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Till Fellner, une lumière apollinienne

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Lille, Chambre du Commerce et de l’Industrie. 12-VI-2010. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonates en la bémol majeur n°31 op. 110 et en do mineur n°32 op. 111. Till Fellner, piano

Lille piano(s) festival

Cette exécution des dernières sonates de Beethoven situe parmi les plus grands interprètes de Beethoven. On peut voir en ce pianiste viennois l’héritier d’Alfred Brendel dont il fut l’élève : il en a l’honnêteté intellectuelle, la finesse, une certaine retenue et une forme de sagesse dans le jeu qu’on devine, à l’écoute, être le fruit d’une vaste culture. Il sait renouveler la lecture des partitions, séduit et s’impose. Ce fut le cas à Lille, lors du «Piano(s) festival» ( 11-13 Juin) en dépit de conditions peu propices à la concentration. Pourquoi, en effet, le pianiste dut -il se produire dans un espace circulaire immense, d’où le son partait de tous côtés, devant une rangée de huit projecteurs fluo disposés en fond de scène, passant du bleu au rouge et balayant le couvercle de son instrument devant le clavier ? 

Malgré tout, les spots immobilisés sur le bleu, dès la première phrase de la sonate op. 110, le jeu de opéra comme une transfiguration du réel grâce au rayonnement chaleureux du son, à la rondeur du toucher, à un admirable legato et l’on passa de la grogne rentrée à la fascination. La musique de J. S. Bach et celle de F. Schubert, qu’il interprête avec prédilection, semblent éclairer la façon dont l’artiste aborde ces œuvres d’une redoutable complexité Les éléments polyphoniques, les fugues deviennent limpides et chantent comme jamais grâce, notamment, à une main gauche éblouissante et plein de vie qui dialogue constamment avec la main droite, conférant à ces pages une fluidité qui paraît improbable quand on en connaît les embûches. les fait oublier comme il fait oublier sa virtuosité ou sa force. Il recherche l’équilibre entre la construction d’ensemble et le lyrisme en fuyant fracas et grands effets démiurgiques. L’artiste sait donner aux phrases la courbe de celles d’un Lied, celle que peut dessiner la voix, avec des pianissimi magnifiques sur lesquels elle s’achève ; il a conquis sa liberté et prend le temps de ralentir, de respirer pour mieux se promener dans l’aventure intérieure des deux œuvres. Et il est vrai que plane l’ombre de Schubert dans deux moments clefs, trop souvent peu mis en valeur par les interprêtes : l’Adagio de la sonate 31, avec son Arioso dolente joué avec une retenue qui en accroît l’intensité, auquel fait écho l’AriettaAdagio molto semplice cantabile») de la sonate opus 111. La fin de ce gigantesque deuxième mouvement peut, dès lors, se perdre dans un adieu paisible, baigné d’une douce lumière.

Jouant à guichet fermé à New York, présent partout en Europe, avec au moins dix concerts par mois, Till Fellner viendra-t-il plus souvent en France ? En tous cas, les organisateurs ont eu, en le retenant, la main heureuse, comme, au reste, pour l’ensemble de leur programmation.

Crédit photographique : © Fran Kaufman

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Lille, Chambre du Commerce et de l’Industrie. 12-VI-2010. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonates en la bémol majeur n°31 op. 110 et en do mineur n°32 op. 111. Till Fellner, piano

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