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Macbeth au pays du pétrole !

La Scène, Opéra, Opéras

Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 12-X-2010. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Macbeth, Opéra en quatre actes sur un livret de Francesco Maria Piave et Andrea Maffei, d’après The Tragedy of Macbeth de William Shakespeare. Mise en scène : Gerhard Weber. Décors : Claude Stephan. Costumes : Ulli Kremer. Avec : Thomas Grünholz, Duncan ; Jean-Marc Ivaldi, Macbeth ; Guido Jentjens, Banquo ; Merav Barnea, Lady Macbeth ; Evelyn Czesla, La suivante de Lady Macbeth ; Gianluca Zampieri, Macduff ; Peter Koppelmann, Malcolm ; Simon Buring, Fleanzio ; Carlos Aguirre, Un médecin / Un sicaire ; Tim Heisse, Le domestique de Macbeth ; Evelyn Czesla et Carlos Aguirre, Les esprits de l’air. Chœurs du theater. trier (chef de chœur : Angela Händel). Chœurs de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole (chef de chœur : Jean-Pierre Aniorte). Orchestre Philharmonique de la Ville de Trèves, direction : Victor Puhl.

A priori, le concept semble fonctionner. L’action est transposée à notre époque dans un pays d’Amérique latine riche en ressources pétrolières. Macbeth, général de l’armée, instaure une nouvelle dictature après avoir assassiné le président Duncan. Stimulé par l’ambition et la soif de pouvoir de son épouse, il utilise sa junte militaire pour anéantir ses nombreux opposants. Malgré le nouveau régime de terreur qui sévit, le bien finit évidemment par triompher. Cependant, une fois Macbeth détrôné, c’est au tour de Malcolm de recommencer ce cycle infernal…

Peu importe, finalement, la transposition, tant que les mécanismes de la tragédie opèrent, et ce ne sont certainement pas les SMS de Lady Macbeth, la machine à café de Banquo ou les déclarations au micro de Macbeth puis de Malcolm qui parviendront à «trivialiser» le drame universel de Shakespeare. La mise en scène est dans l’ensemble plutôt cohérente et bien soignée, et la transposition justifie sans doute que les décors et les costumes évoquent davantage la série télévisée Dallas que l’Écosse médiévale, ou bien que les sorcières prennent les traits de femmes de ménage – normal, les balais ! – ou de meneuses de revue. Certaines images phares, comme par exemple cet élément de puits de forage dont le mouvement de va et vient semble marquer inlassablement le cours du destin, resteront sans doute dans certaines mémoires. On a moins bien compris, en revanche, ce que venait faire Darkvador, le personnage de La Guerre des étoiles, au cours de la scène des apparitions du troisième acte…

La faiblesse de ce spectacle coproduit entre Metz et Trèves résiderait plutôt dans la partie musicale. Si l’on prend à la lettre le souhait de Verdi de distribuer le rôle de Lady Macbeth à une cantatrice à la voix «dure, creuse et étouffée», est sans doute l’interprète idéale… Il y a néanmoins des limites à ce que l’on peut accepter dans ce mal canto, et tout dans la partition prouve que les dires du compositeur sont à prendre avec une certaine modération. Mais si la chanteuse est impossible, reconnaissons que l’actrice fascine par son aisance scénique et par la justesse de son jeu. Vocalement, est un Macduff presque aussi catastrophique : timbre sec, legato inexistant, etc. Les autres interprètes sont un peu mieux chantants, mais ce n’est guère que le Macbeth de qui apporte quelque dignité vocale à ce plateau particulièrement indigent. Même les chœurs de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole, pourtant renforcés par leurs collègues de Trèves, ne rendent pas véritablement justice au superbe chœur «Patria oppressa». Sous la baguette de , l’ est parfois en décalage avec le plateau, et fait plutôt pâle figure à côté de l’orchestre généralement entendu dans ce même théâtre.

En somme une soirée bien décevante, agrémentée néanmoins par le parti pris intéressant de la mise en scène.

Crédit photographique © Friedemann Vetter

 

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