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Magnifiques premières au disque de Ropartz

À emporter, CD, Musique symphonique

Joseph-Guy Ropartz (1864-1955) : La Chasse du Prince Arthur ; Quatre Odelettes (Henri de Régnier) ; La Cloche des Morts ; Quatre Poèmes d’après l’Intermezzo de Heinrich Heine ; Soir sur les Chaumes. Cécile Perrin, soprano ; Vincent Le Texier, baryton. Orchestre Philharmonique du Luxembourg, direction : Emmanuel Krivine. 1 CD Timpani 1C1157. Code barre : 3377891311575. Enregistré en octobre 2002 au Conservatoire de Luxembourg. DDD. Notices bilingues (français, anglais) excellentes (Michel Fleury). Durée : 67’01

 

En attendant que Timpani achève la publication de son cycle des cinq symphonies de Guy Ropartz, par la Symphonie n°3 en mi majeur pour soli, chœurs et orchestre, voici la réédition des enregistrements que l’excellent , à la tête de l’, a consacré au compositeur breton. Cette réédition était nécessaire car elle concerne cinq premières au disque compact, même si Ropartz avait lui-même dirigé sa Cloche des Morts en un 78 tours de la fin des années 1920 dans la série autographe Pathé (X. 5540), sous-titrée sur le disque « Paysage Breton », et qu’il a existé une édition en microsillon américain de La Chasse du Prince Arthur par le légendaire Pedro de Freitas Branco dirigeant en 1956 l’Orchestre National de la Radiodiffusion Française (MRF Records MRF-179-S).

En bon Breton, Guy Ropartz (1864-1955) fut tout naturellement attiré par les légendes celtiques, et ne pouvait manquer de proposer une évocation colorée de la Bretagne mythique avec sa très suggestive étude symphonique La Chasse du Prince Arthur (1912) sur un argument inspiré du recueil poétique Les Bretons d’Auguste Brizeux, et où se succèdent chant de la forêt, thèmes de chasse et autre cortège qui passe. Essentiellement impressionniste, mais avec quelques touches wagnériennes, cette page très réussie mériterait une place durable au concert, tout comme d’ailleurs Lénore ou Viviane, les poèmes symphoniques de Duparc et Chausson, auxquels son esthétique est apparentée.

Également influencée par la tradition celtique, un autre cortège, plus funèbre celui-là, est le sujet de La Cloche des Morts. Laissons la parole à Ropartz lui-même, gravée sur le 78 tours autographe Pathé déjà cité précédemment : « L’œuvre […] a été composée en 1887, alors que j’achevais mes études d’harmonie au Conservatoire. Elle figura à cette époque au programme d’un des concerts d’orchestre de la Société Nationale de Musique, sous le titre Le Convoi du Fermier, qu’elle empruntait au poème Les Bretons de Brizeux, dont quelques vers lui servent d’épigraphe. […] Dédiée à mon ami Albéric Magnard, mon condisciple dans la classe de Théodore Dubois, elle commente rhapsodiquement un thème populaire de Basse-Bretagne, Le Chant des Trépassés. » Par le style de La Cloche des Morts, il n’est guère étonnant d’y percevoir un hommage d’admiration envers Albéric Magnard, son ami de toujours : on ne peut qu’avoir à l’esprit le magnifique Chant Funèbre (1895) de ce dernier.

L’étude symphonique Soir sur les Chaumes (1913) fut inspiré par la contemplation des vastes espaces vosgiens : lors de son établissement à Nancy en tant que directeur du Conservatoire de la ville, Ropartz fit de la région de Gérardmer un lieu privilégié de vacances. Contrairement à La Chasse du Prince Arthur ou La Cloche des Morts, Soir sur les Chaumes n’a aucun support littéraire et n’est le résultat que de la simple et tendre rêverie personnelle du compositeur.

Sur ce disque, ces trois poèmes symphoniques encadrent deux cycles de mélodies avec orchestre : Quatre Odelettes pour soprano et orchestre (1913), sur des poèmes de Henri de Régnier, et Quatre Poèmes pour baryton et orchestre (1899), sur des textes de Guy Ropartz lui-même et Pierre-René Hirsch, d’après l’Intermezzo de Heinrich Heine. Les premiers sont d’un impressionnisme fluide et transparent, plus proche de d’Indy que de Debussy. Les seconds, précédés d’un Prélude et suivis d’un Postlude en épilogue confiés au seul orchestre, en sont très différents par leur humour proche de la caricature, du grotesque et même de l’angoisse.

Il y a belle lurette que les qualités de chef d’orchestre d’ ne sont plus à démontrer. Monté pour la première fois au pupitre de la Philharmonie du Luxembourg en juin 2001, il accomplit ces enregistrements 16 mois plus tard avec la pleine maîtrise non seulement de l’orchestre, mais aussi du langage de Ropartz. Et cette maîtrise de l’esthétique du compositeur, les deux solistes du chant, la soprano et le baryton , tous deux à la voix chaleureuse et enthousiaste, la possèdent également à l’évidence, rendant cette réalisation extrêmement attachante et homogène dans sa qualité.

Voilà donc un disque qui fait honneur à la musique française, une fois de plus de la part de Timpani, mais cela, on s’en serait évidemment douté…

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