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Paavo Järvi: « A nous deux, Paris ! »

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Passage de témoin à la tête de l’Orchestre de Paris avec l’arrivée du chef estonien Paavo Järvi au poste de directeur musical. Explorateur infatigable des symphonies du répertoire qu’il revitalise, le musicien possède une ouverture d’esprit totale et un répertoire sans limites. Rencontre avec un chef passionné qui ne cesse d’approfondir et de retravailler ses partitions et toujours en quête d’excellence.

 

ResMusica : Pouvez-vous nous parler de l’Orchestre de Paris ?
Paavo Järvi : Nous sommes au début d’une nouvelle collaboration qui sera très fructueuse et très positive. Il faudra un peu de temps pour que l’on s’adapte les uns aux autres car nous sommes justes à l’aurore d’une belle aventure, mais nous prenons déjà énormément de plaisir à travailler ensembles. Pour cette première saison, j’ai voulu diriger une large palette de compositeurs. Il y a bien sur de la musique française, mais aussi des grands classiques (Beethoven, Schumann, Bruckner), de la musique russe (Rachmaninov, Chostakovitch) et bien sur de la musique scandinave et baltique (Grieg, Pärt, Senthammar). Cette variété doit nous permettre aussi de trouver une bonne combinaison entre des œuvres connues et des œuvres à faire découvrir au public parisien. Au niveau du travail d’orchestre, cette saison d’exploration doit me permettre de voir comment l’orchestre évolue entre ces différents styles et périodes, et d’en tirer des conclusions pour poser les axes de notre travail futur. Je me réjouis du programme d’ouverture de la saison avec La Péri de Paul Dukas et Kullervo de Jean Sibelius. Ce sera la première fois que l’orchestre de Paris jouera Kullervo !

RM : Est-ce que vous souhaitez diriger les symphonies de Sibelius que le public parisien connaît encore assez mal et a découvert assez récemment ?
PJ : Oui ! Je veux diriger l’intégrale de ses symphonies mais aussi l’intégrale des symphonies de Nielsen..

RM : Pensez-vous que l’orchestre de Paris possède encore un son «français» ?
PJ : C’est très intéressant ! Nous sortons un disque Bizet et si vous écoutez la fantaisie symphonique Roma, l’orchestre y sonne de manière très française. Mais d’un autre côté, grâce au travail de Christoph Eschenbach, j’ai été séduit par la magnifique sonorité de cet orchestre dans la musique allemande. En réalité, au 21éme siècle, il est indispensable, pour les phalanges, d’évoluer avec flexibilité entre les styles et donc entre les sonorités. Si vous écoutez l’Orchestre les orchestres philharmonique de Munich ou Vienne dans Bruckner, vous attendez un certain type de son ; mais si vous les écoutez dans Tchaïkovski, vous n’attendez pas la même esthétique sonore. Les couleurs des cordes, par exemple, ne doivent pas être identiques. On ne peut donc pas faire la symphonie n°5 de Bruckner comme Le Sacre du printemps ! Le son doit être en relation avec le répertoire. Dès lors, nous recherchons le bon concept sonore pour Bizet, mais aussi les couleurs idéales pour Bruckner, Tchaïkovski ou Stravinsky.

RM : Voulez-vous travailler, avec l’orchestre de Paris, la musique française ? Pour vos prédécesseurs, Semyon Bychkov ou Christoph Eschenbach, en dépit de quelques explorations, la musique française n’était pas au cœur de leurs préoccupations.
PJ : Je suis un fan de la musique française. Comme je vous le disais, nous venons de publier un disque Bizet et, pour ma première saison, il y a déjà une belle sélection de musique française avec Berlioz, Debussy et Ravel. Ce qui m’attire c’est aussi d’explorer la face cachée de la musique française. Non pas, les aspects modernistes ou coloristes, mais de chercher une expressivité parfois une pointe de romantisme, surtout chez Dukas, Chabrier ou Saint-Saëns. Je suis aussi un grand amoureux de la musique de Ravel, de sa substance ou de ses couleurs.

