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Blagnac. Odyssud 18-V-2010. Zad Moultaka (né en 1967) : I had a dream pour chœur, grosse-caisse et environnement électroacoustique ; Khat, trois calligraphies pour 18 chanteurs a cappella sur des phonèmes arabes ; Vision pour chœur mixte et voix enregistrée (création mondiale) ; Nepsis pour chœur mixte et ensemble instrumental. Chœur de chambre Les Eléments ; Ensemble Pythagore ; direction : Joël Suhubiette ; diffusion du son : collectif éOle, Bertrand Dudebout

Chœur Les Eléments

Le cycle «Présence vocale» organisé en mai par Odyssud, la grande salle de l’ouest toulousain, offrait une carte blanche au compositeur d’origine libanaise avec le très virtuose ensemble vocal Les Eléments, qui jouait à domicile sous la direction de , son chef attitré. C’est une belle complicité qui unit le compositeur à l’ensemble toulousain puisqu’ils créent une ou plusieurs pièces par an depuis 2004 – union célébrée par le disque. «Une façon de mieux approfondir la démarche créatrice et de pouvoir aller plus loin», dit simplement le compositeur.

Les quatre pièces au programme de ce concert monographique donnent une idée assez large du talent et du monde de . S’il a commencé par le piano (il fut élève d’Aldo Ciccolini) et qu’il lui en coûta de l’abandonner au profit de l’écriture, il compose avec une préoccupation permanente de l’état du monde. Ses origines libanaises n’y sont pas pour rien et s’il a été profondément marqué par la guerre civile dans son enfance, aucune des crises actuelles à travers le monde ne lui est indifférente. Il considère que composer est «un acte politique dans lequel on prend toujours des risques». Sa musique opère une synthèse entre les traditions orientales et occidentales avec lesquelles il crée un univers propre tout en puisant dans ses racines à la manière de Bartók, Ligeti ou Kurtag, dont il revendique les recherches en ethno musicologie. Il demeure très sensible à la voix pour laquelle il compose essentiellement avec une grande attention au texte.

Avec la pièce éponyme du concert I had a dream Zad Moultaka superpose le chœur au célèbre discours de Martin Luther King prononcé le 28 août 1963 lors de la marche pour les droits civiques sur Washington. Le chœur chante sur les intonations et la couleur de la voix du pasteur en prononçant les paroles des victimes de l’ouragan Katrina en 2004 à la Nouvelle-Orléans avec une mise en abîme entre le rêve utopique de 1963 et la désespérante réalité des années Bush. C’est un cri d’indignation contre l’incurie de l’administration face aux conséquences sociales de la catastrophe. S’il met ce rêve au passé c’est que le même discours peut-être prononcé 40 ans après où rien n’a changé. D’ailleurs la grosse-caisse qui conclut la pièce peut être considérée comme le glas pour les morts ou le tocsin de la révolte. Et les applaudissements à la parole messianique se transforment en trombes ravageuses.

Tout autres sont les trois calligraphies pour 18 chanteurs sur des phonèmes arabes Khat. Il faut tout le professionnalisme et la grande technique des chanteurs des Eléments pour utiliser toutes les ressources de la voix, passant du chuchotement au cri. Le compositeur joue sur l’énergie de la langue où l’on rejoint le souffle originel qui n’est autre qu’une des multiples appellations de Dieu.

Donnée en création, la fresque monodique pour chœur mixte et voix enregistrées Vision met en musique un texte de Catherine Peillon pour le théâtre : «Mon sourire est la courbure du soleil la voûte qui soutient la nuit…». Zad Moultaka explore là la mémoire en une sorte de contrepoint mêlant le chœur à des voix enregistrées de ses œuvres précédentes. Cette construction élaborée dégage une émotion certaine. Enfin avec Nepsis un double chœur séparant les voix masculines et féminines s’associe à un ensemble instrumental formé de cordes, vents, piano et percussions savamment disposé. Composé sur un poème de la libano américaine Etel Adnan, cette pièce brillante, contrastée et exigeante pour les interprètes, dont elle appelle l’imagination est une forme de Kaddish à la mémoire d’une amie de la poétesse disparue discrètement. La disposition des musiciens de l’ensemble Pythagore et la rythmique très précise de leurs interventions règlent une chorégraphie d’une élégance certaine.

Avec son talent et sa précision millimétrique bien connus, mène tout son monde d’une main de maître, tandis que le collectif eOle et Bertrand Dudebout construisent une impressionnante architecture sonore électroacoustique. L’aventure de Zad Moultaka avec se poursuivra en 2010 à Ambronay autour d’une passion vue du côté de la Vierge, pour voix et instruments baroques…

Crédit photographique : Joel Suhubiette © F. Passerini ; Les Elements / Pythagore © Alain Huc de Vaubert

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Blagnac. Odyssud 18-V-2010. Zad Moultaka (né en 1967) : I had a dream pour chœur, grosse-caisse et environnement électroacoustique ; Khat, trois calligraphies pour 18 chanteurs a cappella sur des phonèmes arabes ; Vision pour chœur mixte et voix enregistrée (création mondiale) ; Nepsis pour chœur mixte et ensemble instrumental. Chœur de chambre Les Eléments ; Ensemble Pythagore ; direction : Joël Suhubiette ; diffusion du son : collectif éOle, Bertrand Dudebout

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