Concerts, La Scène, Musique symphonique

Eliahu Inbal et Marc Coppey avec l’OPRF

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Paris. Salle Pleyel. 17-IX-2010. Robert Schumann (1810-1856) : Manfred op. 115 ; Marc Monnet (1947) : Concerto pour violoncelle « sans mouvement, sans monde », création mondiale, commande de Radio-France ; Richard Strauss (1864-1949) : Symphonie alpestre. Marc Coppey, violoncelle. Orchestre philharmonique de Radio France, direction : Eliahu Inbal.

Par un souci de cohérence, la soirée s’ouvrait et se concluait par deux œuvres à programme dont l’action se passait, ou du moins une partie, dans les Alpes. On notera tout de suite le caractère inégal d’une telle comparaison.

Le drame du Manfred de Schumann, c’est de ne pas avoir la même puissance que le Songe d’une Nuit d’été de Mendelssohn. C’est à dire, de ne pas supporter une interprétation sans récitant. Mis à part l’»Ouverture», dont le grandiloquent et l’aspect massif sont proprement inouïs dans l’œuvre symphonique de son auteur, les extraits choisis ne sauraient dépasser la qualité de pièces de circonstances ; il faut bien reconnaître que le «Ranz des vaches», qui a valu à juste titre de chaleureux applaudissements au cor anglais de l’orchestre, n’est que peu de chose comparé au solo de Tristan, à peine postérieur.

Après cette mise en bouche un rien maladroite venait la création de Marc Monnet, dont le compositeur explique dans la note de programme que son œuvre est un «anti-concerto» ; comprenez : c’est un concerto, mais il faut l’écouter comme une œuvre avec violoncelle principal, à la manière du Don Quichotte de Strauss ou de la Symphonie concertante de Prokofiev. Marc Monnet y tente en outre de résoudre le problème de la grande forme, par la juxtaposition compliquée de dix mouvements, ersatz et autres esquisses, chacun séparés par un court silence. L’auditeur lui sait gré de ce souci pédagogique ; le mélomane et le musicien quant à eux noterons que ces déclarations d’intention ne sont pas d’une modernité forcenée. Passons.

À n’en pas douter, nous avons là un musicien à la technique sûre : il manie les timbres de l’orchestre avec subtilité, sait créer des textures poétiques, combiner ou opposer les masses – bref, il connait son affaire. On s’interroge tout de même sur la qualité de l’inspiration, extrêmement éclectique ; le matériau est de l’ordre de l’objet trouvé, et puise autant chez Marcel Bitsch que chez Messiaen (première manière), avec en prime un cluster de cordes à la manière de Penderecki. Le tout fait alterner des passages proprement réjouissants et des moments d’une banalité voire d’un vide sidéraux, dont le comble est sans conteste la cadence soliste. On voudrait croire à la manifestation d’un second degré ; cela ne semble pourtant pas être le propos.

Au final, on s’ennuie souvent, on écoute quelquefois, cependant que le cœur ne bondit ni les cheveux ne se dressent jamais au cours de cette demie heure de musique. L’orchestre et le chef assurent leur partie sans accrocs ; Marc Coppey s’en sort dignement.

Après l’entracte, l’orchestre au grand complet nous donnait le grand moment de musique de la soirée, la Symphonie alpestre de Strauss. L’œuvre souffre indéniablement de la fadeur de sa thématique, alliée à une certaine lourdeur parfois, mais quelle inspiration, quel déploiement de timbres, quelles trouvailles harmoniques ! Et quand bien même Strauss ne veuille produire qu’une cadence en do majeur, il faut entendre avec quel brio il la prépare et la résout … cinq minutes plus tard. Nous citerons en outre deux moments au cours desquels l’orchestre s’est particulièrement illustré : le premier grand développement, qui figure l’errance du protagoniste dans la montagne, un passage extrêmement touffu sur le plan contrapuntique, rendu avec une grande clarté, de même que le «calme avant la tempête», où les interventions solistes des bois nous ont permis de goûter la qualité du jeu des divers pupitres.

Une soirée inégale donc, mais pas dénuée de bons moments heureusement.

Crédit photographique : Eliahu Inbal © Z. Chrapek

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Paris. Salle Pleyel. 17-IX-2010. Robert Schumann (1810-1856) : Manfred op. 115 ; Marc Monnet (1947) : Concerto pour violoncelle « sans mouvement, sans monde », création mondiale, commande de Radio-France ; Richard Strauss (1864-1949) : Symphonie alpestre. Marc Coppey, violoncelle. Orchestre philharmonique de Radio France, direction : Eliahu Inbal.

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