Lumières sur la musique de l’avenir par Vladimir Jurowski

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Théâtre des Champs-Elysées. 23-I-2011. Richard Wagner (1813-1883) : Prélude de l’Acte I de Parsifal ; Gustav Mahler (1860-1911) : Totenfeier, poème symphonique pour grand orchestre ; Lieder eines fahrenden Gesellen ; Franz Liszt (1811-1886) : Les préludes S 97. Sarah Connolly, mezzo-soprano ; Orchestra of the Age of Enlightenment, direction : Vladimir Jurowski

Liszt, Wagner et Mahler n’ont pas grand chose à voir avec «l’Époque des Lumières», ni avec l’Orchestre du même nom, qui s’aventure ici hors de son territoire habituel. A en juger par la tiédeur des applaudissements, le résultat a dérangé les habitudes, et il suffisait de tendre l’oreille à l’entracte pour percevoir des remarques perplexes, du type : «ces instruments anciens, ça n’est pas maîtrisé», «dans Mahler, ça ne peut pas fonctionner». Par malchance, un premier violon cassait une corde, comme pour donner raison aux sceptiques. Et pourtant, ce qu’on a pu entendre était très intéressant, et mieux qu’expérimental. Certes, il y a encore des accrocs, notamment aux cuivres et plus encore aux bois, qui rencontrent des problèmes d’attaque et de soutien du son (des flûtes en bois et, dans Liszt, des cors naturels étaient employés). Mais le plus souvent, quand l’oreille est surprise, c’est en bonne part : articulations, couleurs, équilibres résultent à l’évidence d’un travail collectif des plus sérieux et soutiennent constamment l’intérêt, cela dit sans faire injure au talent toujours éclatant de .

En dépit de sonneries téléphoniques peu nécessaires, le Prélude de Parsifal est irisé de tons vifs et orné de détails en relief (par exemple, le pizzicato des contrebasses à la fin du second exposé du thème). Les interventions finales des bois sont caractéristiques, à la fois poétiques et triviales par leur individualité sonore. Première mouture du mouvement initial de la Symphonie «Résurrection», Totenfeier est réellement saisissant, et pas seulement à cause de l’énergie du chef à lancer les premières mesures. Ce n’est pas une démonstration de violence orchestrale gratuite, puisque l’impact des attaques et la superposition des pupitres sont soigneusement dosés pour amener une terrifiante entrée des cuivres. Une lecture salutaire, pour tout dire, car elle rend à Mahler son aspect choquant, déraisonnable, enragé, qu’il risque bien de perdre à force de servir de véhicule de luxe aux orchestres prestigieux et aux vendeurs de matériel hi-fi.

Dans les Lieder eines fahrenden Gesellen, le chant scrupuleux de séduit malgré ses contours un peu flottants. On pourrait lui reprocher une trop grande réserve si elle ne se fondait pas avec autant de bonheur dans les sonorités pittoresques de l’orchestre. La réussite du cycle vient précisément de ce que ni la chanteuse, ni le chef ne tirent la couverture à eux. Les préludes, qui semblaient la pièce la plus adaptée à l’orchestre, sont finalement moins réussis. Malgré le geste quasiment martial du chef, l’ensemble paraît chaotique et trop sec. Il n’empêche que la soirée fut une belle expérience, dont on espère des suites (pourquoi pas un Parsifal ou une symphonie de Mahler en entier ?).

Crédit photographique : © Roman Gontcharov

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