Eschenbach, la route est droite mais la pente est raide…

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 11-V-2011. Robert Schumann (1810-1856) : Ouverture Die Braut von Messina, Op. 100, Concerto pour violon et orchestre en ré mineur, WoO 23 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°1 en do mineur, Op. 68. Gidon Kremer, violon ; Staatskapelle de Dresde, direction : Christoph Eschenbach

La tournée européenne de la faisait escale à Bruxelles. Peu présent dans la capitale belge, le prestigieux orchestre avait attiré la foule des grands soirs. Pourtant, il est tout de même curieux de confier une telle tournée à un chef dont le nom est si peu associé à l’histoire de l’orchestre et dont les facilités interprétatives n’en font certainement pas le meilleur maître de cérémonie pour tirer profit des merveilleuses couleurs de cet orchestre. Même si l’auteur de ces lignes reste plutôt bienveillant envers l’ancien directeur musical de l’orchestre de Paris, force est de constater que ce concert fut un naufrage artistique.

Côté style Eschenbach est complètement à côté de la plaque, écrasant l’imposante masse orchestre (on joue Schumann et Brahms en tutti !), sous des effets les plus dégoulinants. L’ouverture de Die Braut von Messina donne le ton avec une enfilade de séquences décousues ponctuées par des plâtrées de vents et de cuivres. Point de souffle romantique ou de l’élan dramatique mais une consternante platitude qui fait passer cette pièce pour un essai mal dégrossi d’un obscur étudiant de conservatoire. La Symphonie n°1 de Brahms a malheureusement accentué cette nauséeuse impression devant les options interprétatives du chef. Fort heureusement, les musiciens sont assez merveilleux pour faire corps et conserver la structure d’une symphonie ravagée par des tempi lents, des aplats de cuivres et une masse de décibels. C’est du Brahms bodybuildé mais sans le côté énergique et festoyant que d’autres chefs peuvent parfois donner sans même parler d’un Brahms tragique ou en clair-obscur. Dans le genre, même Thielemann qui n’est pas le chef le plus «subtil» du moment sait faire sonner son orchestre avec bien plus de tact et de réalisme ! Il est consternant qu’une telle approche anti-musicale déclenche l’enthousiasme d’une partie du public ! Le plus désarmant est ensuite venu du bis : l’ouverture des Créatures de Prométhée de Beethoven, devenue méconnaissable avec un tempo ralenti au-delà du raisonnable et par les bourrelés gras et dégoulinants des effets de la direction du chef. On n’aurait presque dit un extrait de Wagner….

En dépit de l’immense respect et de l’admiration que l’on peut ressentir pour , force est de constater que le musicien est devenu l’ombre de ce qu’il fut ! Désormais miné par un manque de sureté technique et un son râpeux, le violoniste peine à se confronter à une œuvre qui n’est pourtant techniquement pas la plus exigeante du répertoire.

Seul l’orchestre et ses incroyables musiciens peuvent se sentir honorés de l’accueil du public. En dépit de l’uniformisation du son des orchestres, Dresde reste une phalange à la forte identité sonore et à l’homogénéité des cordes toujours aussi légendaire. Mais on aurait aimé un esthète et un musicien cultivé pour faire briller cet orchestre.

Crédit photographique : © Eric Brissaud

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