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Vienne. Konzerthaus. XVII-III-2011. Franz Liszt (1811-1886) : Bénédiction de Dieu dans la solitude (Extrait des Harmonies poétiques et religieuses) ; Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate n°2 en fa dièse mineur op. 2 ; Franz Schubert (1897-1828) : Sonate n°17 en ré majeur D 850 (« Gasteiner »). Stefan Stroissnig, piano ; Oleg Maisenberg, piano.


De jeunes talents s’éveillent à Vienne. La capitale de l’Autriche – et peut-être aussi de la musique – voit naître en son sein des pianistes aussi géniaux que précoces, promis à un brillant avenir. Ainsi de , vingt-six ans, qui a créé la surprise au Konzerthaus en interprétant des œuvres de Liszt, Brahms et Schubert.

Son premier grand récital, le jeune pianiste, formé à Vienne, sa ville natale, a choisi de l’ouvrir par la Bénédiction de Dieu dans la solitude, la troisième des dix pièces composant les Harmonies poétiques et religieuses de Liszt, auquel les hommages ne cessent de se multiplier en ce début d’année du bicentenaire. Un toucher merveilleux, un phrasé éloquent et des lignes mélodiques parfaitement bien timbrées, tel est le traitement que Stroissnig a réservé à ce morceau exigeant, qui ne souffre pas la moindre lourdeur. L’émotion qui accompagne le retour du thème de l’exposition est rendue possible précisément par le naturel de l’expression, qui chasse tout sentiment de répétition.

On retrouve la même finesse dans la Sonate n°2 en fa dièse mineur de Brahms, le souffle épique en plus. Pour cette œuvre aux accents héroïques, Stroissnig parvient à allier sa sensibilité à fleur de peau à la force brute – nous ne disons pas brutale – demandée par la partition. Il part ainsi littéralement à l’assaut du premier mouvement, avec une fougue qui perdurera jusqu’au Rondo final. Et pourtant, son interprétation conserve une poésie et une fraîcheur extraordinaires. Arrivé à ce stade du récital, on est en droit de s’interroger sur les raisons de la notoriété de certains «grands pianistes», quand commence à peine à être connu chez lui…

Mais la meilleure partie vient sans conteste avec la Sonate n°17 en ré majeur de Schubert, qui étonne toujours par la modernité de certains de ses traits. C’est alors en effet que le miracle se produit : ce jeune homme de vingt-six ans parvient à saisir exactement l’esprit de l’œuvre, s’appropriant totalement et parfaitement chaque motif et les restituant avec une clarté et une élégance hors du commun. Vraiment, la version proposée par Stroissnig n’a rien à envier à celles de Kempff ou de Brendel. Après quarante minutes d’exécution sans le moindre passage à vide, on croît avoir rêvé : l’Autriche est-elle un si heureux pays qu’un pianiste à peine sorti du Conservatoire peut rivaliser avec des maîtres bien plus expérimentés ?

En conclusion de ce concert-révélation, Stefan Stroissnig est rejoint par son professeur, , pour donner la Fantaisie en fa mineur de Schubert, ce bijou du répertoire pour quatre mains. Faute peut-être de préparation, Maisenberg se révèle quelconque, parfois maladroit, dans la partie Secundo. Il semble dépassé par son fulgurant élève, toujours aussi brillant. Il n’y aura pas de bis, mais on ne demande qu’une chose : qu’il y ait une suite…

Crédit photographique : photo © Roland Winkler

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Vienne. Konzerthaus. XVII-III-2011. Franz Liszt (1811-1886) : Bénédiction de Dieu dans la solitude (Extrait des Harmonies poétiques et religieuses) ; Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate n°2 en fa dièse mineur op. 2 ; Franz Schubert (1897-1828) : Sonate n°17 en ré majeur D 850 (« Gasteiner »). Stefan Stroissnig, piano ; Oleg Maisenberg, piano.

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