Don Giovanni à Salzbourg 2008

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni, drama giocoso en deux actes sur un livret de Lorenzo da Ponte. Mise en scène : Claus Guth. Décors et Costumes : Christian Schmidt. Lumières : Olaf Winter. Avec : Christopher Maltman, Don Giovanni ; Anatoli Kotscherga, Commendatore ; Annette Dasch, Donna Anna ; Matthew Polenzani, Don Ottavio ; Dorothea Röschmann, Donna Elvira ; Erwin Schrott, Leporello ; Alex Esposito, Masetto ; Ekatarina Siurina, Zerlina. Konzertvereingung Wiener Staatsopernchor, chef de chœur : Thomas Lang. Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Bertrand de Billy. Réalisation : Brian Large. 1 Blu-Ray EuroArts 2072544. Enregistré en juillet et août 2008 au Festival de Salzburg. Sous titres en : anglais, français, allemand, espagnol et italien, japonais. 16/9, son PCM Stéréo, DTS HD Master Audio 5. 1. Zone All. Durée 177’.

 

Mozart au Festival de Salzburg, beaucoup sans doute en rêvent encore sans pouvoir assouvir leur désir. Aussi la publication vidéo des spectacles du prestigieux festival est toujours la bienvenue pour permettre au plus grand nombre de profiter, aujourd’hui dans d’excellentes conditions techniques (image haute définition, son au confort moderne) et pour quelques euros, de ce qui est réservé à quelques happy few chaque été. On le sait toutefois, le prestige de l’événement n’est pas pour autant une garantie absolue de sans faute, cette édition 2008 n’y échappe pas, mais elle a de beaux atouts quand même.

Commençons par ce qui saute aux yeux : la scénographie. Modernisée comme de coutume, elle abandonne Séville pour un sous-bois (et un arrêt d’autobus un peu lugubre) où s’enchaîneront toutes les scènes au cœur de la nuit. Autant dire que tout l’opéra se passe dans un environnement unique relativement sombre, assez bien exploité d’ailleurs par le réalisateur et l’ingénieur lumière pour rester très confortable à regarder, mais totalement dénué plaisir visuel et porteur, à la longue, de monotonie. Elle replace l’histoire dans notre monde moderne année 60-80, dans un contexte probablement sicilien mafieux, ce n’est pas totalement explicite mais comment expliquer l’effet produit à des inconnus par la seule présence du Don si ce n’est qu’il est bel et bien le Don local, bien connu de tous. Cette interprétation fonctionne plutôt bien, les problèmes de cohérence viennent de points de détails qui gâchent un peu le plaisir. Le premier est assez énorme puisque la première scène voit Donna Anna dans les bras du Don à visages découverts de telle sorte qu’elle sait forcément que c’est lui qui a tué son père. Du coup toutes les scènes suivantes, où elle est sensée ignorer l’identité du meurtrier n’ont aucun sens et le moment où elle comprend subitement la vérité manque cruellement de crédibilité. Habituellement les personnages sont masqués, participant sans doute à un de ces fêtes typiques de l’époque, avoir supprimé ce détail plombe une partie de l’action. La même chose se produit dans la fameuse scène des masques, référence au début de l’opéra, jouée ici sans les masques, et du coup on ne comprend plus certains dialogues (pas seulement signore maschere). Quant à la sérénade sous le balcon d’Elvire, son vieni alla finestra, ici jouée en pleine forêt, laisse perplexe, à moins que Giovanni soit déjà délirant car le «pitch» du metteur en scène est que le héros a été mortellement blessé d’une balle dans l’abdomen lors de son altercation (on ne peut plus parler de duel) avec le Commandeur, et que, perdant son sang il va progressivement s’enfoncer vers une inévitable et fatale issue. Cela ne marche d’ailleurs pas si mal, revigoré qu’il est dès qu’une femme est à sa portée, oubliant alors toute douleur, redevenant un instant le seduttore. Evidemment, dans la vraie vie, il est peu probable que quiconque se comporte ainsi avec une balle dans le ventre, mais on est à l’opéra. Cette idée prend toute sa justification à la fin, pure délire d’un mourant, confondant les formes fantomatiques des branches avec les tombes d’un cimetière et un arbre déraciné avec la statue du Commandeur. Point donc besoin de flammes de l’enfer pour clore cet opéra qui zappe la scène finale.

S’il y a donc quelques anicroches, dont certaines mentionnées ci-dessus, il faut reconnaître que le metteur en scène suit très bien son idée et anime ses scènes avec une remarquable intensité, d’autant qu’elle est portée par un formidable jeu d’acteur de toute la troupe, de chair et de sang comme on en voit rarement à ce point réussi. Et qui passe haut la main la souvent délicate épreuve de la caméra avec ses plans rapprochés et gros plans. Aucun personnage n’est laissé de côté, tous ont une réelle épaisseur, du duo vedette Giovanni Leporello jusqu’aux, souvent secondaires mais pas ici, Ottavio et Masetto. Vocalement, on ne chipotera pas, ni sur un souffle un peu court ici ou là ni sur une voix pas toujours à 100%, car c’est du haut niveau, digne de Salzburg où on retrouve dans la fosse un Philharmonique de Vienne un poil routinier emmené par qui avance et pulse sur des tempi allants et des phrasés vigoureux, accompagnant proprement ses chanteurs sans donner à l’orchestre un rôle plus porteur d’expression et d’intensité, l’ouverture en souffrira un peu, et l’ensemble manquera de variété.

Voilà donc un produit avec deux grands points forts, son plateau d’acteurs-chanteurs et sa direction d’acteurs. On pourrait ajouter une impeccable mise en image du vétéran Brian Large. La mise en scène est talentueuse mais traîne toujours ces petits problèmes des scénographies modernes et ses classiques infidélités ou entorses au texte original. Sans cela et avec un accompagnement d’orchestre plus enthousiasmant on aurait eu un top.

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