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Menahem Pressler, le bel art du récital

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Paris, Cité de la musique. 23-III-2011. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n° 31 en la bémol majeur op. 110 ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Mazurkas en si bémol majeur op. 7 n° 1, en fa mineur op. 7 n° 3, en la mineur op. 17 n° 4 ; Claude Debussy (1862-1918) : Estampes  ; Franz Schubert (1797-1828) : Sonate pour piano en si bémol majeur D 960. Menahem Pressler, piano

Connu en tant que «le» pianiste du dont il est membre fondateur, détenteur d’une grande tradition pianistique du XXe siècle dont la source remonte à Ferrucio Busoni, , 87 ans, nous étonne par un jeu absolument naturel. Il ne réfléchit pas comment jouer, ne vise pas un effet particulier. Il exprime tout simplement sa vie à travers la musique. Que ce soit des œuvres appartement à la tradition germanique (Beethoven et Schubert) ou française (Chopin, Debussy), la musique coule avec la même évidence – ce qui est rare –, comme le cours d’un grand fleuve, obéissant à une constance musicale universelle. Devant une telle loi palpable mais hautement intuitive, quelques défaillances techniques s’effacent totalement.

Le maestro donne à toutes les pièces jouées un caractère philosophique incontestable. Dans Beethoven, il souligne l’expressivité du premier mouvement dans l’alternance des accords et des arpèges ; il enchaîne merveilleusement le récitativo-arioso-aria de l’Adagio à la fugue d’une profondeur sans égal, pour aboutir à une fin triomphante inondée d’une sonorité éblouissante. Dans Chopin, le rythme et le tempo sont tout à fait flexibles dans une stabilité cohérente. Il insiste, ici aussi avec un naturel surprenant, l’atmosphère brumeuse de Pagode et l’ambiance mystérieuse de La Soirée dans Grenade, ainsi que le grésillement continu, ni trop calme ni trop bruyant des Jardins sous la pluie de Debussy. La Sonate de Schubert est magistrale et édifiante ; la notion du temps intérieur qu’il traduit par les deux premiers mouvements est inimitable. Encore une fois, il est surprenant de savoir avec quelle aisance il passe de Beethoven à Chopin, et surtout, de Debussy à Schubert, alors qu’il s’agit de deux univers radicalement différents.

La Nocturne posthume de Chopin, jouée si nostalgiquement en bis, fait sonner le piano tout à fait autrement, plus pleinement que des forte de Beethoven ; voilà une surprise de plus après tant de saisissements. Pour finir, il exécute de mémoire la Berceuse de Brahms, dans une harmonisation qu’il improvise au fur et à mesure, montrant que pour ce doyen du piano, mettre les doigts sur le clavier est avant tout un plaisir intimement personnel.

Crédit photographique : © Lutz Sternstein

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Paris, Cité de la musique. 23-III-2011. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n° 31 en la bémol majeur op. 110 ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Mazurkas en si bémol majeur op. 7 n° 1, en fa mineur op. 7 n° 3, en la mineur op. 17 n° 4 ; Claude Debussy (1862-1918) : Estampes  ; Franz Schubert (1797-1828) : Sonate pour piano en si bémol majeur D 960. Menahem Pressler, piano

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