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Aix et les yeux de Bianchi et Pommerat

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Aix-en-Provence, théâtre du Jeu de paume. 11-VII-2011. Oscar Bianchi (né en 1975) : Thanks to my Eyes. Création mondiale. Opéra en 24 scènes sur un livret de Joël Pommerat, traduit en anglais par Dominic Glynn. Mise en scène : Joël Pommerat ; Scénographie et lumières : Eric Soyer ; costumes : Isabelle Defin ; dispositif electro-acoustique : Dominique Bataille. Avec : Hagen Matzeit, Aymar ; Brian Bannatyne-Scott, The Father ; Anne Rotger, The Mother ; Keren Motseri, A Young Woman in the Night ; Fflur Wyn, A Young Blonde Woman ; Antoine Rigot, The Man with Long Hair. Ensemble Modern, direction : Franck Ollu

Après la tragédie du retour impossible avec Le Retour / El Regreso d’Oscar Strasnoy, le Festival d’Aix opte pour sa création 2011 au même style d’ambiance avec ce Thanks to my Eyes, basé sur le mensonge familial.

Aymar est le fils d’un acteur comique, le meilleur de sa génération. Son père tente en vain de mettre le fils dans son sillage. Aymar, névrosé par l’emprise paternelle, fantasme sur cette jeune fille vue dans la nuit, dont il ne connait pas le visage. Malgré son unique apparition ratée sur scène, Aymar reçoit des lettres d’admiratrices, dont celles d’une jeune fille blonde. La fille de la nuit a disparu, mais un jour elle écrit à Aymar : son père est un imposteur, il n’a jamais été acteur. La mère d’Aymar décède. Le costume de scène du père a disparu.

Sur ce sujet dur, opte pour une scénographie simple, limitée à quelques murs pierreux et noirs, à quelques accessoires et à de subtils effets de lumières. Le jeu des acteurs est volontairement statique, comme si le temps n’avait pas d’emprise. Nous sommes dans un monde proche du Pelléas de Maeterlinck ou de Bruges la morte de Rodenbach, ou le monde fantasmé se mêle au réel, ou les choses ne sont pas dites.

La musique d’ est dans la lignée du livret et de la mise en scène. Les couleurs sombres envahissent l’espace sonore. Le son est saturé au maximum, avec emploi jusqu’à l’insupportable de flatterzunge, clusters ou sons multiphoniques à l’orchestre. L’écriture instrumentale est relevée par l’emploi d’un travail électro-acoustique très fin.

La distribution relève le défi d’une écriture vocale qui joue avec les extrêmes tout en étant basée sur le parlé-chanté. vient à bout de l’écrasant premier role, met à profit son timbre pour en faire un Père détestable à souhait. Les deux sopranos et ne sont pas épargnées non plus par la partition, qui les fait monter à des hauteurs stratosphériques. Mais l’ensemble fonctionne et est remarquablement homogène, grâce à la conduite de , habitué de ce répertoire.

Comme à l’accoutumée, ce spectacle devrait tourner les saisons futures. Un évènement à ne pas manquer.

 

Crédit photographique : (The Father) & (Aymar) ; (A Young Blonde Woman) & Hagen Matzeit (Aymar) © Elisabeth Carecchio

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Aix-en-Provence, théâtre du Jeu de paume. 11-VII-2011. Oscar Bianchi (né en 1975) : Thanks to my Eyes. Création mondiale. Opéra en 24 scènes sur un livret de Joël Pommerat, traduit en anglais par Dominic Glynn. Mise en scène : Joël Pommerat ; Scénographie et lumières : Eric Soyer ; costumes : Isabelle Defin ; dispositif electro-acoustique : Dominique Bataille. Avec : Hagen Matzeit, Aymar ; Brian Bannatyne-Scott, The Father ; Anne Rotger, The Mother ; Keren Motseri, A Young Woman in the Night ; Fflur Wyn, A Young Blonde Woman ; Antoine Rigot, The Man with Long Hair. Ensemble Modern, direction : Franck Ollu

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