Hommage musical à Molière et au rire français à La Chabotterie

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Festival de La Chabotterie. 10-VIII-11. Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), musiques pour les comédies de Molière (1622-1673) : Ouverture du Dépit amoureux, H 498 (1679), Prologue funèbre en hommage à Molière : Orphée descendant aux enfers, H 471 (1683), Ouverture de La Comtesse d’Escarbagnas, H 494 (1672) ; Intermèdes nouveaux du Mariage forcé, H 494 (1672) : « Les Marys », Dialogue « Mon compère en bonne foi », « Les Bohémiennes – sarabande et gigue », Air « Les Rossignols dans leurs tendres ramages », Scène I « Je suis de retour dans un moment », trio grotesque « Amants aux cheveux gris », Menuet, Air « Belle ou laide, il n’importe guère », Scène V « Que voulez-vous de moi », « Le Songe », Air « Ah ! quelle étrange extravagance », Gavotte, Trio « La, la, la, la, la, bonjour », « Les Grotesques », Trio « Ô, la belle symphonie ! » ; Prologue et Premier intermède du malade imaginaire « avec les defferences », H 495 et 495a (1673 et 1674) : Ouverture, Prologue « Votre plus haut savoir », « Les Satyres », Fantaisie « Ô Amour », Fantaisie avec ses interruptions « Paix-là, taisez-vous, violons », « Par ma foi, cela me divertit », « Qui va là, qui va là », Air des Archers avec les interruptions « Qui va là », « Nous le tenons », Air pour les coups de bâtons, Air des Archers, « Notte e dì v’amo e v’adoro », « Zerbinetti, ch’ogn’hor con finti squardi », Air de violons ; Ouverture et Sérénade du Sicilien, H 497 (1679) : Ouverture, Air « Beauté, dont la rigueur », Air « Voulez vous beauté bizarre », Duo « Heureux matous ». Les Solistes du Marais : Romain Champion, Géronimo, Sparamond, Vincent Bouchot, Marphurius, Polichinelle, la Vieille, Florian Westphal, Sganarelle, un Archer. La Simphonie du Marais : François Costa, premier violon, Anne-Violaine Caillaux, second violon, Jean-Luc Thonnérieux, taille de violon, Annabelle Luis, basse de violon, Marc Wolff, archiluth et guitare, Yannick Varlet, clavecin, Hugo Reyne, flûte et hautbois. Costumes prêtés par Jeanine Lérin-Cagnet, accessoires prêtés par Laurent Tixier et habillage par Jeanine Lérin-Cagnet et Élise Bossard. Hugo Reyne, direction et mise en espace.

Une fois passés les champs de maïs, puis d’élégantes bâtisses entourées d’un charmant jardin, nous voici dans la cour d’honneur du logis, un cadre fort agréable. Ce n’est pas un simple concert-spectacle, mais aussi une atmosphère, un lieu accessible avec un nombre de places – toutes occupées – de dimension humaine. Rien de guindé, simplement de la bonne humeur. Ce cadre est en outre propice à des jeux de scène, avec ses fenêtres et son puits. Deux acteurs viennent même se cacher du regard du troisième… devant la scène, derrière un petit arbre !

Le spectacle d’ ne revendique ni authenticité ni recréation historiquement informée, mais se rattache plutôt à un certain esprit français. C’est un rire bien « gaulois » que font tinter les acteurs-chanteurs, parfois grivois, farcesque, mais aussi ponctué de traits plus fins. Bien que dirigeant de la flûte, lui-même n’est pas en reste, avec des pointes qui fusent et des apostrophes au public qui émaillent le spectacle. Ces saillies et traits d’humour sont précieux, le va-et-vient qu’ils créent avec l’auditoire insuffle une touche personnelle, une relation plus directe : le spectateur se sent impliqué.

Les trois chanteurs font valoir des talents de comédien qui contribuent à servir le spectacle, notamment le fringant haute-contre Romain Champion, qui campe des personnages sémillants à souhait. La diction de Vincent Bouchot est particulièrement remarquable, ainsi que le timbre chantant de la basse Florian Westphal. Ils rivalisent de qualités expressives, de musicalité, d’écoute et se soutiennent mutuellement. La répartie finale de l’imperturbable médecin Marphurius et l’irruption des deux archers sont d’excellents moments, sans oublier certains jeux de scène de l’alerte Géromino ou de Polichinelle. Les instrumentistes concourent aussi à la réussite de ce spectacle musical, avec un accompagnement attentif, tout en finesse, et un équilibre savamment dosé entre leurs parties et celles des chanteurs. Les préludes font ressortir la délicatesse et la sensibilité de chacun.

Le titre de « mise en espace » de cette dernière sérénade moliéresque pourrait presque être remplacé par « mise en scène ». Et lorsqu’on apprend qu’il ne s’agit que du deuxième essai d’ dans cette direction, on attend le prochain avec impatience. Il n’est en effet pas évident de donner une cohérence à toutes ces scènes, du sombre prologue aux joyeux intermèdes. On imagine que saura aussi exploiter les ressources de salles de théâtres équipées, par exemple avec une création lumière qui pourrait insuffler une autre forme de continuité, si le spectacle devait encore tourner – ce que l’on espère. Et d’ici là, on guette la sortie prochaine du disque.

 

Crédit photographique : © Festival de La Chabotterie

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