Un vent frais sur la baie de Somme

Festival de Saint-Riquier, 15, 16, 17-VII-2011. Après avoir organisé les journées Chopin l’année dernière, deux jeunes musiciens, la pianiste Sandra Moubarak et le violoncelliste Anthony Leroy apportent un vent frais et nouveau, en tant que directeurs artistiques pour l’ensemble du festival de Saint-Riquier. Placée sous le signe du « temps », cette 27e édition est répartie sur trois axes : la musique, la littérature et la philosophie des sciences. Ainsi, des musiciens et des musicologues (Jean-Michel Nectoux) côtoient des hommes de lettres (Jean-Yves Tadié) et des scientifiques (Hubert Reeves, Etienne Klein), créant ainsi des rencontres riches et fructueuses. Nous
y étions présents le temps d’un week-end.

A l’Abbatiale, le 16 juillet, Les , groupe de six chanteurs masculins a cappella, mondialement connu pour leur harmonie impeccable, donnent une prestation de qualité, fidèle à leur réputation. De Clément Janequin à Gyorgy Ligeti, en passant par , , ou encore , mais aussi avec des arrangements ingénieux de chansons traditionnelles et de variété, ils font un tour de styles sur le thème de la danse… danse dans tous ses états ! The Lobster Quadrille de Ligeti est chantée avec des grimaces et des gestes illustrant efficacement l’histoire, ce qui facilite merveilleusement l’accès à cette pièce, pourtant très complexe. Dans la deuxième partie, La valse à mille temps de Jacques Brel, arrangée avec des répétitions interminables, est un véritable régal.

Le samedi 16, dans l’après-midi, à l’église Saint-Martin d’Oneux, à quelques kilomètres de Saint-Riquier, (clarinette), Christophe Giovaninetti (violon), (violoncelle) et   (piano) donnent, entre autres, une version époustouflante de Quatuor pour la fin du temps d’. Parmi ces musiciens, démontre son grand talent naturel, particulièrement prometteur.

Samedi soir, le , qui se produit pour la première fois sous la nef d’une bâtisse du Moyen-Age, ravit les auditeurs de l’Abbatiale, avec des musiques mêlant subtilement l’enregistrement et l’interprétation « en direct ». Les sons plus ou moins amplifiés, selon les morceaux, contribuent à créer une atmosphère propre à ce quatuor, qui introduit ce soir-là d’autres instruments : un sitar indien (Raga Mishra Bhairavi : Alap de Ram Narayan), une grosse caisse (…hold me, neighbor, in this Storm… de Aleksandra Vrebalov), ou encore des instruments électroniques des années 1950-60 (Death to Kosmische de Nicole Lizée). On a pourtant le sentiment que la part de la musique enregistrée prenait trop d’importance. En bis, ils nous offrent un arrangement de quelques partitions de l’Ecole de Notre-Dame, dont les murs de cet édifice religieux ont certainement écouté l’original, il y a quelques siècles.

Après ce concert mi-électronique, une soirée remix sous le chapiteau dressé dans le jardin de l’Abbatiale, par , le petit fils du compositeur russe. Affirmant lui-même être « compositeur classique », le DJ utilise des éléments de la musique classique avec ingéniosité, lui attribuant une autre dimension pour la faire sonner autrement.

Le dimanche 17 juillet dans l’après-midi, dans le chœur de l’Abbatiale, le pianiste livre un spectacle intitulé Le pianiste aux 50 doigts. En 90 minutes, il retrace la vie bouleversante de son maître, l’un des plus grands pianistes de tous les temps, György Cziffra. L’histoire est parsemée de nombreux extraits musicaux, notamment de Liszt, dans le répertoire duquel le pianiste hongrois excellait. invente ainsi un nouveau type de « spectacle musical » caractérisé par une haute qualité artistique, s’adressant à tous.

En soirée, à l’Abbatiale, joue le Concerto Empereur de Beethoven sur un piano Pleyel du XIXe siècle tout récemment restauré, en compagnie de l’Orchestre , sous la direction de son chef . Une très belle performance que réalisent les doigts sûrs du grand pianiste, dans la sonorité légèrement cuivrée du clavier français à la fois élégante et puissante, en symbiose avec les instruments d’époque de l’orchestre. Auparavant, les musiciens des Siècles interprètent le poème symphonique Orpheus de , œuvre initialement conçue comme prélude à l’opéra Orphée et Eurydice de Gluck. Dans la seconde partie, la Cinquième Symphonie de Beethoven réussit un grand effet de contraste : un tempo assez rapide pour les deux mouvements extrêmes, un long souffle pour l’« Andante » et un retenu maximum avant le spectaculaire crescendo pour aboutir au finale.

En complément du Festival, on peut voir, jusqu’au 16 octobre, la très belle exposition de l’affichiste Michel Bouvet, créateur de l’affiche de la manifestation (musée départemental de l’Abbatiale). Malgré la pluie qui est tombée parfois très fort, le public est venu nombreux, marque de forte réussite pour cette édition. Que de nouvelles aventures continuent d’année en année, avec un succès de plus en plus croissant !

Crédit photographique : © DR; Pascal Amoyel © Jean-Philippe Voidet; © Stéphane de Bourgies

 

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