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Don Quichotte : Que dire de plus ?

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Paris. Palais Garnier. 10-V-2011. Ludwig Minkus (1826-1917) : Don Quichotte, ballet en un prologue et trois actes sur un livret de Marius Petipa. Chorégraphie : Marius Petipa et Alexandre Gorski, nouvelle version d’Alexeï Fadeyechev. Costumes : Vasily Diyachkov. Avec : Natalia Ossipova, Kitri ; Ivan Vassiliev, Basilio ; Yekaterina Shipulina, la Reine des Dryades ; Nina Kaptsova, Cupidon ; Anna Leonova, la danseuse de rue ; Andreï Merkuriev, Espada ; Anna Antropova, Danseuse gitane ; Anna Tikhomirova, première variation ; Anna Nikulina, seconde variation. Corps de Ballet du Théâtre Bolchoï. Orchestre Colonne, direction : Pavel Sorokin

Que dire, et comment témoigner de ce qui était depuis si longtemps attendu? Le raz de marée provoqué par la venue du Bolchoï dans la capitale parisienne s’accompagne forcément d’un déferlement de représentations hallucinantes auquel la troupe de l’Opéra est peu familière. Forcément, la première, assurée par le couple le plus en vue de la planète de la danse dans ces rôles mythiques, correspond en tous points à ce qu’il serait en droit d’attendre : le Don Quichotte donné ce 10 mai 2011 est anthologique. Natalia Ossipova n’a plus la candeur des premières années, et c’est maintenant en diva qu’elle embrase la scène de Garnier en devenant parfois une caricature du meilleur dont elle capable ; assagie dans sa recherche de l’hyperextension, elle privilégie désormais le balon (déjà autrefois exceptionnel) stupéfiant, la vélocité des tours, jusqu’à parfois l’excès, de telle sorte que la musique n’arrive plus à suivre. Ne pouvant défier les lois terrestres, elle est au-dessus de toutes les contingences humaines, provoquant un réel shoot d’adrénaline, euphorisant et fugace, mais qui se prolonge aussi par un travail d’actrice moins outrancier qu’auparavant. Là où tout semble pensé à l’édification de la star féminine, on apprécie Ivan Vassiliev, son charme naturel et désarmant ; totalement transcendé lorsqu’il danse, sa transfiguration laisse place à une gentillesse et une bonhomie absolument adorables lorsqu’il s’agit de jouer l’amoureux, dans la taverne au deuxième acte, où même du côté de la scène, on ne voit que lui, où une pantomime claire permet de saisir toutes les intentionnalités de Basilio. Les moments de pure exaltation physique deviennent finalement secondaires, car la construction du personnage est, par rapport aux représentations qui le virent monter en soliste, solide et confère une étoffe passionnante pendant les trois actes du ballet. On ne pouvait être que déçu tant la barre fixée par le couple était haute. Les deux phénomènes sont encore une fois au-delà.

Le plus important encore est la troupe, car le ballet de Petipa est une affaire collective ; et force est de constater que le temps était long depuis la dernière venue du Bolchoï ; la vigueur et l’entrain de chacun des danseurs donnent au spectateur anémié la cohésion et la joie parmi les plus pures que l’Art peut conférer. Qui, d’Anna Tikhomirova ou d’Anna Nikulina, dans les variations classiques, d’Anna Antropova, d’Ekaterina Barykina, de Kristina Karaseva, dans les danses de caractère, retenir, tant la puissance des unes potentialisent le lyrisme des autres ? Il s’agit ici de ne plus faire de théâtre, mais de vivre sur scène comme s’il s’agissait d’une question de vie ou de mort. Andreï Merkuriev (d’aucuns l’accuserait de trop agiter sa cape) est d’une présence écrasante, et il est distribué dans un rôle de second ordre, alors qu’habituellement il danse les rôles de soliste : quelle faveur d’avoir un danseur si charismatique dans un rôle où tous ses talents ne peuvent être présentés ! Ekaterina Shipulina, écrasante de majesté, et , coutumièrement malicieuse, finalisent un acte des Dryades d’une douceur et d’une légèreté exemplaires (si seulement on pouvait entendre le bruit des pointes pour s’assurer que ces danseuses sont aussi soumises à la loi de la gravitation). L’éloge pourrait se poursuivre longtemps, tant il s’agit de moments rares dans l’histoire du Théâtre que ceux d’assister à de la danse que nulle autre troupe au monde n’est, à ce jour, capable de fournir. Le Bolchoï est singulier, éclectique et excentrique ; son originalité en fait son caractère, sa valeur et son importance. Que ceux qui en doutent sachent qu’ils n’ont vus de Don Quichotte s’ils n’ont vu le Bolchoï.

Crédit photographique : Natalia Ossipova ; Ivan Vassiliev, © Laurent Philippe / Opéra national de Paris

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Paris. Palais Garnier. 10-V-2011. Ludwig Minkus (1826-1917) : Don Quichotte, ballet en un prologue et trois actes sur un livret de Marius Petipa. Chorégraphie : Marius Petipa et Alexandre Gorski, nouvelle version d’Alexeï Fadeyechev. Costumes : Vasily Diyachkov. Avec : Natalia Ossipova, Kitri ; Ivan Vassiliev, Basilio ; Yekaterina Shipulina, la Reine des Dryades ; Nina Kaptsova, Cupidon ; Anna Leonova, la danseuse de rue ; Andreï Merkuriev, Espada ; Anna Antropova, Danseuse gitane ; Anna Tikhomirova, première variation ; Anna Nikulina, seconde variation. Corps de Ballet du Théâtre Bolchoï. Orchestre Colonne, direction : Pavel Sorokin

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