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Lise de La Salle, du mirage au miracle

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Paris, Théâtre des Champs-Elysées. 24I-2011. Frédéric Chopin (1810-1849) : Quatre Ballades. Franz Liszt (1811-1886)  : Dante Sonata, extrait des Années de Pèlerinage, deuxième année, Italie. Robert Schumann (1810-1856) : Etudes symphoniques op. 13. Lise de La Salle, piano

Vingt-deux ans, un immense talent et une belle sonorité, la blonde petite sirène aux yeux de chat a tout pour séduire et la réussite lui sourit avec, actuellement, quarante concerts donnés chaque année de par le monde. Mais sait-elle convaincre ? Pas si sûr, tant s’en faut, et pourtant, elle le peut, comme en ont témoigné les bis de ce concert au programme plutôt lourd. Mais il fallut attendre les bis. Les Ballades de Chopin déçurent, avec des changements de tempi, de constants retards qui brisent l’architecture et les envolées sauvages fortissimo, ne peuvent donner leur sens à ces œuvres réduites à d’aimables promenades, sauf la quatrième, chargée de plus d’intensité.

La Dante Sonata de , bien menée, est trop pauvre en dynamiques et, si les frissons sont là, l’aventure existentielle, non. Dans les Etudes symphoniques de , la pianiste fait preuve d’une infatigable virtuosité, mais le toucher n’est pas vraiment schumannien sauf dans les piani, l’air manque souvent, la pédale traîne et les fausses notes trahissent les doigts. Or, voici que, sous les applaudissements fourni, voir frénétiques d’une salle aux deux tiers pleine, la pianiste s’assoit, dit gentiment «merci beaucoup» et, transformée, nous offre une interprétation splendide, incomparable, de Prélude et mort d’Isolde de . Les doigts de font naître à notre imagination la jeune fille blonde ne pouvant survivre à son amant gisant à ses pieds et subissant les coups du destin qui la submerge comme les vagues de la mer qui gronde. Le chant s’élève, fragile mais lumineux, celui d’une femme (ce qui ne s’entend jamais), disant la joie suprême de l’amour, sa pureté, dans et au-delà de la mort et on est bouleversé. La rare beauté du Nocturne en fa dièse mineur op. 16 de Chopin, où chaque note est pesée, les plans sonores respectés puis le brio de l exécution du prélude de Debussy, La Danse de Puck, au toucher fluide, aux couleurs debussystes à souhait, forcent aussi l’admiration. Ces trois bis furent, enfin, de grands moments musicaux et méritèrent les ovations du public. , donnez le meilleur, vous le pouvez, vous venez de nous le prouver, en quelques minutes, montrez -vous exigeante vis à vis de vous même, loin d’une liberté facile, et alors, mais alors seulement, vous nous comblerez.

Crédit photographique : © Stéphane Gallois

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Paris, Théâtre des Champs-Elysées. 24I-2011. Frédéric Chopin (1810-1849) : Quatre Ballades. Franz Liszt (1811-1886)  : Dante Sonata, extrait des Années de Pèlerinage, deuxième année, Italie. Robert Schumann (1810-1856) : Etudes symphoniques op. 13. Lise de La Salle, piano

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