RM : Vous êtes aussi lié à la Deutsche Kammerphilharmonie. Pouvez-vous nous parler de cet orchestre ?
PJ : La Deutsche Kammerphilharmonie est très particulière par rapport aux orchestres aux structures classiques. C’est un orchestre auto-géré qui décide de ses artistes invités et de ses projets, sans d’autres contraintes que l’envie commune de travailler avec les chefs, solistes et surtout de faire de la musique. A l’origine c’était un orchestre de jeunes, même en s’institutionnalisant et en «vieillissant», il a gardé son énergie, sa curiosité et son envie de dévorer la musique à pleines dents. Nous travaillons autour de projets et nous prenons le temps d’aller au fond de notre des partitions et de fignoler ou de creuser notre approche. J’aime ce souci d’excellence et cette volonté d’aller toujours, toujours et toujours plus loin. Nous avons enregistré les symphonies de Beethoven et nous sommes actuellement concentrés sur Schumann où nous recherchons un tonus et une fraîcheur dans l’interprétation.

RM : Et après Beethoven et Schumann, quelles seront vos prochaines explorations ? Bruckner et même Mahler ?
PJ : Bruckner serait possible à l’inverse de Mahler ! Oui, pourquoi pas ! Mais je pense que ce n’est pas une priorité, il y a d’autres symphonies à explorer avant, en particulier Schubert ou Brahms.

RM : Dans vos interprétations des symphonies de Schumann, vous jouez uniquement avec des instruments modernes. Les instruments anciens ne vous attirent pas ?
PJ : Pour les symphonies de Beethoven, nous avions utilisés des trompettes naturelles et des petites timbales. Mais pour Schumann, en effet, c’est uniquement des instruments modernes. Je ne recherche pas l’authenticité à tous prix ! Je n’ai pas le côté «prophète» de Roger Norrington qui cherche à tout diriger avec une vision historiciste. Ce qui compte pour moi, c’est de définir un projet, et d’aller à fond dans ce projet. Ce matin, nous avons répété plus de trois heures, largement plus que ce que prévoyait le planning, mais nous avons encore amélioré notre vision.

RM : Quels sont vos futurs disques ?
PJ : Avec la Deutsche Kammerphilharmonie, nous enregistrons les symphonies de Schumann. Les symphonies n°1 et n°3 vont sortir l’automne à l’occasion d’une tournée au Japon. Nous allons aussi publier un cycle Beethoven complet mais en DVD. Ces prises de concert ont été réalisées à Bonn, en 2009. Avec l’orchestre de Paris, après Bizet, ce sera Fauré. Quant à l’orchestre de la radio de Francfort, il travaille sur les symphonies de Bruckner. Nous avons déjà publié les symphonies n°7 et n°9 et là, nous allons éditer la symphonie n°5. Mais pour ce cycle, nous progressons assez lentement ce qui est bien pour l’approfondissement !

Retrouvez à travers son actualité :

Paavo Jarvi vient de prendre la direction de l’Orchestre de Paris, il sera très présent cette saison à Paris, mais aussi travers l’Europe avec la Deutsche Kammerphilharmonie de Brême ou son Orchestre de la radio de Francfort.

au disque :

La discographie de Paavo Järvi est très riche. On recommande en particulier son intégrale des symphonies de Beethoven avec la Deutsche Kammerphilharmonie de Brême (RCA) et ses enregistrements d’œuvres de Sibelius avec différents orchestres (Virgin). Le chef vient de sortir un disque Bizet avec son nouvel orchestre :

George Bizet (1838-1875) : Symphonie en Ut, Fantaisie symphonique Roma, Jeux d’enfants. Orchestre de Paris, direction : Paavo Järvi. 1 CD VIRGIN. Référence : 5099962861304.

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Passage de témoin à la tête de l’Orchestre de Paris avec l’arrivée du chef estonien Paavo Järvi au poste de directeur musical. Explorateur infatigable des symphonies du répertoire qu’il revitalise, le musicien possède une ouverture d’esprit totale et un répertoire sans limites. Rencontre avec un chef passionné qui ne cesse d’approfondir et de retravailler ses partitions et toujours en quête d’excellence.

 
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