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Vienne. Musikverein. V-X-2010. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Fantaisie en ré mineur K 397, Dix variations en sol majeur K 455 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Trente-deux variations en ut mineur sur un thème original WoO 80, Sonate n°14 (« Clair de Lune ») op. 27 n°2 ; Robert Schumann (1810-1856) : Gesänge der Frühe op. 133, Sonate en fa dièse mineur op. 11. Gottlieb Wallisch, piano.

Le pianiste autrichien a ému le Musikverein de Vienne par son récital Mozart/Beethoven/Schumann. Dans ces murs baroques où il est chez lui depuis ses douze ans, il a rendu un hommage vif et coloré à ces trois grands compositeurs qui vécurent à Vienne. Exécutées avec un bonheur inégal, leurs œuvres ont toutefois été portées avec une ardeur constante.

Dès la Fantaisie en ré mineur, Wallisch affirme un style sérieux et élégant, qui devine-t-on s’inspire d’Alfred Brendel. Son jeu est à la fois vibrant et serein, ferme et glissant, appliqué et naturel. Au cours des mesures, la tension est entretenue avec soin puis se dissipe soudainement dans les passages enjoués. De cette œuvre fameuse, l’interprète offre une version particulièrement romantique et contrastée, aussi tourmentée que souriante. C’est l’humour qui domine en revanche dans les Dix variations en sol majeur sur le thème «Unser dummer Pöbel meint», très honnêtement servies par Wallisch qui se révèle décidément habile mozartien. Les accords graves, lointain écho d’un opéra de Gluck, scandent à merveille les folles acrobaties de la main droite : l’équilibre est très réussi.

On ne retrouve malheureusement pas chez Beethoven ce même brillant. Les Trente-deux variations en ut mineur sur un thème original connaissent une belle montée en intensité, mais leur richesse reste occultée par le phrasé un peu incertain de Wallisch. On est également déçu par une Sonate au Clair de lune laborieuse, émaillée d’irrégularités voire de fausses notes (dans les redoutables doubles-croches du troisième mouvement) et qui surtout, malgré quelques passages finement nuancés, manque d’originalité.

Après cette première partie seulement à moitié réussie, on attendait Schumann avec autant de hâte que d’appréhension. Mais pour le public de la salle Brahms, le Chant de l’aube (Gesänge der Frühe) fut surtout celui de la renaissance d’un talent. Wallisch, qui confie volontiers retrouver la pureté enfantine de Mozart chez Schumann, s’est montré aussi inspiré par le premier que par le second. Sous ses doigts aériens s’est épanouie avec tendresse et recueillement l’aube du romantisme allemand, couronnant un programme bâti comme une progression dans le temps. Beaucoup d’audace et d’alacrité dans la Sonate en fa dièse mineur, dont les lignes mélodiques sont fort intelligemment retracées. D’une grande subtilité, l’interprétation est si fidèle au mystère de la partition qu’on excuse volontiers les quelques fautes commises. Le public en redemande et Wallisch offre en guise d’adieu une délicieuse Romance sans paroles de Fauré (op. 17 n°3), infiniment plus à l’aise dans cette soie française que dans l’empêtrant brocard beethovenien !

Crédit photographique : © Wolfgang Werzowa, Vienne

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Vienne. Musikverein. V-X-2010. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Fantaisie en ré mineur K 397, Dix variations en sol majeur K 455 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Trente-deux variations en ut mineur sur un thème original WoO 80, Sonate n°14 (« Clair de Lune ») op. 27 n°2 ; Robert Schumann (1810-1856) : Gesänge der Frühe op. 133, Sonate en fa dièse mineur op. 11. Gottlieb Wallisch, piano.

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