle Franchomme, l’intégrale de l’œuvre pour piano de Chopin, quoique impeccablement interprétée, pouvait à certains donner envie d’une adéquation plus intime entre instrument et pianiste. Car un océan où toutes les sensibilités sont possibles sépare le toucher délicat comme une plume d’ interprétant le Concerto pour piano n°1 de Chopin comme l’on caresse un enfant et la masse aussi souple qu’imposante de se redressant pour mieux retomber sur le piano afin de nous faire entendre des fortissimo surnaturels dans les Sept études d’exécution transcendante de Liszt. Tous les pianistes réclament, il faut le savoir, de jouer sur un Steinway. Pourquoi ? Parce que la production est régulière, pas de mauvaise surprise, la fabrication est impeccable et il n’y a pas de problème de séries géniales ou décevantes. Les pianos de concert sont fait pour sonner puissamment dans des salles où le public veut en avoir plein les oreilles. Pourtant, certains pianistes malmènent ces mécaniques et font claquer le son lorsqu’ils tapent les fortissimo avec l’inquiétude ne pas être entendu…

Pour évoquer quelques impressions reçues ça et là au cours de ces merveilleuses journées Chopin, citons , tel un prince, jouant le deuxième concerto pour piano de Chopin, le pianiste israélien nous interprétant de façon sensible les mazurkas de Chopin qu’il a enregistré récemment chez Mirare et un tout jeune pianiste dont le mérite est grand d’avoir joué dans de mauvaises conditions la Sonate n°15 en la majeur de Schubert alors que le très drôle Renegades Steel Band Orchestra faisait trembler la grande halle de la cité des congrès derrière le mur : . Pour terminer cet intense épisode Chopin, un concert exceptionnel a été donné par le pianiste Phillippe Cassard. S’adressant tout naturellement au public, il nous a présenté les deux œuvres qu’il allait jouer, les expliquant avec un grand raffinement pour les réaliser ensuite avec un investissement physique total et une passion communicative : La Grande Polonaise-Fantaisie de Chopin suivie de la Fantaisie en ut majeur de Schumann. Avec peu de moyens Chopin nous fait entendre une rêverie romantique, la focale se referme petit à petit sur une interrogation, sur la quête absolue, la question reste posée à l’issue d’un récit musical qui résume toute la musique de ce compositeur. Schumann, quant à lui, prend prétexte de rendre hommage à Beethoven pour nous faire entendre le jaillissement de sa passion et son amour pour Clara. L’espace là aussi se fait cinématographique, la focale se resserre peu à peu sur la solitude du couple amoureux, c’est véritablement le corps qui écrit la musique dans cette œuvre magistrale, à l’instar de Debussy dans L’isle joyeuse.

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