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Abdel Rahman El Bacha fait l’ouverture du Festival d’Hix

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Bourg-Madame, église d’Hix. 06-VIII-2011. Johann Sebastian Bach (1685-1750): 24 Préludes extraits du Clavier bien tempéré ; Frédéric Chopin (1810-1849): 24 Préludes op.28. Abdel Rahman El Bacha, piano.

Aux confins de la Cerdagne et à quelques encablures des stations de sport d’hiver des Pyrénés, la petite église romane d’Hix accueille au mois d’août, et cela depuis 43 ans, un festival qui compte cette année huit concerts en soirée ainsi que du théâtre, du jazz et la présence de la Cobla pour la traditionnelle sardane. L’église d’Hix abrite à l’année un piano célèbre qui est à l’origine du festival : un Pleyel de 1936 qui trône en majesté dans le chœur et qui a été joué par les plus grands interprètes invités au Concertgebow d’Amsterdam avant d’être la propriété d’un mécène hollandais Oscar Van Leer qui en fit don à la commune.

C’est qui le faisait sonner ce samedi 6 août dans un programme aussi original que risqué confrontant, dans une alternance systématique 24 des 48 préludes du Clavier bien Tempéré et les 24 Préludes op.28 écrits par Chopin en hommage à Bach au moment où il corrigeait l’édition des préludes et fugues.

L’idée d’El Bacha est de coupler les préludes respectifs de même tonalité et de les jouer selon l’ordre des degrés chromatiques ascendants (do majeur, do mineur, di dièse majeur, do dièse mineur etc…), ordre adopté par Bach dans le Clavier bien tempéré alors que Chopin choisit l’ordonnance plus tonale des quintes ascendantes en associant chaque ton à son relatif mineur (do majeur / la mineur, sol majeur / mi mineur etc.) pour donner une cohérence à un corpus a priori indissociable. L’autre différence, elle est de taille, réside dans le statut respectif des pièces elles-mêmes ; si Chopin inaugure avec ses Préludes un nouveau genre éminemment libre et autonome, Bach a conçu chaque prélude en relation avec une fugue qui lui donne sa raison d’exister dans un contexte dont il faut ici faire abstraction. El Bacha nous invitait donc à apprécier chaque entité pour elle-même et dans cet accouplement improbable, exposant parfois l’auditeur à des chaud/froid à la limite du supportable.

Cette confrontation est-elle à l’origine de certaines options d’interprétation ? C’est la question qu’on pouvait se poser en écoutant les préludes en do majeur ou ré majeur (Livre I) de Bach joués par notre pianiste dans un débit régulier et un rien mécanique défiant toute recherche d’articulation baroque. Si le passage d’un style à l’autre violente quelque peu l’oreille, surtout au début, il faut admettre que le mariage est parfois heureux, particulièrement lorsque les pièces courtes de Chopin prolongeant l’écriture de Bach viennent ouvrir l’espace dans un geste libérateur (do dièse mineur /  op.28 n°10) où que le binôme offre un jeu d’ombre et de lumière chatoyant au sein d’un même univers chromatique (la mineur / op.28 n°2).

Avec une réactivité qui tient de la performance, El Bacha poursuivait sans défaillance cette trajectoire ambitieuse voire éprouvante qu’un entracte / dégustation – terroir oblige – venait fort à propos interrompre en son milieu. Il tirait de ce Pleyel aux résonances courtes mais néanmoins chaleureuses des couleurs et une expressivité toujours très habitée.

Si les conceptions du temps semblent irréductibles d’un compositeur à l’autre, c’est dans l’art de la polyphonie que les deux écritures semblent le mieux se rejoindre; en témoignait cet ultime couple (si mineur / op.28 n°6 dit « à la goutte d’eau ») terminant le concert dans la beauté intemporelle de ses lignes dessinées dans l’espace.

 

Crédit photographique : © DR

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Bourg-Madame, église d’Hix. 06-VIII-2011. Johann Sebastian Bach (1685-1750): 24 Préludes extraits du Clavier bien tempéré ; Frédéric Chopin (1810-1849): 24 Préludes op.28. Abdel Rahman El Bacha, piano.

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