Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Chad Hoopes, petit violon deviendra grand…

Plus de détails

Lauenen. Eglise. 19-VIII-2010. Igor Stravinsky (1882-1971) : Suite italienne. Manuel de Falla (1876-1946) : Suite populaire espagnole. Witold Lutoslawski (1913-1994) : Subito. Eugène Ysaÿe (1858-1931) : Sonate op. 27 nr. 3. Fritz Kreisler (1875-1962) : Caprice viennois, Liebesfreud & Libesleid. Sergej Rachmaninov (1873-1943) : Vocalise op. 34 nr. 14. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Introduction et Rondo cappricioso en La mineur, op. 28. Franz Schubert (1797-1828) : Sonatine nr. 1. Fritz Kreisler (1875-1962) : Syncopation. Chad Hoopes, violon. Gordon Back, piano.

Menuhin Festival Gstaad 2010

Vainqueur du Concours Junior Menuhin en 2008, et alors que sa prestation de l’an dernier avait enchanté le public, le tout jeune violoniste était à nouveau l’invité du Festival Menuhin. Dans le cadre superbement inspirant de l’église gothique de Lauenen, à une dizaine de kilomètres de Gstaad, l’attente du public était grande pour la venue de ce que les gazettes décrivaient déjà comme l’héritier du grand Yehudi Menuhin. Du haut de ses à peine seize ans, il faut bien admettre que possède une aisance peu commune pour affronter le public. N’hésitant pas à présenter les œuvres qu’il propose, il étonne par la simplicité avec laquelle il quitte le discours de présentation pour se lancer sans attendre dans l’interprétation.

Dès les premières notes de la Suite italienne de Stravinsky, on reste stupéfait de la facilité avec laquelle il aborde les traits les plus vertigineux de la partition. L’archet vole d’une corde à l’autre en se jouant des embûches techniques même si parfois, sa fougue lui joue quelques petits tours. Si petits qu’il importe peu de les relever. Tout est parfaitement dominé. Si bien dominé que s’insinue l’idée que peut-être nous sommes en face d’un artiste d’exception. Cependant, l’écoute plus attentive révèle peu à peu l’incontournable vérité actuelle de  : il n’est encore qu’un (trop) jeune violoniste. Certes, immensément doué, qui joue (extrêmement bien) ce qu’on lui a appris mais qui manque encore du recul et de l’expérience de la vie pour imprégner son propre ressenti et sa propre personnalité dans sa musique, dans LA musique.

S’exprimant au-delà de la récitation pure, sa musique actuelle manque pourtant de la profondeur, de l’intériorité que recèlent la plupart des œuvres à son programme. Dans la Suite italienne de Stravinski, on reste loin de l’Italie et de ses paysages, et l’Espagne de «son» De Falla est plus nimbée de froides rosées matinales que des chaudes après-midi ensoleillées d’avant corridas. En terminant la première partie de son récital avec le Subito de Lutoslawski, Chad Hoopes démontre de manière époustouflante ses débordantes capacités techniques.

La seconde moitié du récital est dédiée à des pièces de violon figurant souvent parmi les «encore» des grands interprètes. Des pièces que chacun fredonne, sinon connaît. Là encore, la technique instrumentale et le parfaitement bien appris de Chad Hoopes impressionnent sans pour autant qu’on puisse déceler la note personnelle de son talent d’interprète. Il est vrai que l’accompagnement souvent incolore de Gordon Back n’a pas été suffisamment expressif pour sortir le jeune violoniste de sa routine.

Reste à relever cependant l’extraordinaire performance de mémorisation du jeune homme qui a donné ce récital de plus d’une heure trente sans partition. Nul doute que ces premiers contacts avec le public le consolideront dans sa future carrière pour autant que le système ne le casse pas comme souvent il l’a fait avec les «trop» jeunes artistes. Petit violon deviendra grand pour autant que le système lui prête vie.

Crédit photographique : ©Roger Mastroianni

Plus de détails

Lauenen. Eglise. 19-VIII-2010. Igor Stravinsky (1882-1971) : Suite italienne. Manuel de Falla (1876-1946) : Suite populaire espagnole. Witold Lutoslawski (1913-1994) : Subito. Eugène Ysaÿe (1858-1931) : Sonate op. 27 nr. 3. Fritz Kreisler (1875-1962) : Caprice viennois, Liebesfreud & Libesleid. Sergej Rachmaninov (1873-1943) : Vocalise op. 34 nr. 14. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Introduction et Rondo cappricioso en La mineur, op. 28. Franz Schubert (1797-1828) : Sonatine nr. 1. Fritz Kreisler (1875-1962) : Syncopation. Chad Hoopes, violon. Gordon Back, piano.

Mots-clefs de cet article

Banniere-ClefsResmu-ok

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.