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Andreï, Valery, Dmitri… et notre ONF nous emmènent en Russie

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 11-III-2010. Anatoli Liadov (1855-1914) : Kikimora, Op. 63. Alexandre Scriabine (1872-1915) : Concerto pour piano et orchestre en fa dièse mineur, Op. 20. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour violon n°2 en sol mineur Op. 63. Piotr Illych Tchaïkovski (1840-1893) : Capriccio Italien Op. 45. Andrei Korobeinikov, piano ; Valery Sokolov, violon ; Orchestre National de France, direction : Dmitri Liss.

C’est à un voyage à travers «Un demi siècle de musique russe» que nous conviait ce concert. Un programme tout russe plutôt original qui avait clairement l’avantage de sortir des entiers battus en même temps que de permettre d’entendre de jeunes artistes encore en devenir, qui plus est de culture russe, sinon d’origine, puisque le violoniste est natif d’Ukraine.

La première partie de soirée était consacrée aux deux œuvres les moins connues du public. Tout d’abord le court poème symphonique basé sur des légendes populaires Kikimora de Liadov, puis le Concerto pour piano op. 20 de Scriabine. Contant l’histoire d’une petite sorcière bien connue dans la mythologie slave, cette œuvre n’est pas sans rappeler un autre sorcier, apprenti cette fois, croqué quelques années plus tôt par dans son célèbre scherzo symphonique. Du coup, l’originalité de l’œuvre était moindre mais l’écriture y est fort académiquement belle et la direction précise du chef suivie avec attention par un National bien en place dès le départ, fit de ce court moment une belle introduction. Plus problématique était la suite avec une œuvre encore de jeunesse d’un Scriabine de vingt-sept ans, pas encore aguerri au grand orchestre, et qui ne donnera son meilleur qu’un peu plus tard avec ses poèmes symphoniques Prométhée et Le Poème de l’extase ou sa Symphonie n°3 «Poème divin». Mais son Concerto pour piano d’inspiration très romantique, encore très influencé par Chopin ou Schumann avec son motif récurrent, peine à convaincre complètement d’autant que le jeu du pianiste manqua de lisibilité dans ses phrasés et de puissance dans les doigts, se faisant trop facilement couvrir par un orchestre un peu épais lui aussi. Notons que la prise de son de France Musique, qui retransmettait le concert en direct, avec des micros juste au dessus de la table d’harmonie du piano, rectifiait ce défaut. Néanmoins les interprètes eurent du mal à construire le premier mouvement, il est vrai un peu court et se finissant sans avoir donné l’impression d’un développement réellement abouti. La suite, à l’écriture plus équilibrée, un peu plus satisfaisante sans être emballante pour autant, s’attira un sympathique succès public.

Après la pause le violoniste nous offrit une version volontaire, vivante et énergique du Concerto pour violon n°2 de Prokofiev. Et paradoxalement tout autant qu’heureusement, l’équilibre sonore entre violon solo et orchestre s’avéra bien meilleur qu’avec le piano quelques instant plus tôt. Pour autant nous retrouvions un accompagnement orchestral différenciant assez peu les plans sonores, privilégiant l’avancée horizontale sans pour autant être irrésistible, mais assez peu le fruité instrumental. A l’applaudimètre ce concerto fut le moment préféré du public, et la prestation du violoniste fut spontanément applaudie par l’ensemble des cordes de l’orchestre avec une sincérité qui se lisait sur leur visage. Et c’était bien mérité, Valery Sokolov nous ayant apparu en net progrès par rapport à au concerto de Sibelius entendu fin 2008, plus sûr d’archet, plus franc de phrasé, plus puisant et virtuose. Le concert s’acheva par le Capriccio Italien inspiré à Tchaïkovski par un séjour à Rome et dont l’italianité réside plus dans la forme (utilisation d’une sicilienne ou d’une tarentelle) que dans le fond mélodique plus volontiers hispanique, inspiré des œuvres espagnoles de Glinka, même si on peut y entendre une mélodie napolitaine. Musique populaire s’il en est, cette œuvre demande à être jouée avec sérieux afin d’éviter la facilité et le risque de vulgarité, mais quand même avec imagination, verve et panache. Et si la première partie de l’équation était respectée par le chef, la seconde était aux abonnés absents, ce qui nous donna un Capriccio plan-plan, raide et lourdingue par moment.

Au final ce concert s’avéra plus intéressant pour les deux jeunes solistes qu’il nous permit d’entendre, avec un violoniste plus emballant que le pianiste qui mérite quand même d’être réentendu, mais un chef un peu trop sur la réserve qui n’a pas donné à l’orchestre toute la force expressive qu’il aurait dû avoir.

Crédit photographique : © Julianna Voloz

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 11-III-2010. Anatoli Liadov (1855-1914) : Kikimora, Op. 63. Alexandre Scriabine (1872-1915) : Concerto pour piano et orchestre en fa dièse mineur, Op. 20. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour violon n°2 en sol mineur Op. 63. Piotr Illych Tchaïkovski (1840-1893) : Capriccio Italien Op. 45. Andrei Korobeinikov, piano ; Valery Sokolov, violon ; Orchestre National de France, direction : Dmitri Liss.

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