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Julia Fischer & Emmanuel Krivine, le geste serein

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 26-V-2011. Pascal Dusapin (né en 1955) : Uncut, solo pour orchestre ; Antonín Dvořák (1841-1904) : Concerto pour violon et orchestre en la mineur op. 53 ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Petrouchka. Julia Fischer, violon. Orchestre philharmonique du Luxembourg, direction : Emmanuel Krivine

Le concert du Philharmonique du Luxembourg proposait un programme intéressant, beau diront certains, varié ça c’est sûr. La pièce de Dusapin, Uncut, septième et dernière du cycle de soli pour orchestre, commence par une fanfare des cors proprement jouissive. Très vite cependant, la texture se densifie jusqu’à devenir complètement étouffe-chrétienne. Les basses sont profondes, les parties extrêmement exigeantes, mais le tout ne produit qu’une sensation de monotonie grisâtre jusqu’à la coda finale, peu préparée et proportionnellement trop courte pour assurer l’effet de ponctuation escomptée. À moins que la pièce en son entier ne forme la cadence du cycle, ce dont nous ne saurions juger.

Le Concerto de Dvořák quant à lui est une pièce de longue haleine, qui possède de beaux passages mélodiques mais une structure assez obscure et capricieuse. On en décroche assez facilement, n’était l’engagement sans faille des interprètes. Au premier rang desquels, bien sûr, , qui compense l’absence de cadences solistes par une perpétuelle musicalité, une virtuosité sereine et une science des détails particulièrement réjouissante. Pas une mélodie qui ne chante, pas une répétition qui ne soit variée dans son phrasé ou son intensité, pas un geste de trop : c’est un plaisir à l’entendre autant qu’à la voir interpréter cette œuvre. On retiendra en particulier le final, qui offre de beaux moments de délicat équilibre entre la soliste et ses collègues de l’orchestre. Le public est enchanté, et c’est sans effort que gratifie la salle Pleyel du début de la Sonate «Obsession» d’Ysaïe ainsi que du Caprice en si bémol de Paganini, qui compte parmi ses auteurs de prédilection.

La seconde partie était réservée au Petrouchka de Stravinsky, œuvre de transition qui se souvient de la musique russe tout en lorgnant déjà vers un cosmopolitisme (un «universalisme», dirait Stravinsky) tout néo-classique. Composée de francs aplats, Petrouchka nécessite une vision claire et un orchestre réactif, toutes choses qu’elle a trouvé en et ses comparses du Philharmonique du Luxembourg. Sans fausse note (ou presque), leur interprétation virevolte, épouse les contours francs de la musique, en ravive les blagues potaches (impayable contrebasson), dresse enfin sous nos yeux la lutte pathétique de ce pantin trop humain. Une réserve néanmoins concernant certains choix de tempi un peu trop poussifs, comme dans le premier tableau ou la danse russe, qui masquent les détails du discours et surtout rendent l’orchestre un peu fébrile.

Crédits photographique : © Kasskara / Deutsche Grammophon

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