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Angelin Preljocaj, l’art de l’écriture chorégraphique

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Paris. Eglise St Eustache/Cour d’honneur des Invalides. Dans le cadre de Paris Quartier d’Eté. 22/VII/11. Ballet Preljocaj : Annonciation/Empty Moves I & II. Annonciation : Chorégraphie et scénographie : Angelin Preljocaj. Musique : Stéphane Roy (Crystal Music), Antonio Vivaldi (Magnificat). Costumes : Nathalie Sanson. Lumières : Jacques Châtelet. Avec Virginie Caussin et Caroline Jaubert. Empty Moves I & II : Chorégraphie : Angelin Preljocaj. Création sonore : John Cage (Empty Words). Avec Gaëlle Chappaz, Fabrizio Clemente, Julien Thibault, Yurie Tsugawa.

preljocaj2Un duo mystique, un quatuor abstrait, des formes simples signées , le chorégraphe français vivant le plus connu à l’étranger. Des pièces superbement écrites et intensément habitées…

 Quatre cent personnes se sont massées dans l’impasse St Eustache, attendant d’entrer dans le saint des saints. Même si le prix modique proposé aux spectateurs (8 euros pour un duo de 20 minutes) explique en partie l’affluence, l’attente du public est palpable. Est-ce à dire qu’ est insuffisamment représenté à Paris ? Sous le Grand Orgue, dont le buffet est signé Baltard, une scène accueille les deux danseuses d’Annonciation, l’un des duos les plus mystiques d’Angelin Preljocaj.

La sensualité caressante de la jeune fille, blonde en robe bleu ciel, est l’innocence même. Elle est comme baignée d’un rayon de soleil. L’apparition de l’ange, forme rigoureuse et austère, est presque surnaturelle. La jeune fille défaille, puis semble léviter, mue par l’hypnose. La puissance de la chorégraphie, son énergie concentrée, dépasse largement une dimension spirituelle ou mystique. Des deux corps à l’unisson émane une force, une confiance que seules peuvent donner la foi ou la maternité. Vaincue, la jeune fille peut alors s’abandonner au baiser de l’ange, à ses fulgurances furieuses – la laissant seule avec cette certitude qu’elle va être mère.

preljocaj1Un peu plus tard dans la soirée, là où, quelques jours auparavant, le chef de l’Etat a rendu hommage sous la pluie aux soldats français morts en Afghanistan, se dresse une scène battue par le vent et exposée au froid. Des conditions vraiment difficiles pour les danseurs du Ballet Preljocaj qui interprètent pour la première fois à Paris Empty moves I & II, une pièce abstraite sur un enregistrement sonore de John Cage. Dans ce quatuor, l’écriture chorégraphique parfaitement maîtrisée laisse coi. En culottes et caleçons fantaisie, vêtus d’un simple tee-shirt, les corps des deux garçons et des deux filles sont constamment en contact. Le mouvement continu est à la fois fluide et architecturé. Il offre un mélange harmonieux des formes anguleuses caractéristiques du style Preljocaj et d’un alanguissement paisible et tranquille qui contraste avec la bande son.

Angelin Preljocaj a en effet choisi l’enregistrement d’une lecture en public par John Cage en 1977 à Milan de fragments incompréhensibles d’un texte de Thoreau. Ces phonèmes enchaînés de manière aléatoire forment davantage une psalmodie qu’un chant, n’offrant aucun repère sonore aux danseurs. Les quatre interprètes sont remarquables de précision et de concentration. Leurs corps s’imbriquent, astucieux et mesurés. Au fur et à mesure de la progression du spectacle (et de leur fatigue) se lit néanmoins une différence entre eux. Le corps d’une des danseuses devient plus moelleux, celui de l’autre plus sec, alors qu’une bouteille d’eau passe de bouche en bouche. Quand les garçons se laissent manipuler par les filles ou vice et versa il n’y a pourtant jamais d’abandon. Tous témoignent d’une présence intense. Quand un sursaut d’énergie accélère le rythme, on retrouve dans ces mouvements des traces d’un Bagouet ou d’un Cunningham, dont Angelin Preljocaj est le digne héritier. Fascinant, superbe et radical !

 Crédit photographique :JC Carbonne

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Paris. Eglise St Eustache/Cour d’honneur des Invalides. Dans le cadre de Paris Quartier d’Eté. 22/VII/11. Ballet Preljocaj : Annonciation/Empty Moves I & II. Annonciation : Chorégraphie et scénographie : Angelin Preljocaj. Musique : Stéphane Roy (Crystal Music), Antonio Vivaldi (Magnificat). Costumes : Nathalie Sanson. Lumières : Jacques Châtelet. Avec Virginie Caussin et Caroline Jaubert. Empty Moves I & II : Chorégraphie : Angelin Preljocaj. Création sonore : John Cage (Empty Words). Avec Gaëlle Chappaz, Fabrizio Clemente, Julien Thibault, Yurie Tsugawa.

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