Chorégies d’Orange, où David l’emporte sur Goliath

Festivals, La Scène, Opéra

Orange. Théâtre antique. 17-VII-2010. Vincenzo Bellini (1801-1835) : extraits de I Capuletti e i Montecchi, La Sonnambula, I Puritani, Norma. Gaetano Donizetti (1797-1848) : extraits de : L’Elisir d’Amore, Don Pasquale, Lucia de Lammermoor et La Fille du Régiment. Natalie Dessay, soprano, Juan Diego Flórez, ténor. Orchestre Philharmonique de Radio France, Giovanni Antonini, direction musicale.

«Soirée dantesque», commentait, le lendemain, Christophe Hondelatte lors de la retransmission en direct de Tosca par France2. Dantesque ! Pour le moins…

Certes Goliath avait bien failli gagner. On avait oublié, même chez les Provençaux de souche, que le mistral pouvait s’inviter impromptu au théâtre antique, et qu’on le réclamait depuis plusieurs semaines d’une chaleur poisseuse. Les bourrasques avaient bien failli gagner : soulevant queues-de-pie et jupes, faisant voler les partitions, enveloppant la scène de tourbillons de poussière, rafraîchissant sérieusement les gradins, elles avaient bien failli avoir raison de la patience de et des talents d’acrobate du chef – dirigeant d’une main, stabilisant ses feuilles de l’autre.

Mais l’intelligence et le talent l’ont emporté. , hésitant entre rire et agacement, a finalement renoncé à récupérer ses partitions, et s’est laissé rattraper par la facétieuse bonne humeur de son partenaire, le Péruvien . Au diable les aide-mémoire ! Les pages choisies étaient suffisamment connues pour des artistes de cette valeur, et figuraient en bonne place dans leur discographie respective : les applaudissements nourris des 8. 000 spectateurs, l’ont avantageusement confirmé. Ainsi, malgré le mistral, le public a pu apprécier le moindre vibrato de la soprano, la moindre inflexion délicate du ténor, comme les accords de chaque pupitre de l’excellent Orchestre de Radio-France.

Natalie Dessay, pour sa 4e prestation aux Chorégies (Carmina Burana en 1996, Les Contes d’Hoffmann en 2000 et un concert lyrique en 2004) a offert au public un récital digne de sa réputation. Quant à , les Chorégies l’accueillaient pour la première fois ; on a donc pu apprécier, à Orange comme ailleurs, sa palette très large, avec des modulations que n’aurait pas dédaignées un haute-contre ; bravo aussi à son impeccable diction dans les airs de La Fille du Régiment, qui aurait fait pâlir bien des chanteurs francophones ! Souhaitons que, dès après 2015 (son agenda est complet jusque-là), il devienne, à l’instar de Roberto Alagna (qui comptabilise cette année sa 12e participation !), un habitué de la scène des Chorégies ! Enfin, cerise sur le gâteau, malgré le mistral qui n’avait pas faibli, les deux artistes ont prolongé avec brio la soirée par des airs célébrissimes qui, séparément puis en duo, ont enchanté la nuit orangeoise. Une belle cuvée 2010 !

Crédit photographique : photo © Philippe Gromelle, Orange

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