La Scène, Musique de chambre et récital

Pas une ride pour Pollini à Vienne !

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Vienne. Konzerthaus. VI-VI-2011. Franz Schubert (1797-1828) : Sonate en si majeur D 960 ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Prélude en do dièse mineur op. 45 ; Barcarolle en fa dièse majeur op. 60 ; Ballade n°4 en fa mineur op. 52 ; Berceuse en ré bémol majeur op. 57 ; Scherzo en si bémol mineur op. 31. Maurizio Pollini, piano.

Il est des pianistes dont l’aura artistique produit toujours un effet particulier lors des concerts en public. Ainsi de qui, à soixante-neuf ans, en impose encore par son flegme souriant, son élégance un peu raide et surtout par ce jeu génial qui, en 1960, faisait de lui le vainqueur du Concours Chopin.

Dans un programme Schubert/Chopin intensément romantique, le géant italien s’illustre d’abord par son détachement. La Sonate en si majeur (D 960), l’ultime chef-d’œuvre qui allait entraîner Schubert dans la tombe quelques semaines après sa composition, est dépourvue ici de tout accent élégiaque. Dans le long premier mouvement (Molto moderato), on entend une promenade pastorale non pas plaintive, mais méditative. Même dans l’Andante sostenuto en do dièse mineur, considéré pourtant comme l’une des pages les plus tragiques de Schubert, Pollini prend de la hauteur et ce qui peut passer pour une supplication à la vie devient ici un bilan serein dressé par un mourant apaisé. Seule la main gauche évoque, au retour du thème, la Mort frappant à la porte… Le Scherzo et l’Allegro donnent raison à Pollini d’avoir ménagé les chances d’une fin tranquille. Quand tout semble perdu, il faut chercher la lueur qui subsiste : tel est le message de cette œuvre bouleversante que Pollini restitue avec une grande fidélité à l’esprit du compositeur – Schubert ne s’est jamais abandonné au désespoir. Les quarante minutes d’exécution passent comme un songe ; on a le plus grand mal à s’en remettre.

Dans la partie Chopin, Pollini fait preuve d’une éclatante faculté à faire naître des atmosphères. Dans le Prélude op. 45, il ressuscite un certain « mal du siècle » et se place sous le signe de la mélancolie ; avec ses joyeuses harmonies pré-impressionistes, la Barcarolle évoque plutôt une fête sur les boulevards ; la quatrième Ballade est un merveilleux poème litanique ; la Berceuse nous fait pénétrer dans l’intimité d’une chambre à coucher ; enfin, le Scherzo n°2 met en scène une vive querelle, avec sa sévérité pleine de reproches et ses éruptions de colère.

Pollini n’essaie pas de nous raconter une histoire. Au plus près de la musique, il perce tout simplement le sens des œuvres et le révèle avec humilité. Son interprétation n’est peut-être pas du niveau de ses enregistrements (quelques fausses notes, traits parfois un peu confus), mais elle remplit sa mission d’exégèse avec grandeur d’âme. Les bis ne sont pas moins réfléchis et travaillés : son Nocturne (op. 27 n°2), tout d’abord, nous fait voir les étoiles ; on ne reconnaît pas, ensuite, le vieux monsieur qui se cache derrière la fougueuse Etude révolutionnaire ; quant à sa Ballade n°1, elle atteint un rare degré de métaphysique. On est transporté hors de l’espace et du temps par un Pollini dont on peut dire qu’il ne vieillit pas !

Crédit photographique : © Deutsche Grammophon

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Vienne. Konzerthaus. VI-VI-2011. Franz Schubert (1797-1828) : Sonate en si majeur D 960 ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Prélude en do dièse mineur op. 45 ; Barcarolle en fa dièse majeur op. 60 ; Ballade n°4 en fa mineur op. 52 ; Berceuse en ré bémol majeur op. 57 ; Scherzo en si bémol mineur op. 31. Maurizio Pollini, piano.

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