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33e Festival de Sablé, une édition charnière (2)

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Concerts de clôture de l’édition 2011 du Festival de Sablé.

Le Festival de Sablé accueillait lors du dernier jour de cette 33e édition deux ensembles dans des programmes originaux. Tout d’abord, en la Basilique Notre-Dame-du-Chêne de Vion, l’ du très en vue présentait une vraie curiosité, la Köthener Trauermusik BWV 244a de , une œuvre qui existe sans exister. Comme d’autres se sont penchés sur la Passion selon saint Marc, , passionné par le procédé de la parodie en musique (voir son travail sur les Messes brèves…), s’est intéressé aux thèses selon lesquelles Bach aurait utilisé des passages de ce qui deviendra la Passion selon saint Matthieu mais également des extraits de la Cantate BWV 198 pour honorer une commande, une cantate en hommage au Prince Léopold d’Anhalt-Köthen (mort le 19 novembre 1728) auprès duquel il fut maître de chapelle (décembre 1717-avril 1723). De cette commande d’une musique funéraire ne subsiste pourtant que le livret de Picander et des hypothèses, travaux de musicologues sur la proximité avec la saint Matthieu, assez séduisants, il faut le reconnaître, l’aria d’alto « Erbarme dich » (« Pitié pour moi ») devenant par exemple « Erhalte mich » (« Préserve-moi »).

L’œuvre, d’une petite heure et demie, se décompose en quatre parties et vingt-quatre numéros constitués de chœurs, récitatifs accompagnés et arias, une reconstitution que l’on doit à Raphaël Pichon et Morgan Jourdain (d’autres ont déjà fait des tentatives qui vont dans le même sens et publie même en 2011 sa propre version au disque, chez Avie). Ce qui convainc avant tout, c’est l’enthousiasme, l’élan des interprètes, jeunes, le chœur épatant de seize chanteurs pouvant s’appuyer sur un orchestre sonnant fort bien (tout comme la basse continue, au riche instrumentarium). Les solistes, qui chantent également dans les parties de chœur (la soprano , l’alto , le ténor et la basse ) délivrent également de beaux moments de musique dans les récitatifs et airs. Mais malgré l’habileté du procédé, on sent par moments le « rafistolage » visant à caler la musique sur ce texte de Picander, l’œuvre n’ayant pas la force de la Passion selon saint-Matthieu. On sort donc plus impressionné que réellement touché par ce qu’on vient d’entendre. L’expérience reste néanmoins intéressante malgré ses limites.

Retour au Centre Culturel en soirée avec l’ dans une version de concert mise en espace de l’opéra Castor et Pollux de , un compositeur qui avait déjà été abordé au cours de cette édition du Festival avec ses Pièces de clavecin en concerts données par , et François Lazarevitch.

Le claveciniste et directeur musical de l’ensemble, , proposait une version très abrégée de cette tragédie lyrique, réalisée à partir d’extraits tirés de la version initiale (1737) et de la version remaniée de 1754. Adaptée à l’effectif de son ensemble, une dizaine d’instrumentistes, quelques chanteurs (comme il l’a fait au disque chez Alpha avec les mêmes solistes dans Zaïs et Zoroastre), cette réalisation se concentre sur quelques moments-clés avec les solistes au détriment des danses, chœurs qui passent en partie à la trappe. Articulé autour des trois piliers de l’ensemble, d’une part, la violoniste Mira Glodeanu d’autre part, et James Munro à la contrebasse, l’ fait preuve de beaucoup de cohésion, de dynamisme et confirme les affinités qu’il entretient avec l’univers de Rameau. Du plateau de jeunes solistes à majorité française, de bonne tenue, on remarque en particulier la soprano dans le rôle de Télaïre (notamment dans le célèbre « Tristes apprêts, pâles flambeaux ») et la basse dans celui de Pollux. Parmi les seconds rôles, une mention particulière pour la mezzo-soprano (Phébé), un timbre sombre et puissant.

Avec sa mise en espace simple et lisible de Tami Troman, ce spectacle qui fonctionne refermait de belle manière cette 33e édition du Festival de Sablé. Rendez-vous est pris en 2012, avec une nouvelle direction artistique.

Crédit photographique : Raphaël Pichon © Franck Ferville ; Frédérick Haas © Jean-Baptiste Millot

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