World Orchestra for Peace : Mahler et la paix sur terre

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Salzbourg. Festival, Großes Festspielhaus. 06-VIII-2010. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°4 ; Symphonie n°5. Camilla Tilling, soprano ; World Orchestra for Peace ; direction : Valery Gergiev.

Les belles idées font-elles de la belle musique ? En 1995, les convictions pacifistes de Sir l’avaient convaincu de fonder un Orchestre mondial pour la paix formé de musiciens issus d’orchestres du monde entier. Sa mort en 1997 n’a pas interrompu l’existence de l’orchestre, repris par l’omniprésent dès l’année suivante, même s’il a continué à n’être réuni que de façon exceptionnelle.

Ce concert salzbourgeois, qui marquait les débuts de l’orchestre au Festival, était en même temps l’occasion de fêter les 150 ans de la naissance de Mahler, avec un programme à la fois copieux et ambitieux. Ce concert vient en prélude à une saison 2010/2011 où Gergiev dirigera aux quatre coins du monde, avec plusieurs orchestres, une intégrale de ses symphonies.

La personnalité du chef russe autant que le patronage généreux de l’orchestre (dont le concert ne semble pour autant pas avoir un but charitable) assuraient un triomphe à ce concert donné dans une Grande salle du Festival comble : le triomphe a été au rendez-vous, du moins pour ce qui concerne la réaction du public à la fin du concert. Pour ce qui est de la musique, on aura cependant bien du mal à parler d’un triomphe artistique, et ce n’est sans doute pas un hasard s’il a fallu attendre la toute fin du concert pour entendre l’ovation attendue. La Symphonie n°5 convient en effet de toute évidence bien mieux à la personnalité volcanique du chef russe que l’ironie subtile et tendre de la n°4, qui dès les premières secondes rappelait une évidence : il ne suffit pas des meilleurs musiciens du monde pour former un grand orchestre, et quelques jours de répétition, même avec la meilleure volonté du monde, ne suffisent pas à construire un ensemble.

Les conséquences en sont multiples : la sonorité de l’orchestre, généralement acide, n’est pas vraiment stabilisée, et les musiciens ne sont pas suffisamment en sécurité pour pouvoir donner le meilleur d’eux-mêmes, ce qui se ressent jusque dans les solos. La plus-value que pourrait constituer l’énergie légendaire de Gergiev est ici absente, soit que le chef soit ce soir en un de ces jours où l’inspiration est à marée basse, soit qu’il est trop occupé par la tâche colossale qui lui incombe, celle d’essayer de tenir l’ensemble : les deux explications, cela dit, peuvent certainement être combinées. On n’apprendra donc rien de neuf, en cette très mondaine soirée, sur ces symphonies de Mahler : tout ce que peuvent en offrir Gergiev et ses musiciens est une lecture scolaire, peu différenciée et manquant de nuances dynamiques, sinon pour la fin de la Cinquième symphonie, le final tonitruant servant de prélude à l’ovation attendue.

L’intention est bonne, la réalisation moins enthousiasmante : on ne peut que penser à Daniel Barenboim et son West Eastern Divan Orchestra, invités plusieurs fois à Salzbourg, qui montrent bien à quel point la générosité n’interdit pas l’ambition artistique.

Crédit photographique © Wolfgang Lienbacher

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