Domaine privé John Adams : compositeur ou chef, il faut choisir

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Salle Pleyel. 16-III-2010. Claude Debussy (1862-1918) : Le Vent dans la plaine ; Ce qu’a vu le vent d’Ouest (orchestrations de Colin Matthews). Maurice Ravel (1875-1937) : Valses nobles et sentimentales. Igor Stravinsky (1882-1971) : Concerto pour piano et vents. John Adams (né en 1948) : City Noir (création en France). Jeremy Denk, piano. London Symphony Orchestra, direction : John Adams

Les venues du à Paris sont maintenant habituelles, mais chacune reste exceptionnelle. Dans le cadre du «Domaine Privé » concocté par la Cité de la Musique, le compositeur est venu diriger sa dernière grande œuvre accompagnée en ouverture de trois des compositeurs dont il se réclame.

Plutôt que de prendre du Debussy orchestré par Debussy, le choix s’est porté sur deux Préludes pour piano transposés à l’orchestre par Colin Matthews. L’exercice n’est pas nouveau, du vivant du compositeur ou peu après son décès, , Charles Kœchlin, Ernest Ansermet, Henri Büsser, Percy Grainger et André Caplet s’y sont essayé avec bonheur. Plus près de nous, Luc Breaweys a orchestré les 24 Préludes, Michael Jarrell s’est confronté à trois des Etudes pour piano et à quelques mélodies. Colin Matthews, auteur de la huitième planète (Pluto) pour compléter le célèbre opus de Gustav Holst, reste très fidèle à l’esprit du compositeur. Mais l’absence de plans sonores, malgré l’excellence de l’orchestre, laisse mal augurer de la direction de John Adams. Impression confirmée par les Valses nobles et sentimentales et le Concerto pour piano et vents. Les nuances restent irrémédiablement entre mezzo forte et forte pour tous les instruments, les percussions (chez Ravel) dominant l’ensemble. L’orchestre joue sans chef, ou est dirigé – pour Stravinsky – du piano par l’excellent Jeremy Denk.

City Noir souffre aussi de cette absence de direction. L’œuvre, en création en France, est un melting pot des influences de John Adams : Ravel, Bartòk, Stravinsky, Debussy, Mahler, Bersntein, Hindemith, … Et parfois John Adams. C’est une pièce brillante, très valorisante pour un orchestre – et le LSO est la phalange par excellence pour cette musique – mais qui doit être portée par un grand chef pour en révéler toute la finesse et la subtilité. On se prend à rêver ce qu’en auraient fait Gustavo Dudamel (le créateur de l’œuvre avec le LA Philharmonic), ou Simon Rattle. A l’instar de Thomas Adès, Magnus Lindberg ou Krzysztof Penderecki, John Adams est un compositeur reconnu, mais pas un chef d’orchestre.

Crédit photographique : John Adams © Deborah O’Grady

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