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Présences 2011, ennui feutré et performance

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Paris. Théâtre du Châtelet. 18-II-2011. Esa-Pekka Salonen (né en 1958) : Memoria pour quintette à vents ; Homonculus pour quatuor à cordes. Igor Stravinsky (1882-1971) : Renard. Anders Hillborg (né en 1954) : Six pièces pour quintette à vents. György Ligeti (1923-2006) : Mysteries of the Macabre. Daniel Norman, Michael Benett, ténors. Roderick Williams, Ilya Bannik, basses. Avanti ! Chamber orchestra, soprano et direction : Barbara Hannigan

Incontestablement l’un des grands chefs de sa génération, Salonen ne convainc pas autant par sa musique, pourtant mise à l’honneur dans cette édition du festival Présences. Que ce soit Memoria ou Homonculus, le verdict est le même : c’est bien écrit pour les instruments, certains passages sont «trouvés», quelques contours mélodiques retiennent l’attention, mais le discours se perd dans un flux de notes qui ne tarie jamais et fatigue autant l’oreille que l’esprit. Quant au style, il lorgne vers les modèles de la première moitié du XXème siècle, et il n’est pas rare d’entendre un petit bout de Debussy au milieu de ces modes et de ces références tonales, matinées de dissonances un peu plus crues.

Les Six Pièces de ne sont guère plus novatrices. Là, ce n’est pas Debussy que l’on entend, mais Stravinsky, notamment dans l’instrumentation. La concentration du discours permet d’apprécier l’équilibre délicat des compositions, sans qu’on soit pour autant renversé par cette musique. Ce qui a néanmoins emporté l’adhésion du public, c’est la cadence du basson dans la quatrième pièce ; le voilà qui se lève tout d’un coup et entonne, les joues toutes gonflées et rougies par l’effort, une phrase d’un grotesque irrésistible, sorte de prémonition à ce qui allait nous être donné.

Les deux pièces restantes en effet avaient été bien choisies pour compléter ce programme. On allait pouvoir se secouer un peu, raviver nos esprit. Renard tout d’abord, cette fable composée pour le salon de la princesse de Polignac, qui montre encore quel grand compositeur était Stravinsky. Implacable, il résume son discours au strict nécessaire : pas de gratuité, pas une note en trop, tout n’est qu’efficacité au service de l’émotion. Les interprètes ont un plaisir évident à jouer cette pièce, à l’image du cymbaliste, hilare mais impeccable. Les quatre chanteurs dont la voix est mise à rude épreuve s’en sortent avec les honneurs, sous la conduite énergique et bienveillante de . On regrettera toutefois que l’interprétation se soit bornée à une stricte version scénique ; à défaut de danseurs, et de salto mortale, une mise en espace, même humble, eut tout de même été la bienvenue.

Un sacré bout de femme, cette , qui allait nous montrer l’éventail de ses talents dans le Ligeti suivant. Pensez donc, la voilà qui arrive sur scène, toute de cuir vêtue et coiffée d’une sombre perruque, pour chanter et diriger. Plus de pupitre, plus de partition, elle prend à bras le corps ces Mystères et nous donne une performance proprement ébouriffante, avec la complicité de ses musiciens. La timbalière froisse une grande feuille de papier, donne des coups de sifflet, le pianiste se met soudain à hurler «What is going on ?», pendant que la soprano multiplie les prouesses vocales et enchaîne les répliques absurdes ou grivoises tout en battant la mesure avec un aplomb formidable. C’est parfaitement décousu – c’est tout bonnement jouissif, et cela nous emmène dans un ailleurs fantaisiste, bien loin des fauteuils rembourrés du Châtelet, et certainement à mille lieu de l’ennui conventionnel.

Crédit photographique : Barbara Hannigan © Jean Radel

 

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Paris. Théâtre du Châtelet. 18-II-2011. Esa-Pekka Salonen (né en 1958) : Memoria pour quintette à vents ; Homonculus pour quatuor à cordes. Igor Stravinsky (1882-1971) : Renard. Anders Hillborg (né en 1954) : Six pièces pour quintette à vents. György Ligeti (1923-2006) : Mysteries of the Macabre. Daniel Norman, Michael Benett, ténors. Roderick Williams, Ilya Bannik, basses. Avanti ! Chamber orchestra, soprano et direction : Barbara Hannigan

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