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Simon Boccanegra par Barenboim : Tradition, triste tradition…

La Scène, Opéra, Opéras

Berlin. Staatsoper Unter den Linden. 27-III-2010. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Simon Boccanegra, mélodrame en un prologue et trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave et Arrigo Boito (deuxième version de 1881) d’après le drame d’Antonio García Gutiérrez. Mise en scène : Federico Tiezzi. Décors : Maurizio Balò. Costumes : Giovanna Buzzi. Lumières : A. J. Weissbard. Avec : Andrzej Dobber (Simon Boccanegra) ; Ailyn Perez (Maria Boccanegra / Amelia Grimaldi) ; Ferruccio Furlanetto (Jacopo Fiesco) ; Aquiles Machado (Gabriele Adorno) ; Massimo Cavalletti (Paolo Albiani) ; Alexander Vinogradov (Pietro) ; James Homann (un capitaine) ; Rachel Frenkel (une servante d’Amelia). Staatsopernchor (direction : Eberhard Friedrich). Staatskapelle Berlin, direction : Daniel Barenboim.

Parfois, le risque est grand d’aller voir un spectacle dans sa “distribution B”… Surtout lorsqu’on lit dans toute la presse que le couple vedette – Plácido Domingo, dans le rôle titre, et , dans celui d’Amelia – forme un duo d’anthologie. Mais peut-être ce succès planétaire (entre temps, le ténor a en effet chanté à nouveau Simon Boccanegra au Metropolitan Opera, dans une autre production) a-t-il été un aiguillon pour et . Il est vrai néanmoins que les deux chanteurs ne sont pas des inconnus et qu’en l’espèce le terme de “distribution B” n’est guère approprié. Le baryon polonais, un des meilleurs interprètes du répertoire verdien aujourd’hui, fut un Boccanegra de haute volée. Faisant preuve d’une tenue vocale d’exception, il met sa puissance et sa présence au service de son personnage, modulant avec finesse son timbre et livrant une scène d’empoissonnement parmi les plus poignantes que nous ayons entendues. Quant à , elle est une Amelia émouvante, toute en ténébreuse intériorité. Le reste du plateau vocal est à l’avenant : mention spéciale à Aquiles Machado qui campe un Gabriele Adorno attachant et au Staatsopernchor qui montre son homogénéité et sa puissance («Quelles pétoires !!!» ai-je pu entendre derrière moi dans la bouche d’un spectateur français qui croyait sans doute ne pouvoir être compris que de sa voisine). Dans la fosse, mène ses musiciens avec élégance et précision, même si, parfois, on a le sentiment que la partition n’est pas sa tasse de thé… Mais lorsque l’on est un des meilleurs chefs de la planète, toujours on “fait le boulot” avec grand talent.

Musicalement et vocalement, on ne peut être, en somme, que très satisfaits… Il suffit donc de se tasser dans son siège, ouvrant toute grandes ses oreilles et… fermant les yeux. Non que les ors un rien passés du Staatsoper Unter den Linden (qui fermera ses portes pour trois ans de travaux à la fin de la saison, les spectacles prenant leurs quartiers, à quelques encablures du Deutsche Oper, au Schiller-Theater) fatiguent l’œil. Dès les premières minutes, on a compris que la mise en scène de Federico Tiezzi va s’apparenter à un pesant pensum, fatiguant pour le spectateur et, assurément, pour les chanteurs (dieu que les choristes doivent s’ennuyer !). C’est comme si nous replongions dans les “mauvaises” années 70, une époque qui n’avait pas connu la révolution initiée par les metteurs en scène de théâtre (au premier rang desquels figure Patrice Chéreau), une époque où le propos devait être platement illustratif, une époque où les chanteurs n’étaient encore que des chanteurs (et surement pas des acteurs) qui balançaient leur air face au public, la main sur le cœur. C’est à peine si une utilisation relativement heureuse de la vidéo vient, au dernier acte, nous sortir de la torpeur. Il ne s’agit pas là de condamner la tradition : elle peut être vivifiante, excitante, explorée / revisitée avec finesse… Ici, cependant, elle ne vient masquer qu’un manque d’invention et de passion. Et les riches costumes et décors n’y peuvent rien changer.

Crédit photographique : photo © Monika Rittershaus

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