Concerts, La Scène, Musique symphonique

Denis Matsuev, le cosaque du piano

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Paris. Salle Pleyel. 29-V-2010. Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Antar op. 9. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour piano n°3 en do majeur. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Francesca da Rimini. Denis Matsuev, piano. Orchestre Philharmonique de Radio-France, direction : Leonard Slatkin

Le programme de cette soirée russe promettait d’être alléchant, entre tube et œuvres plus discrètes, sans parler de la grande diversité des esthétiques. Force est de constater que ces compositeurs, qui se sont côtoyés entre la fin du 19ème et le début du 20ème siècle, ont des styles et des techniques diamétralement opposés.

L’»idée fixe» d’Antar est de ces thèmes francs, aux contours simples, qui habitent l’inconscient collectif sans qu’on se souvienne les avoir jamais vraiment entendus, et qui restent dans l’oreille longtemps après la fin du concert. C’est que Rimski-Korsakov a tout fait pour, et il est impossible de passer à côté, tant son omniprésence au fil de l’œuvre lui confère un rôle structurant de tout premier ordre. Le reste de la partition n’est que châtoiement de timbres, trouvailles d’orchestration et mélodies orientalisantes, idéalement servis par un orchestre à l’écoute de la direction de , et tout particulièrement les pupitres de la petite harmonie, très sollicités et dont chacune des interventions offre un beau moment de musique.

À l’opposé de la soirée, Francesca da Rimini offrait un curieux portrait de Tchaïkovski. Voici que ce compositeur aimable, valseur en diable d’un empire russe à bout de souffle s’attaque à Dante ! Remisés les rythmes à trois temps, les élégantes doublures orchestrales, il lui faut des cuivres et des percussions pour peindre son sujet ; que ça frémisse chez les violoncelles et que ça pleure au cor anglais ! Pas inintéressante au demeurant, l’œuvre est tout de même bien bavarde : le colossal ne sied guère à ce maître. Reste la fabuleuse mélodie de la partie centrale, très inspirée, qui passe à tous les pupitres pour notre plus grand bonheur.

Ces deux pages encadraient le grand moment de la soirée (du moins celui attendu par une grande partie du public) : dans Prokofiev. Dès les premières mesures, il apparaissait clair que le soliste avait tranché : son incroyable aisance technique, il ne la mettrait pas au service de la beauté de la ligne, mais du rythme-roi. Rien ne compte que les accents, mordants et tapageurs ; quant aux mélodies, elles sont rendues avec des nuances de surface, qui miment l’expressivité sans convaincre. Pas une fois ne regarde l’orchestre ni le chef, et il faut toute l’élasticité de la direction de Slatkin pour rattraper les fréquents décalages. Au final, on a l’impression d’assister à la mise à mort du clavier autant que de l’œuvre. Dommage.

Et ce ne sont pas les différents bis proposés le soliste qui nous auront fait changer d’idée quant à son jeu : une insupportable transcription de Rossini qui multiplie les hiatus stylistiques et transforme cette aimable musique en hochet pour virtuose, suivie par la dernière étude de l’opus 12 de Chopin, tapageuse en diable.

Crédit photographique : © Evgeny Evtuhow

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Paris. Salle Pleyel. 29-V-2010. Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Antar op. 9. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour piano n°3 en do majeur. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Francesca da Rimini. Denis Matsuev, piano. Orchestre Philharmonique de Radio-France, direction : Leonard Slatkin

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