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Une Italienne à Alger sans surprise à Bordeaux

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Bordeaux, Grand-Théâtre. 23-I-2011. Gioachino Rossini (1792-1868) : L’Italiana in Algieri, drama giocoso en 2 actes sur un livret d’Agnello Anelli. Mise en scène : Joan Font (Comediants) ; décors et costumes : Joan Guillém ; lumières : Albert Faura, reprises par Francisco Planas ; chorégraphie : Xevi Dorca. Avec : Luciano Di Pasquale, Mustafà ; Mélody Louledjian, Elvira ; Claire Larcher, Zulma ; Nahuel Di Pierro, Haly ; Alek Shrader, Lindoro ; Daniela Mack, Isabella ; Riccardo Novaro, Taddeo ; Alfonso Cayetano Garcia Alonso, le Tigre (rôle muet). Chœur de l’Opéra national de Bordeaux (chef de chœur : Alexander Martin), Orchestre national Bordeaux-Aquitaine, direction : Paolo Olmi

Peut-être attendait-on trop du metteur en scène , dont le précédent opus rossinien (La Cenerentola) était une réussite de poésie et d’humour. Mais L’Italiana in Algieri est plus dans l’absurde, le comique buffa, la raillerie. L’orient de pacotille n’a rien de féérique et le ton général de ce dramma giocoso se tourne vers la commedia dell’arte. La mise en scène est sage, s’égayent parfois de gags maintes fois vus (le couronnement de Taddeo en Kaïkaman tourné en parodie du Grand Mamamouchi du Bourgeois gentilhomme, les gestes automatiques en avant-scène lors du finale du premier acte, …) ou de références qui ne sont pas du meilleur goût (les eunuques en folles efféminées). De bonnes idées toutefois, telles ces trois agents spéciaux muets, sortes de Matrix au féminin avec turban noir surdimensionné, ou le tigre de Mustafà, vêtu d’un costume jaune vif, mais qui ne sont pas assez développées.

Si la mise en scène manquait d’entrain et de folie, peut-être pouvait-on attendre, dans un opéra du bel canto romantique, un plateau vocal d’exception ? L’Opéra de Bordeaux n’a pas toujours la main heureuse en matière de distribution. est dépassé par le rôle. Sa voix de tenorino mozartien est loin d’être désagréable, le timbre plutôt joli, mais la technique fait cruellement défaut, l’émission vocale constamment ouverte rend ses aigus instables. ne donne guère de dimension au rôle de Mustafà, proposant une prestation honnête, sans plus. en revanche présente un beau potentiel de contralto rossinien, des vocalises sûres, une présence scénique indéniable. Quelques années de pratique du rôle – elle n’est qu’au début de sa carrière – et une meilleure prononciation de l’italien ne pourront qu’en faire une interprète idéale de ce répertoire. A ses cotés, domine le plateau : vocalement à l’aise, stylistiquement parfait, on regrette de ne le voir que dans un rôle de second plan…

Les autres personnages sont correctement tenus. , s’il n’a rien du basso buffo rossinien, défend l’unique air d’Haly avec professionnalisme. Mélody Loulédjian possède un beau filet de voix et on souhaite entendre à l’avenir dans une partie plus conséquente que les quelques répliques de Zulma. Le chœur et l’orchestre sous la direction de sonnent comme jamais. Aucune lourdeur, aucun déséquilibre, un bon accord entre la scène et la fosse, le chef d’orchestre fut le véritable triomphateur de la soirée.

Crédit photographique : (Isabella) & (Mustafà) ; (Haly), (Taddeo), Luciano Di Pasquale (Mustafà), Daniela Mack (Isabella), Mélody Loulédjian (Elvira) & (Zulma) © Frédéric Desmesure

 

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Bordeaux, Grand-Théâtre. 23-I-2011. Gioachino Rossini (1792-1868) : L’Italiana in Algieri, drama giocoso en 2 actes sur un livret d’Agnello Anelli. Mise en scène : Joan Font (Comediants) ; décors et costumes : Joan Guillém ; lumières : Albert Faura, reprises par Francisco Planas ; chorégraphie : Xevi Dorca. Avec : Luciano Di Pasquale, Mustafà ; Mélody Louledjian, Elvira ; Claire Larcher, Zulma ; Nahuel Di Pierro, Haly ; Alek Shrader, Lindoro ; Daniela Mack, Isabella ; Riccardo Novaro, Taddeo ; Alfonso Cayetano Garcia Alonso, le Tigre (rôle muet). Chœur de l’Opéra national de Bordeaux (chef de chœur : Alexander Martin), Orchestre national Bordeaux-Aquitaine, direction : Paolo Olmi

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