Parsifal revisité par John Neumeier

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Opéra Garnier. 12/XI/10. Ballet de Hambourg : Parzival, Episodes et Echo. D’après Chrétien de Troyes et Wolfram von Eschenbach. Chorégraphie (2006), mise en scène, costumes et lumières : John Neumeier. Musiques : John Adams, Arvo Pärt, Richard Wagner. Décors : Peter Schmidt. Avec les danseurs du Ballet de Hambourg.

S’inspirant de Chrétien de Troyes et des légendes germaniques, signe avec Parzival un ballet narratif ambitieux mais décevant.

Créé en 2006 à l’Opéra de Hambourg, Parzival est une œuvre de maturité de , directeur et chorégraphe du depuis bientôt quarante ans. Sur un plateau quasiment sans décor et sans scénographie, il retrace les principaux épisodes de la vie de Perceval, depuis son enfance auprès d’une mère protectrice jusqu’aux combats et à la rédemption. Pour illustrer musicalement ces différents épisodes, John Neumeier a choisi trois compositeurs différents : , avec le prélude pour orchestre de Parsifal, , prisé par les chorégraphes contemporains et , devenu un classique de la post-modern dance.

Le choix d’Edvin Revazov, principal du Ballet de Hambourg, pour interpréter Perceval est surprenant. Juvénile, il n’imprime pas à son personnage une présence marquante. La mère, en revanche, interprété par Joëlle Bologne, est saisissante ! Sa ligne superbe, son expressivité rendent justice au style chorégraphique ample et poignant de Neumeier, en particulier dans le duo avec le fantôme du père de Perceval (interprété par Dario Franconi) qui prélude à sa propre mort. A la fois femme et mère, elle est bouleversante.

A la cour du Roi Arthur, Perceval fait ses classes pour devenir chevalier. Avec son armure de pacotille, ses joues rougies et ses cheveux blonds, il ressemble à un clown triste. Ce n’est que lorsqu’il revêt l’uniforme du chevalier arthurien (collant noir brillant et tee-shirt de tulle noir) qu’il devient crédible. Puis il rencontre, dans un épisode particulièrement lent et fastidieux, le Roi pêcheur (Carsten Jung). Malgré des costumes très laids, cette production met en valeur les constantes chorégraphiques du maître de Hambourg : écriture masculine musclée et graphique, incarnée par les trois anges chevaliers ou les corps de ballet masculins ; écriture féminine plus fluide, plus impulsive et expressive incarnée par des solistes féminines de très haut niveau.

La seconde partie du ballet, intitulée Echo, s’ouvre de manière très esthétisante avec ses découpes de lumière et ses corps militarisés, austères. Il y a des influences de Mats Ek, Jiri Kylian et même Angelin Preljocaj, dans la posture des corps ou dans la gestuelle (pieds et poignets cassés, poings fermés et agités, bras pliés à angle droit). La prise de conscience de la vanité de son destin par Perceval lors de sa rencontre avec l’Hermite (Aleix Martinez) ne convainct pas. Edvin Revazov est trop lisse pour inspirer sentiments ou passion. Cette relecture du mythe n’apporte rien de nouveau ni d’intéressant, elle n’offre pas de vision pertinente de notre époque et paraît déjà démodée. Long, c’est un ballet d’une soirée de plus, qui manque à la fois de rythme et de nécessité. Bien sûr, il y a quelques beaux duos masculins, quelques figures féminines marquantes, mais aucune flamme, aucune impulsion, aucune force vitale. Le résultat est froid et manque de personnalité.

Le dernier tableau voit réapparaître tous les visages familiers du jeune héros : les oiseaux de son enfance, sa mère, le Roi pêcheur, le chevalier qu’il tua à son premier combat, les anges chevaliers, la femme qui ne rit jamais ou la jeune femme charmante, le tout sur un superbe texte du poète Walt Whitman, Le panseur de plaies, mis en musique par . Engagé comme infirmier pendant la Guerre de Sécession, le poète américain témoigne à travers ce texte des souffrances des soldats. En le choisissant, John Neumeier s’est enfin engagé, car il fait écho à toutes les guerres, comme celle d’Irak qui battait son plein au moment de la création du ballet.

Crédit photographique : photo © Holger Badekow

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