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Chailly et ses deux amours : Mahler et Berio

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Munich. Herkulessaal der Residenz. 14-x-2010. Luciano Berio (1925-2003) : Sinfonia pour ensemble vocal et orchestre. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 1 en ré majeur. Ensemble vocal NOVA ; Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise ; direction musicale : Riccardo Chailly.

Quand on pense à l’Italie musicale, on pense un peu trop souvent à ce long XIXe siècle entièrement dominé pour le meilleur et pour le pire par le triomphe de la voix et d’une sentimentalité à fleur de peau ; beaucoup moins à cette génération d’après guerre entraînée par les figures de et de Luigi Nono, animés d’un inextinguible besoin d’aventure, portés par leurs convictions politiques et qui trouvaient en des interprètes majeurs comme Maurizio Pollini et Claudio Abbado. Plus jeune d’une génération, lui-même fils de compositeur, en assume l’héritage, comme ce concert le montre, aussi bien pour le choix des œuvres que pour les conceptions musicales qui guident son interprétation.

La Sinfonia de Berio est un des monuments de cette génération, ce qui ne suffit pas pour qu’elle soit facilement accessible à une partie du public. L’avoir programmée en complément de l’intégrale mahlérienne en cours à l’Orchestre de la Radio bavaroise a quelque chose d’évident, en raison des nombreuses citations de la Deuxième Symphonie, ce n’en est pas moins une excellente idée, qui montre à quel point la musique du XXe siècle, loin de se limiter à une tabula rasa, a su faire sien tout l’héritage musical du passé. Et n’y a-t-il pas quelque chose de commun entre la démarche de Berio et celle de construisant sa première symphonie en partie sur ses Lieder des années précédentes ?

Il n’était pas difficile de prévoir comment allait aborder cette Première symphonie : un son orchestral clair, loin des touffeurs et de l’emphase qui peuvent la défigurer plus encore que les symphonies ultérieures, le souci de la clarté structurelle, un discours musical allant. Tout cela, on l’avait deviné ; mais la surprise n’en est pas moins grande devant le résultat obtenu, d’une beauté et d’une intelligence bouleversantes, avec l’aide d’un orchestre non seulement au sommet de la perfection instrumentale, mais capable comme peu de se mettre au service du chef qui le dirige. Le travail du son, au début du troisième mouvement, et notamment le solo de contrebasse sur le motif de Frère Jacques, montre exemplairement comment le travail sobre et retenu de Chailly fait naître une émotion qu’une approche plus romantique n’aurait jamais pu rendre. Il est facile, aujourd’hui, d’obtenir un triomphe avec une symphonie de Mahler, mais rarement triomphe n’aura été aussi mérité que celui qui a clos ce concert.

Crédit photographique : Riccardo Chailly © Wolfgang Lienbacher

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Munich. Herkulessaal der Residenz. 14-x-2010. Luciano Berio (1925-2003) : Sinfonia pour ensemble vocal et orchestre. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 1 en ré majeur. Ensemble vocal NOVA ; Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise ; direction musicale : Riccardo Chailly.

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