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Beethoven fait-il mal aux oreilles ?

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Düsseldorf. Tonhalle. 06-XI-2010. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano n°2 en si bémol majeur, Op. 83 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : symphonie n°3 “Héroïque”, Op. 55. Leif Ove Andsnes, piano ; London Philharmonic Orchestra, direction : Vladimir Jurowski

On a souvent l’habitude d’entendre, dans la bouche des commentateurs, que les chefs russes, ou de l’école russe, si bons dans les symphonies des compositeurs de leur ère géographique, s’avèrent plutôt largués dans les œuvres du répertoire germanique. Conformément à l’image d’Epinal, la sensibilité slave serait impropre à la compréhension d’une certaine structure allemande. Rien n’est plus faux ! On doit ainsi l’une des plus belles intégrales des symphonies de Brahms à Svetlanov et l’une des plus intéressantes symphonie n°9 de Bruckner au grand Mravinski ! En tournée européenne, , et ses troupes du London Philharmonic, prenaient un grand plaisir à tordre le cou aux clichés !

Dans Brahms, Jurowski a déjà marqué les esprits avec un enregistrement des symphonies n°1 et n°2 du compositeur (LPO). Dans une optique nerveuse et fougueuse, le chef arrachait ces symphonies à l’énergie et au panache. Poursuivant une recherche de la sève du concerto pour piano n°2, il fait sonner l’orchestre avec une attention aux équilibres, aux transitions tout en privilégiant des couleurs claires et une énergie marquée par des contrastes saillants. L’effectif orchestral, modéré dans les pupitres de cordes, lui permet d’obtenir une pâte à la fois flexible et dynamique. Pianiste plus cérébral que sensoriel, Leif Ove Andness, évolue aisément dans ce tissu symphonique, qui lui donne l’opportunité de mettre en valeur la sûreté de sa technique et sa compréhension de l’œuvre. On est loin d’un Brahms métaphysique ou granitique (façon Arrau/Guilini par exemple), mais ce Brahms intellectuel, instrumental et contemporain, est un beau modèle de rigueur et d’intelligence musicale. Ovationné par le public, le pianiste offre, en bis, une petite pièce de Schumann.

Changement radical après la pause ! Si Brahms se voulait allégé et bio, Beethoven prend du poids et beaucoup de poids ! Fuyant la mode des effectifs ultra-allégés et des Urtext encombrants, Jurowski a décidé de jouer la symphonie n°3, dans l’arrangement de Gustav Mahler ! Les cordes sont en tutti, alors que les pupitres de bois et de cuivres sont doublés : 4 flûtes, 4 clarinettes, 4 bassons, 4 hautbois, 6 cors et 4 trompettes partent donc à l’assaut de la symphonie «héroïque». Si les notes, sont bien les mêmes, Mahler n’a pas reculé devant ses propres procédés d’instrumentations avec un effet de masse, des contrastes très appuyés et une recherche des effets sonores comme les vents et les cors qui jouent pavillon en l’air dans les fortissimi ! Dès lors, côté tympans, cela déménage sec ! Mais en chef de talent, Jurowski sait construire l’architecture de l’œuvre et garde, même sous les effets spectaculaires, la portée dramatique de la pièce. L’orchestre, affûté et concentré (magnifiques vents !) fait corps avec la vision du chef, il en résulte une formidable leçon de direction d’orchestre !

Crédit photographique : © DR

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Düsseldorf. Tonhalle. 06-XI-2010. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano n°2 en si bémol majeur, Op. 83 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : symphonie n°3 “Héroïque”, Op. 55. Leif Ove Andsnes, piano ; London Philharmonic Orchestra, direction : Vladimir Jurowski

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