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Un LSO au sommet pour la fin de cycle Mahler Gergiev

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 26, 27 et 28-III-2011. Gustav Mahler (1860-1911)  : Symphonie n°7 en mi mineur « Chant de la nuit » ; Symphonie n°3 en ré mineur ; Symphonie n°10 (Adagio) ; Symphonie n°9. Anna Larsson : contralto. London Symphony Chorus, The Choir of Eltham College. London Symphony Orchestra, direction : Valery Gergiev

Pour cette dernière levée parisienne du cycle Mahler Gergiev 2010-2011, le succédait à l’orchestre du Mariinsky qui avait placé la barre fort haut lors des concerts de décembre dernier. On attendait avec intérêt la réponse des londoniens et le LSO n’a pas failli à sa réputation, se montrant excellent dans les Symphonies 7 et 9 et même carrément exceptionnel dans la Symphonie n°3.

La première soirée était consacrée à la Symphonie n°7 «Chant de la nuit», une des plus complexe à réaliser tant elle peut facilement sembler chaotique, spécialement dans le long premier mouvement, sans doute le plus délicat de ce point de vue. Le chef s’y est essayé en tenant un tempo relativement vigoureux pour un mouvement lent (Langsam) évoluant vers le plus vif (Allegro risoluto ma non troppo), avec des ruptures Subito et ses passages urgent (drängend). A l’évidence la préoccupation du chef était de conserver l’avancée permanente, d’éviter tout relâchement, et il y réussit plutôt bien, profitant justement des moments urgents et passionnés pour y mettre un surcroit d’énergie, resserrant le tempo et poussant la dynamique de l’orchestre au maximum. Ainsi n’hésita-t-il pas à dramatiser le discours, comme il le fera d’ailleurs deux jours plus tard dans la Neuvième. Il faut reconnaître que c’était assez impressionnant, même s’il ne réussit pas totalement à nous rendre cette succession de séquences évidente. Gardant le même principe jusqu’au bout, Gergiev joua les deux Nachtmusik sans alanguissement, avec une belle tenue, encadrant ainsi ce fameux Scherzo où l’on doit sentir surgir les créatures de la nuit dans une démoniaque fantasmagorie. Là encore Gergiev choisit de se lancer vigoureusement dans le tumulte, jouant fort bien des rythmes, de la pulsation et de la puissance de feu de son orchestre, restant peut-être un poil sur la réserve strictement expressive, on pouvait faire encore plus démoniaque nous sommes nous dit à la fin de ce scherzo. Vous l’aurez deviné, le tempo du Rondo-Finale fut «d’enfer» alors que le ton était cette fois-ci bien plus jubilatoire que dans le Scherzo, amenant parfois l’orchestre jusqu’aux limites de la confusion et de la stridence, sans trop les dépasser toutefois.

Le lendemain, la contralto et les chœurs du London Symphony et du Etham College rejoignirent Gergiev et le LSO pour ce qui restera à nos oreilles le sommet de cette intégrale Mahler, avec une Symphonie n°3 formidable d’un bout à l’autre, ce que n’avaient pas réussi les mêmes interprètes dans leur enregistrement de 2007 qui commençait si bien pour de déliter totalement ensuite. Rien de cela cette fois, et dès les premières mesures aux neuf cors à l’unisson (quelle introduction !) nous fumes pris aux trippes et au cœur pour ne plus jamais nous relâcher jusqu’aux ultimes accords. Tout fonctionnait à merveille, la conduite du discours et l’animation dans le long Kräftig égalait sinon surpassait la réussite du disque de 2007, mais surtout la suite frisa la perfection musicale et instrumentale, tous les pupitres et solistes du LSO se couvrirent de gloire, de quoi faire rendre les armes aux détracteurs de ce chef. De son côté trouva une articulation et une prononciation plus simple qu’en 2007, ce qui, allié à une tenue vocale irréprochable, participa à la réussite d’ensemble au même titre que l’excellente prestation des deux chœurs. Enfin le final, survolé et dénué de la moindre émotion au disque, bien que ce soir toujours relativement (trop !) allant dans son tempo, fut poignant comme il doit l’être. Une vraie grande réussite à marquer d’une pierre blanche.

L’Adagio de la Symphonie n°10 qui constitua la première partie du dernier concert du cycle, fut moins convainquant, peut-être à cause d’une lecture un peu lisse, ne faisant que peu sentir les tourments contenus dans ce mouvement et d’une précision instrumentale moins absolue que la veille (l’orchestre la joue peut-être moins souvent). Avec la Neuvième nous remontions d’un cran dans la réussite. Peut-être pas aussi aboutie que dans l’exceptionnelle Troisième, l’interprétation gardait les mêmes principes directeurs avec une dramatisation presque systématique du discours dans les deux mouvements lents, Gergiev semblant exacerber les parties plus animées, les propulsant avec une vigueur accrue vers leur climax, faisant du coup moins sentir l’aspect inexorable des montées en puissances conduisant à ces fameux climax. Et si le Ländler fut impeccable tout en n’étant pas autant rustiquement savoureux que possible, le Rondo-Burleske impressionna par sa virtuosité avec son tempo vraiment Allegro assai, que le chef réussit encore à accélérer sur la fin (sur le Piu stretto et le Presto) à la limite des possibilités de l’orchestre.

Alors au moment du bilan, il faut reconnaitre que cette intégrale fut une incontestable bonne surprise si on se souvient des enregistrements LSO-Live inégaux qui furent, il est vrai, pour la plupart captés lors des premières lectures, comme nous le confirmera un des membres de l’orchestre, expliquant leur impression de manque de mise au point et de réserve expressive. En 2010 le couple LSO Gergiev a eu le temps de peaufiner son ouvrage et le niveau auquel ils sont arrivés surclasse sans problème les enregistrements déjà parus. La comparaison avec le Mariinsky montre deux styles bien différents, avec un LSO plus «grand orchestre» au son incontestablement plus impressionnant, puissant et fusionnel, alors son homologue de Saint-Pétersbourg produit un son moins «classique», plus original, avec des pupitres plus différentiés, ce qui participait incontestablement à l’intérêt des concerts de décembre. Voila achevée une intégrale dont on se souviendra.

Crédit photographique : © Fred Toulet

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