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Festival Pablo Casals de Prades, 60 ans de Musique de chambre

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Double célébration pour le Festival Pablo Casals 2010 qui ouvrait sa soixantième édition (1950-2010) à l’Abbaye Saint Michel de Cuxa par un concert retransmis en direct et sur grand écran au cœur du village de Prades, là où Casals, résistant opiniâtre face à la dictature franquiste, vint s’exiler dès 1939 pour y « faire silence ». « C’est le plus grand sacrifice de ma vie » confia-t-il au magazine « Life ».

Double célébration pour le Festival 2010 qui ouvrait sa soixantième édition (1950-2010) à l’Abbaye Saint Michel de Cuxa par un concert retransmis en direct et sur grand écran au cœur du village de Prades, là où Casals, résistant opiniâtre face à la dictature franquiste, vint s’exiler dès 1939 pour y « faire silence ». « C’est le plus grand sacrifice de ma vie » confia-t-il au magazine « Life ».

Avec 165 stagiaires installés depuis le 1er Août au lycée de Prades, c’est également le quarantième anniversaire de l’Académie internationale de musique de chambre convoquant pour 14 jours d’une vie musicale foisonnante (les cours mais aussi les concerts en soirée à l’Abbaye) 26 solistes internationaux ainsi que les quatuors Artis et Talich pour la musique de chambre.

Devant l’imposant retable de l’église de Prades où ont lieu traditionnellement tous les concerts du dimanche, c’est un programme Bach (celui du 1er concert du 1er festival de 1950) qui se donnait en soirée, ce 1er août. Au violoncelliste russe revenait l’honneur de jouer la première des Suites de Bach (qui devaient rituellement débuter chaque concert sous l’ère Casals). Cet interprète d’exception nous prouvait une fois de plus à quel point ce joyau de la littérature du violoncelle peut sonner différemment suivant la personnalité qui l’appréhende : selon le phrasé qui modèle la ligne du Prélude, l’éloquence d’une Allemande très posée, l’intériorité méditative de la Sarabande ou l’énergie primesautière de la Courante et de la Gigue. Les choix sont toujours merveilleusement assumés, Monighetti exploitant toutes les ressources de la résonance dans une plénitude sonore idéale.

Le Concerto brandebourgeois n°3 convoquait à son tour bon nombre d’archets prestigieux (, , Nieck de Groot) emmenés de belle autorité par le premier violon . L’articulation y est claire, et l’investissement de chacun très communicatif. La confrontation du piano de Jeremy Menuhin avec les archets conduits cette fois par Gil Sharon était plus improbable et beaucoup moins convaincante dans le Concerto n°1 pour clavier en ré mineur. Peut-être n’était-ce pas vraiment le lieu pour faire sonner une partie de piano qui peinait à s’épanouir et trouver son équilibre avec ses partenaires.

L’éclatant Concerto brandebourgeois n°2 dominé par le hautbois de et la trompette de la jeune Mireia Farrés trouvait au contraire sa pleine expansion sous la voûte de l’église. Pulsée par le continuo infaillible de Natsuko Inoue (clavecin) et (violoncelle), cette page flamboyante couronnait brillamment cette soirée dédiée au Cantor de Leipzig.

Comme chaque année, les concerts du Festival essaiment dans toute la région environnante, investissant en fin d’après-midi les hauts lieux de l’art roman de la Catalogne. Ainsi, merveilleusement situé sur son promontoire face au Canigou, le Prieuré de Marcevol accueillait un très bel hommage à Schumann avec au programme son Trio avec piano n°2 en fa majeur, précédé de deux pièces étroitement liées à cette âme romantique allemande. Avec la Sonate n°1 pour piano et violoncelle de Brahms, nous retrouvions sur le devant de la scène mettant son immense talent au service d’une écriture exigeante qu’il aborde avec un engagement total et une souveraine liberté d’archet. La sonorité toujours contrôlée par cette oreille musicienne offre une palette de couleurs merveilleusement dosées ménageant tour à tour l’intensité du lyrisme, le charme viennois et la rigueur contrapuntique. Au piano, et très à l’écoute, Jeremy Menuhin s’avère un excellent partenaire.

Les partitions contemporaines ne sont pas légion dans le Festival mais , souvent au pupitre, veille à ne jamais les oublier. Avec son Hommage à R. Sch. , le compositeur hongrois György Kurtag reprend l’effectif des Märchenerzählungen (clarinette, alto, piano) à travers six courtes pièces, presque des instantanés parfois ; il « met en scène » Eusébius et Florestan (le double schumanien) et Maître Raro – (Cla)Ra/ro(bert) – accusant les contrastes de caractère et la brièveté du geste avec une dose d’humour que les trois complices (, Peter Franfl, Hartmunt Rohde) instillent avec finesse.

L’excellent chambriste Peter Frankl, pianiste d’origine hongroise, se retrouvait aux côtés de Gil Sharon et dans le Trio n°2 de , une pièce de maturité (1849) d’une densité étonnante, annonçant le retour aux « voix intérieures » du compositeur : canons et fugato jaillissent presque comme une obsession au sein d’une écriture toujours à fleur d’émotion. Si le jeu de Gil Sharon n’est pas toujours inspiré ni même contrôlé, le chant expressif et contenu du violoncelle de Philippe Muller en parfait équilibre avec le piano instaure un discours captivant, révélant l’envoûtante singularité de cette âme romantique.

Singulière et idéale, l’acoustique de l’Abbaye Saint Michel de Cuxa est toujours le garant de très belles émotions musicales. La soirée du 3 Août nous faisait revivre « le dernier concert de à Prades (1966) ». Pour le Trio n°7 « A l’archiduc » (1811) de Beethoven, la complicité d’ (piano), de Kyoko Takezawa (violon) et d’Ivan Monighetti (violoncelle) donnait à cette partition sa hauteur stylistique et visionnaire, notamment dans l’Adagio con espressione où l’on suivait avec beaucoup d’intensité le cheminement d’une pensée introspective. La confrontation avec le Trio n°2 en ut mineur (1845) de Félix Mendelssohn était éclairante quant à la distance prise par le musicien vis à vis du monde romantique allemand : l’écriture qu’il laisse s’épanouir librement engendre des textures plus transparentes laissant filtrer des raies de lumière. Le Scherzo « elfique » – qui était rejoué en bis – porte la griffe mendelssohnienne, donnant à entendre des grésillements presque bruitistes rendus par le staccato des archets. Autre trio de choc, Peter Frankl (piano), Mihaela Martin (violon) et Arto Noras (violoncelle) détaillaient avec bonheur toutes les subtilités de cette écriture inventive.

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