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Crédit photographique : Château de Herrenchiemsee © DR ; Enoch Zu Guttenberg © DR ; Paul Godwin © Paulgodwin. com

Herrenchiemsee Festspiele

Lors de notre récent papier sur le festival printanier de Dresde, nous constations que l’Allemagne restait une terre de festivals à découvrir ! Ainsi, si l’on demande à un amateur de musique de citer des festivals bavarois, il avancera sans doute ceux de Munich et de Bayreuth. Pourtant, à proximité de la frontière autrichienne, le festival de Herrenchiemsee est à découvrir.

Si l’on mesure l’intérêt d’un festival à son côté extraordinaire, Herrenchiemsee est certainement l’un des rendez-vous musicaux les plus originaux et surtout l’un des festivals les plus mérités du public !

Hébergé sur une île au milieu de lac de Chiemsee, le château, siège principal du festival, nécessite un trajet d’une demi-heure de bateau et de vingt minutes de marche (il existe tout de même des minibus pour les moins valides), pour s’offrir au visiteur au milieu d’une île ombragée. Le spectateur francophone ne sera pas trop dépaysé car cet édifice se voulait une copie du château de Versailles !

Fasciné par Versailles, qu’il avait visité, en 1867, Louis II de Bavière était attiré par le modèle politique de l’absolutisme. Il voulut donc faire construire, sur ses terres, une copie du château français. Sur cette île, qu’il avait acheté afin d’y préserver la nature, le monarque bavarois, entreprit, à partir de 1878, la construction de ce château. Au bout de sept ans de travaux, et en dépit d’un chronique manque d’argent, le roi put s’installer dans le bâtiment. Mais, le décès tragique du souverain, en 1886, mit un terme aux finitions. Seules vingt pièces du palais étaient alors décorées et terminées.

Du côté des curiosités, on relève une copie de l’escalier des Ambassadeurs, détruit, à Versailles, en 1752. Mais le grand attrait du bâtiment réside dans sa copie de la Galerie des glaces. Mais, cette copie est agrandie de vingt-cinq mètres par rapport à l’original, présentant quatre-vingt-dix-huit mètres de longueur ! La plupart des concerts du festival se déroulent dans cet écrin majestueux.

Depuis dix ans, le chef d’orchestre allemand est la cheville ouvrière de la manifestation. La programmation, toujours thématique, offre une large palette de concerts et d’œuvres. Le récital instrumental côtoie l’opéra en version scénique et l’on peut, tout autant entendre une messe de Haydn qu’un concert autour d’œuvres de Schütz et Penderecki.

ne ménage pas sa peine et il alterne pendant la grosse dizaine de jours du festival, les représentations. À la tête de son orchestre du KlangVerwaltung, il emporte l’adhésion par la rigueur et l’énergie de son approche. Domptant la chaleur écrasante des soirées de juillet, il emmène ses troupes dans une confrontation de partitions «bellicistes» : la Missa in angustiis de Haydn (plus connue sous le nom de Nelsonmesse) et le Dettinger Te Deum de Haendel. Si la partition de Haydn célèbre la victoire de l’amiral Nelson à la bataille d’Aboukir (1798), la pièce de Haendel, célèbre une défaite française, en Bavière, pendant la guerre de succession d’Autriche, en 1743. Rejoints par une intéressante brochette de solistes et par la société chorale de Neubeuer, l’orchestre et son chef livrent une interprétation dynamique et passionnée de ses deux œuvres. Les équilibres et les phrasés instrumentaux sont soignées alors que le chœur, exclusivement composé d’amateurs, fait falloir son homogénéité et sa projection. Dans la messe de Haydn, il faut saluer les interventions de la soprano Miriam Meyer et du ténor Tobias Haaks. Toute l’interprétation de cette partition est parcourue par cette énergie bondissante qui fait briller les formes.

L’orchestre, qui joue sur instruments modernes mais avec les effets musicologiquement respectueux de l’esprit et de la lettre, offrait aussi son pupitre à un invité : le chef anglais Paul Godwin. Le Concerto pour piano n°19 de Mozart était la seule partition «connue» d’un programme cohérent, intelligent et historiciste sur les traces des contemporains de Haydn. La jeune pianiste Ragna Schirmer est l’une des étoiles montantes du clavier allemand ! Elle possède de nombreux atouts : une solide technique, une belle variété de couleurs et un sens du phrasé et des effets. Sous ses doigts, les mouvements du concerto de Mozart brillent de lumière estivales et de joliesses bondissantes. L’orchestre, très en verve, lui répond avec des phrasés saillants et savoureux. Paul Godwin, rompu à l’exercice fastidieux de l’accompagnement des demi-finales du Concours Reine Elisabeth de Belgique est heureux de troquer le toujours décevant Orchestre royal de chambre de Wallonie et les candidats, pour un vrai orchestre de chambre et une soliste inspirée ! Le reste du programme alternait le très oubliable (Marche pour la pompe funèbre du général Hoche de Cherubini) à de belles découvertes : la Symphonie funèbre pour la mort de la reine Louise de Prusse de Bernhard Romberg et la Symphonie, Op. 36 du Tchèque Paul Wranitzky. Mené par un expert, attentif à la construction thématique des partitions, l’orchestre se fait rutilant dans la pièce de Cherubini et félin et charmeur dans les deux symphonies qui sonnent avec un intérêt musical et musicologique. Le public, nombreux pour un programme si peu académique, fait une fête aux interprètes.

Entre ses deux concerts du KlangVerwaltung, le festival invitait l’une des Rolls des orchestres de chambre : le Scottisch Chamber Orchestra mené du violon par . Quelques heures après l’annonce du décès de Sir Charles Mackerras, son mentor, auteur d’enregistrements majeurs des symphonies de Mozart (Linn), la formation écossaise donnait une leçon d’énergie, de virtuosité et de perfection stylistique dans la symphonie n°41 «Jupiter» de Mozart. Dans une partition pourtant rabâchée et surjouée, les musiciens font étinceler les moindres détails, renouvelant l’approche à coups de tonus et de fruits vitaminés. En ouverture de programme, l’orchestre affrontait le redoutable Apollon musagète de Stravinsky. La partition est moins délicate par ses exigences techniques que part l’engagement qui est nécessaire pour garder l’intérêt du public ! Souvent exécutée par des instrumentistes peu concernés, cette pièce peut devenir un sombre tunnel. Rien de cela sous les archers conquérant des musiciens écossais. La beauté plastique des pupitres rejoint un sens de la chorégraphie et de la caractérisation des différentes variations de la pièce. abandonnait, le temps d’un concerto, son poste à la tête des premiers violons se lançant dans les tumultes du Concerto funèbre de . Malgré un début un peu timide, l’artiste impose une interprétation noire et tendue de cette partition traversée par des orages d’angoisses et de souffrances.

Au terme de trois concerts, le bilan est, très positif, pour un festival assez unique par son ambiance, ses lieux et qui s’affirme surtout par la qualité de sa programmation et de ses interprètes.

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