La Scène, Opéra, Opéras

Marianne Fiset, Mimi idéale

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Montréal. Salle Wilfrid-Pelletier de La Place des Arts. 21-V-2011. Giacomo Puccini (1858-1924) : La Bohème, opéra en 4 actes, livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa. Mise en scène : Alain Gauthier ; Décors : Olivier Landreville ; Costumes : Opéra de Montréal ; Éclairages : Claude Accolas. Avec : Marianne Fiset, Mimi ; Antoine Bélanger, Rodolfo ; Étienne Dupuis, Marcello ; Lara Ciekiewicz, Musetta ; Pierre Rancourt, Schaunard ; Alexandre Sylvestre, Colline ; Roy Del Valle, Alcindoro/Benoît ; Isaiah Bell, Parpignol  ; Philip Kalmanovitch, Premier Brigadier ; Sébastien Ouellet, Deuxième Brigadier. Chef de chœur & Pianiste-répétiteur : Claude Webster. Pianiste-répétiteur du chœur : Marie-Ève Scarfone. Réchauffement du chœur : Jérémie Pelletier. Chœur de l’Opéra de Montréal. Orchestre Métropolitain, direction : Giuseppe Pietraroia

La Bohème

L’Opéra de Montréal clôt la saison lyrique avec une nouvelle production de La Bohème, caractérisée par une distribution en grande partie québécoise. La mise en scène d’ est simple, d’une grande lisibilité de lecture. Elle s’inscrit dans un moule classique se jouant des lieux communs et réussit à séduire par des mouvements de foule et réserve des plages d’intimité où évoluent les différents personnages. Pourtant, la direction d’acteurs reste parfois incomplète et par le fait même, peu efficace dramatiquement. Le tout est digeste et s’imbrique dans les décors ingénieux d’Olivier Landreville – à l’arrière-scène, l’immense panneau vitré d’usine se métamorphose au deuxième acte par des panneaux d’un vitrail lumineux de style art déco, – cela a le mérite d’éviter certains écueils d’une reconstitution d’un Paris par trop pittoresque. Les éclairages de Claude Accolas, souvent judicieux, s’inscrivent dans cette même dynamique. Malgré cela, on comprendra que l’important réside ailleurs et que l’on doit la réussite de cette Bohème québécoise aux qualités de certains chanteurs.

Le ténor déçoit et est peu audible au premier acte, – la voix est constamment couverte par l’orchestre – et le résultat est loin de ce que l’on est en droit d’attendre et d’entendre d’un artiste qui veut se mesurer à un rôle aussi exposé. Si nous n’avons rien à signaler d’incorrect sur le plan de l’engagement scénique, en revanche, on peut s’interroger sur l’adéquation de l’organe à la fonction, bref, des qualités vocales d’un chanteur qui veut endosser le costume de Rodolfo. S’il persiste à aborder les grands rôles lyriques du répertoire, ces emplois trop lourds pour lui, pourraient le desservir. La voix est celle d’un ténorino. Elle paraît frêle et instable, le timbre est quelconque, la tessiture est tendue dès le Che gelida manina. L’air est dans le ton mais certaines notes aiguës trop difficiles, sont éliminées ou ne passent tout simplement pas. Cela devient flagrant lors du duo au premier acte avec Mimi, qui fait suite à la réponse de la jeune femme Mi chiamano Mimi. On n’entend que la soprano – un crescendo frémissant qui se love aux volutes de l’orchestre – tandis que la voix du ténor se perd dans le froid de la mansarde. Le couple Mimi/Rodolfo ne respire pas à l’unisson et l’étreinte vocale n’aura malheureusement pas lieu.

La soprano Marianne Fiset requiert les qualités essentielles qui font les excellentes Mimi. Elle en a la simplicité émouvante, la jeunesse frémissante la spontanéité et… la santé (?). Dès son entrée en scène, c’est la jeune fille coquette, enjouée qui s’impose, et son malaise semble complètement artificiel. Est-elle vraiment atteinte d’un mal incurable ou joue-t-elle alors le grand jeu de la séduction ? Les indications scéniques entretiennent peut-être ce malaise, mais d’emblée, c’est la voix qui nous envoûte. Sa présence scénique s’affirme davantage au troisième acte avec des accents poignants auprès de Marcello, l’ami commun. Justement, campe le personnage de Marcello, haut en couleurs, alternant judicieusement la jalousie excessive à la franche amitié pour en faire un interprète idéal du rôle. Retenons le duo au quatrième acte avec Rodolfo. En dehors des qualités vocales mentionnées, le jeu scénique du jeune baryton est d’une grande crédibilité annihilant la dimension souvent caricaturale du personnage, d’un faire-valoir de service que l’on rencontre trop souvent.

, expose toute la féminité et la légèreté de Musetta dans son numéro de charme au Café Momus, dans un Quando me’n vo enlevant. Mais elle devient émouvante lorsque le drame se resserre. La maîtresse de Marcello se double ainsi d’une dimension humaine.

en Schaunard et en Colline font corps avec l’ensemble. Roy Del Valle semble un peu trop jeune dans la peau de Benoît et Alcindoro. La voix trop verte et la gestuelle ne correspondent pas à l’image que l’on se fait des personnages âgés. Le reste de la distribution est correcte sans être exemplaire. Les chœurs bien préparés par Marie-Ève Scarfone donnent une dimension de haute tenue et de mouvement, ils bougent très bien sur scène. Et dans la fosse, , attentif aux chanteurs, joue de subtilités avec une partition qu’il connaît bien. On sent la force et la fougue qui animent l’.

Un opéra à voir, pour le talent d’artistes québécois. est sublime dans ce rôle. On ose croire qu’elle sera une excellente Manon, l’an prochain, à l’Opéra de Paris.

Crédit photographique : © Opéra de Montréal

 

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Montréal. Salle Wilfrid-Pelletier de La Place des Arts. 21-V-2011. Giacomo Puccini (1858-1924) : La Bohème, opéra en 4 actes, livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa. Mise en scène : Alain Gauthier ; Décors : Olivier Landreville ; Costumes : Opéra de Montréal ; Éclairages : Claude Accolas. Avec : Marianne Fiset, Mimi ; Antoine Bélanger, Rodolfo ; Étienne Dupuis, Marcello ; Lara Ciekiewicz, Musetta ; Pierre Rancourt, Schaunard ; Alexandre Sylvestre, Colline ; Roy Del Valle, Alcindoro/Benoît ; Isaiah Bell, Parpignol  ; Philip Kalmanovitch, Premier Brigadier ; Sébastien Ouellet, Deuxième Brigadier. Chef de chœur & Pianiste-répétiteur : Claude Webster. Pianiste-répétiteur du chœur : Marie-Ève Scarfone. Réchauffement du chœur : Jérémie Pelletier. Chœur de l’Opéra de Montréal. Orchestre Métropolitain, direction : Giuseppe Pietraroia

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