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L’Intercontemporain au Cabaret

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris, Studio de l’Ermitage. 06-IV-2011. Dj set par Gregory Cervello et Guillaume Dorson. György Ligeti (1923-2006) : Etudes pour piano, Livre II n°10, Livre I n°2 et 6 ; Kazuo Fukushima (né en 1930) : Mei pour flûte ; Iannis Xenakis (1923-2001) : Kottos pour violoncelle ; George Crumb (né en 1943) : Vox Balaenae pour joueurs masqués, flûte, violoncelle et piano. Sophie Cherrier, flûte ; Hideki Nagano, piano ; Pierre Strauch, violoncelle

Faire se côtoyer voire même fusionner deux univers aussi distincts que celui des Dj et de l’, tel est le risque totalement assumé qu’avait pris le dans ce haut lieu de la musique improvisée qu’est le Studio de l’Ermitage où, grâce à Laurent Jacquier, le public peut désormais découvrir aussi le répertoire écrit d’aujourd’hui.

Autodidactes et passionnés de musique et de peinture, Gregory Cervello et Guillaume Dorson sont des Dj plutôt atypiques ; puisqu’ils ne mixent pas à proprement parler mais puisent dans les œuvres du répertoire des raretés (la petite Gigue de Mozart, le clavecin du Padre Soler, Korvar de , Black Angels de Crumb… ) dont ils donnent à entendre la singularité – liée aussi au choix de l’interprétation – dans un montage personnel mais totalement respectueux du texte où va s’exprimer leur sensibilité au son, aux énergies qui traversent ces musiques et à l’aura colorée qu’un tel «set» peut engendrer. Ils avaient choisi ce soir d’accompagner ce «voyage» dans le son de projections vidéo où des images de guerre interceptaient parfois les toiles de maîtres du XXème siècle.

enchaînait en douceur avec l’Etude n°10 du Livre II des Etudes de Ligeti, der Zauberlehrling qui focalisait aussitôt l’écoute sur la trajectoire serpentine et capricieuse d’une écriture inventive autant que jubilatoire. Après Cordes à vides (Livre I n°2) investissant peu à peu tout le champ de résonance du piano, Automne à Varsovie, sous le toucher félin de l’interprète, mettait à l’œuvre les polyrythmies (polytempi) issues du modèle des musiques africaines que Ligeti se plait à réaliser come un mecanismo di precisione pour créer ses illusions acoustiques.

C’est après l’intervention inattendue autant que sympathique de Clément Lebrun s’adressant au public pour donner quelques clés d’écoute que nous basculions dans le temps suspendu et recueilli de Mei, pièce pour flûte du japonais Kazuo Fukushima dont restituait avec beaucoup de sensibilité l’épure mélodique. Avec cette puissance dans le geste qui fait sens, , quant à lui, faisait entendre le son âpre et rauque, volontairement saturé de Kottos de Xénakis ; avant que les trois musiciens ne reviennent masqués pour accomplir, de manière plus étrange encore, le parcours dans le temps et dans l’espace que nous propose le compositeur américain dans Vox Balaenae pour flûte, violoncelle et piano amplifiés : une sorte d’équivalent océanique des Oiseaux exotiques de Messiaen avec des mouettes et un Nocturne final sous-titré… «pour la fin du temps». Ce que l’on pourrait considérer comme des effets sonores purement illustratifs multipliant les modes de jeu – dans les cordes du piano, la voix dans la flûte, les harmoniques au violoncelle… – est en fait le fruit d’un imaginaire sonore débordant faisant surgir du trio instrumental ici des résonances de koto japonais, là celles du cymbalum hongrois ou encore des tablas indiens : un carnet de voyage poétique autant que dépaysant que l’on devait à ces instrumentistes virtuoses et au contact presque charnel qu’ils ont avec une matière sonore vivante et vibrante d’émotion.

Crédit photographique : © Aymeric Warmé-Janville

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