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Giulio Cesare, la musique des sphères

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Salle Pleyel. 14-II-2010. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) Giulio Cesare, opéra en trois actes sur un livret de Nicola Francesco Haym. Version de concert. Avec : Cecilia Bartoli, Cleopatra ; Andreas Scholl, Giulio Cesare ; Nathalie Stutzmann, Cornelia ; Anna Bonitatibus, Sesto ; Christophe Dumaux, Tolomeo ; Rachid Ben Abdeslam, Nireno ; Umberto Chiummo, Achilla ; Andreas Wolf, Curio. Les Arts Florissants ; direction : William Christie

Ce Giulio Cesare avait été présenté un peu partout comme le concert de l’année, et il n’a pas déçu notre attente, une brochette de stars au service d’une grande œuvre a véritablement créé l’événement. La réunion de chanteurs célèbres n’a pas toujours provoqué l’enivrement escompté, mais dans le cas présent, il faut saluer la prestation d’une véritable troupe, soudée et complice, qui surpasse chaque prestation individuelle, pourtant toutes exceptionnelles. On ressent l’esprit d’équipe à chaque instant, par des clins d’œils et des mimiques d’encouragement des uns aux autres, des applaudissements discrets, et quand exécute une chute, ou plutôt une cascade, au moment de la mort de Tolomeo, il provoque un fou-rire qui a empêché ses collègues d’enchaîner ! Le public, outre le ravissement musical, se laisse largement entraîner dans cette ambiance. La notion d’œuvre intégrale n’a pas beaucoup de sens quand il s’agit d’un opéra du XVIIIe siècle. Disons qu’avec plus de quatre heures de musique, il ne manque vraiment pas grand chose.

On avait oublié à quel point , plus ou moins enlisée dans ses « malibraneries », était une artiste exceptionnelle. En grande forme, très engagée, elle atteint le sublime dans « Se pietà di me non senti » à fleur de lèvres, à fleur de peau, qui clôt la première partie, et dont elle sort elle-même bouleversée, alors que l’assistance est en larmes. Elle finit de mettre le public à ses pieds avec « Da tempeste il legno infranto », prodigieux d’intelligence et de virtuosité.

Les esprits chagrins reprocheront de nouveau à le faible volume de sa voix. On les renverra à nos commentaires d’une autre prestation du contre ténor dans ce rôle. C’est trop vite oublier la magie de son timbre, la longueur de son souffle, la délicatesse de ses vocalises, et l’appariement avec sa partenaire, nous offrant un duo magnifique de sensualité.

remplaçait Philippe Jaroussky pour ce concert supplémentaire du dimanche, organisé pour suppléer au déferlement de la demande. Elle compense ainsi le déséquilibre engendré par un trop grand nombre de falsettistes, mais en introduit d’autres. Sa féminité rayonnante la rend peu crédible en travesti, malgré le port d’un pantalon noir et d’une cravate en strass. Son timbre capiteux la place dans un autre univers que la plupart des autres voix, plus confidentielles. Mais sa technique parfaite, sa façon de prendre son rôle à bras-le-corps, de se jeter dans des vocalises prises à une vitesse suicidaire, en font, à juste raison, la plus applaudie à la fin de chacun de ses morceaux (le triomphe final étant bien entendu réservé à ).

Dans l’univers des contre-ténors, possède une technique bien à part, qui semble mixer la voix de falsetto à la voix de poitrine dans le bas médium, ce qui lui donne une résonance particulièrement intéressante. Il dessine un Tolomeo énergique, plus colérique et mauvais que pervers.

Avec son timbre profond, est une Cornelia sensible, tandis que Rachid Ben Abdeslam, artiste à suivre, semble énormément s’amuser dans sa parodie de serviteur gay à la manière hollywoodienne. Umberto Chiummo, sans démériter, ne se situe pas à la même hauteur que ses partenaires, avec un timbre quelconque et bon nombre d’approximations stylistiques. Peut-être aurait-il fallu intervertir les rôles, et donner sa chance à , Curio sonore, et Guglielmo remarqué au Festival de Beaune.

On a beaucoup glosé sur Internet au sujet de la prestation des Arts Florissants. Il semblerait que les deux représentations précédentes aient affermi leur prestation. Certes, ils manquent encore un peu de couleurs durant le premier acte, mais les cors, très décriés, sont ce dimanche aussi justes qu’il est possible pour des cors baroques, et le premier violon, , fait preuve d’une belle sensibilité dans ses accompagnements solos.

Dans un autre opéra de Haendel, Semele, la sœur de l’héroïne, Ino, entend la musique des sphères, l’équivalent à l’âme humaine du mouvement des astres à l’univers. Est-ce ce que nous avons ressenti devant ce Giulio Cesare ?

Crédit photographique : Cecilia Bartoli © DR

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