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Il canto delle Dame : de drôles de dames compositrices et oubliées

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Isabella Leonarda (1620-1704) : Ave suavi dilectio motteti op. 6, Venezia 1676, Sonata VII a tre, Bologna 1693 ; Giovanni Pietro del Buono (av 1641-v. 1657) : canone sopra l’Ave Maris Stella Palermo, 1641 ; Francesca Caccini (1587-1640) : Chi è costei, sonetto in quatro parti ; Io mi distruggo ; Lasciamenti qui solo (aria in cinque parti), Il Primo Libro delle Musiche, Firenze, 1618 ; Caterina Assandra (1587-1618) : Duo Seraphim, Canzon a 4 (di Benedetto Rè), O quam suavis, O Salutaris hostia, motteti a due e tre voci, Milano, 1608 ; Barbara Strozzi (1619-après 1664) : Hor Ch’Apollo, serenata con violini, arie a voce sola, op. 8 Venezia, 1664. Concerto Soave : Maria Cristina Kiehr, soprano ; Amandine Beyer, Alba Roca, violons ; Sylvie Moquet, viole de gambe ; Mara Galassi, harpe, Jean-Marc Aymes, clavecin, orgue et direction. 1 CD Ambronay distribué par Harmonia Mundi, code barre : 3 760135 100255. Enregistré à l’abbatiale d’Ambronay du 23 au 26 mai 2010. Notice trilingue (français, anglais, allemand), textes en italien, anglais, français. Durée totale : 64’67’’.

 

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Dédié à quatre femmes compositrices de l’Italie du XVIIe siècle, ce beau disque prolonge avec bonheur la 30e édition du festival baroque d’Ambronay, qui avait choisi comme thématique : «Femmes, le génie interdit», histoire de mettre l’accent sur nombre de créatrices oubliées, que la société des hommes avait injustement écarté des répertoires et des encyclopédies.

Fait unique dans l’histoire de la musique, l’Italie du nord connût une force créatrice féminine de grande qualité au XVIIe siècle, malgré les carcans sociaux, qui ne laissaient guère aux femmes la possibilité de briller comme artistes. Il s’agissait toutefois d’un monde aristocratique et certaines renonçaient au monde pour gagner la liberté de créer à l’ombre de leurs couvents.

Religieuse au couvent de Santa Agata à Lomello, près de Milan, a composé deux recueils de motets auxquels elle intègre des pièces instrumentales de Rè en signe d’hommage, témoignant des premières expériences de musique instrumentale soumise à la seule fantaisie du compositeur. était issue d’une grande famille de Novare et passa l’essentiel de sa vie au couvent des Ursulines de cette ville, où elle devint mère supérieure, puis «madre vicaria». La composition occupait une grande partie de son temps et elle laissa quelque 200 œuvres, dont la moitié dédiées à la Vierge. Elle possède une large palette expressive, embrassant la petite comme la grande forme, le domaine vocal et instrumental. La réputation de la «Muse de Novare» dépassait la cité et même l’Italie. Le Français , qui possédait plusieurs de ses ouvrages, lui vouait une grande admiration.

Fille du célèbre compositeur Guilio Caccini, «la Cecchina» était très jeune une véritable diva. Elle avait commencé dès l’âge de 13 ans dans Euridice de Jacopo Peri, qui est considéré comme le premier opéra de l’histoire de la musique, puis chanta dans Il rapimento di Cefalo de son père, créé à l’occasion du mariage d’Henri IV et Marie de Médicis. Elle publie son premier recueil de musique à une et deux voix en 1618, puis fut la première femme à composer et publier un opéra avec La Liberazione di Ruggiero dall’isola d’Alcina en 1625. Ses autres ouvrages lyriques ont été perdus. La plus célèbre et la plus prolixe de ces dames est naturellement la vénitienne à laquelle le a consacré l’un de ses premiers disques et qui fut l’objet d’un superbe disque monographique l’an dernier par la dirigée par Leonardo Garcia Alarcon pour le même label Ambronay. Fille adoptive ou illégitime du grand poète Giulio Strozzi, elle reçoit une éducation musicale approfondie auprès des grands de l’époque, dont un certain Cavalli. Elle est quelque part l’héritière de Monteverdi et Sigismond d’India à la fin de la forme madrigalesque.

Tout au long de cette douzaine de motets, airs et sérénades, la voix cristalline de Maria Cristina Kiehr se fond avec un naturel d’une grande expressivité dans les registres abordés, qu’ils soient religieux ou amoureux, sacré ou profane. Sa voix lumineuse, habitée d’une humaine sincérité restitue à merveille l’intense émotion de ces pièces que l’on redécouvre avec un plaisir gourmand. Le travail du verbe tout en nuances avec une richesse incomparable de couleurs est admirable. La cantatrice argentine est soutenue par un somptueux continuo dirigé avec probité par au clavecin et à l’orgue, associé à la suave viole de gambe de . Les violons d’ et Alba Roca, échappées des Incogniti, rayonnent d’une belle luminosité. Et que dire de la harpe de , notamment dans son accompagnement solo du lamento funèbre de Francesca Caccini Lasciamenti qui solo ?

Toujours très soignée, la présentation du label Ambronay nous gratifie d’un texte passionnant de , spécialiste de la musique du XVIIe siècle, tandis que rend hommage à la rage de création de ces femmes en dépit des codes sociaux.

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Isabella Leonarda (1620-1704) : Ave suavi dilectio motteti op. 6, Venezia 1676, Sonata VII a tre, Bologna 1693 ; Giovanni Pietro del Buono (av 1641-v. 1657) : canone sopra l’Ave Maris Stella Palermo, 1641 ; Francesca Caccini (1587-1640) : Chi è costei, sonetto in quatro parti ; Io mi distruggo ; Lasciamenti qui solo (aria in cinque parti), Il Primo Libro delle Musiche, Firenze, 1618 ; Caterina Assandra (1587-1618) : Duo Seraphim, Canzon a 4 (di Benedetto Rè), O quam suavis, O Salutaris hostia, motteti a due e tre voci, Milano, 1608 ; Barbara Strozzi (1619-après 1664) : Hor Ch’Apollo, serenata con violini, arie a voce sola, op. 8 Venezia, 1664. Concerto Soave : Maria Cristina Kiehr, soprano ; Amandine Beyer, Alba Roca, violons ; Sylvie Moquet, viole de gambe ; Mara Galassi, harpe, Jean-Marc Aymes, clavecin, orgue et direction. 1 CD Ambronay distribué par Harmonia Mundi, code barre : 3 760135 100255. Enregistré à l’abbatiale d’Ambronay du 23 au 26 mai 2010. Notice trilingue (français, anglais, allemand), textes en italien, anglais, français. Durée totale : 64’67’’.

 
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