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Georges Aperghis, geste et son au Festival Agora

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Paris. Salle de projection de l’Ircam, 9-VI-2011. Georges Aperghis (1945) : Luna park. Texte de Georges Aperghis et François Regnault. Mise en scène de Georges Aperghis et Emilie Morin. Réalisation informatique musicale : Grégory Beller. Développement vidéo : Yann Philippe. Richard Dubelsky, voix et percussion. Eva Furrer, voix et flûte octobasse. Johanne Saunier, voix et mouvement. Michael Schmid, voix et flûte en sol.

Le festival Agora s’ouvrait cette année avec la création d’un nouveau spectacle du prolifique . Inventif, surprenant autant que profondément personnel, ce Luna park est une œuvre inclassable qui mêle musique et vidéo, et traite plus largement du lien entre geste et son, dans une mise en scène des plus virtuoses.

Les quatre interprètes, deux flûtistes, une danseuse et un percussionniste, sont enfermés dans des structures métalliques carrées, entourés d’écrans qui s’animent selon les situations, les recouvrent ou les mettent à nu. Cet espace fini et ouvert à la fois est le lieu d’un intense jeu de cache-cache ; on s’épie, on se dévoile ou non comme dans Fenêtre sur cour d’Hitchcock.

Alors que la nécessité même du mouvement semble niée par ce cloisonnement, toute une gestuelle est réinventée et prend sens : ainsi des contorsions de la danseuse, qui suivent le rythme musical, ou des mouvements des mains du percussionniste, reliées à des capteurs qui transforment ses gestes en sons. Les écrans seuls permettent aux interprètes d’interagir, de se toucher par image interposée, jusqu’à ce que leur individualité finisse par s’abolir en eux. Les images sont en ce sens parfaitement intégrées au discours général, parce que pensées en accord avec lui (à moins que ce ne soit le contraire) plutôt que simplement surimposées.

Le texte, et conformément à l’esthétique du compositeur, est fait de petits riens, il nous raconte des situations anodines comme cette histoire de vieille dame qui entrouvre son rideau, ou d’homme appuyé sur une voiture. Le traitement qu’en fait Aperghis est varié : il le juxtapose tantôt à sa propre traduction anglaise, le morcelle, intervertit les mots, voire les réduits à l’état de phonèmes articulés à grande vitesse, ce qui fait pâlir ceux d’entre nous qui luttent encore avec « les chaussettes de l’archiduchesse » …

La part plus spécifiquement musicale, qu’on aurait pu attendre conventionnelle au vu de la présence des deux flûtiste, est elle-même entièrement réinventée. Le fond sonore diffusé en direct s’oppose aux soli et duos de flûtes, dont certains modes de jeu flirtent avec le langage, voire même effacent la limite entre son musical et parole. Le souffle, élément commun, est en effet mis sur le premier plan, cependant qu’il n’est pas rare d’entendre des passages de chant dans l’instrument, voire même l’alternance de sons instrumentaux et de beat-box. Cette dernière référence d’ailleurs n’est pas anodine, tant le discours général tend vers une esthétique plurielle, proche des musiques actuelles.

On retiendra de cette œuvre la méticulosité de sa mise en scène, qui va de pair ici avec la polyvalence et la virtuosité des interprètes, ainsi que l’extrême inventivité dont témoigne l’utilisation des divers médias mis en relation, tous éléments qui concourent à créer un discours éminemment poétique.

Crédit photographique : photo © DR

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Paris. Salle de projection de l’Ircam, 9-VI-2011. Georges Aperghis (1945) : Luna park. Texte de Georges Aperghis et François Regnault. Mise en scène de Georges Aperghis et Emilie Morin. Réalisation informatique musicale : Grégory Beller. Développement vidéo : Yann Philippe. Richard Dubelsky, voix et percussion. Eva Furrer, voix et flûte octobasse. Johanne Saunier, voix et mouvement. Michael Schmid, voix et flûte en sol.

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